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Full text of "Les procès de bestialité aux XVIe et XVIIe siècles : documents judiciaires inédits publiés avec un avant-propos"

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by 

Alexander C. Pathy 




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Dr LUDOVIGO HERNANDEE 



Procès 
ue Bestialité 



aux XVr et XVir siècles 



DOCUMENTS JUDICIAIRES INÉDITS 
PUBLIÉS AVEC UN AVANT>PROPOS 



Ouvrage orné de quatre illustrations hors texte 



PARIS 

RUE DE FURSTENBERG, 4 
MCMXX 



LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Dr LUDOVIGO HERNANDEZ 



Les Procès 
de Bestialité 



aux XVr et XVIP siècles 



DOCUMENTS JUDICIAIRES INÉDITS 
PUBLIÉS AVEC UN AVANT-PROPOS 



Ouvrage orné de quatre illustrations hors texte 



PARIS 
BIBLIOTHÈQUE DES CURIEUX 

4, RUE DE FURSTENBERG, 4 
MCMXX 



AVANT-PROPOS 



« Comment imaginer sans horreur, écrit Mira- 
beau dans son Erotika Bihlion^ au chapitre Béhé- 
mah (De la Bestialité), qu'un goût aussi dépravé 
puisse exister dans la nature humaine, lorsqu'on 
pense combien elle peut s'élever au-dessus de tous 
les êtres animés ? Comment se figurer que l'homme 
ait pu se prostituer ainsi? Quoi, tous les charmes, 
toutes les délices de l'amour, tous ses transports... il 
a pu les déposer aux pieds d'un vil animal ! Et c'est 
au physique de cette passion, à cette fièvre impé- 
tueuse qui peut pousser à de tels écarts, que des 
philosophes n'ont pas rougi de subordonner le 
moral de l'amour ! Le physique seul en est bon^ 
ont-ils dit. Eh bien, lisez Tibulle, et puis courez 
contempler ce physique dans les Pyrénées, où 
chaque berger a sa chèvre favorite ; et quand vous 
aurez assez observé les hideux plaisirs du monta- 
gnard brutal, répétez encore : en amour, le phy- 
sique seul est bon... » 

Cette comparaison, quelque peu saugrenue, 
devient pour l'auteur des Lettres à Sophie, motif à 
dissertation confuse et pédantesque sur la partie 
constitutive de notre être. Après avoir attiré notre 



LES PROCES DE BESTIALITE 



intérêt sur les nuances de ses dégradations, invo- 
qué Pythagore, Aristote, Heraclite, Empédocle, 
Épicure, Anaxagore, Boëce et Tertullien, il conclut 
que « la seule manière d'assiéger la nature qui 
puisse lui arracher une partie de son secret », serait 
d'étudier les produits de la bestialité en les sou- 
mettant à l'éducation. Ainsi pourrait-on tracer, 
d'après lui, la ligne de démarcation entre l'homme 
et la bête, et, de plus, trouverait-on le moyen de 
perfectionner physiquement l'espèce humaine par 
des croisements : « Quoi de plus beau dans les 
êtres animés que la forme du centaure?... » Regret- 
tait que Buffon ne nous ait pas conservé ses expé- 
riences sur les mélanges des hommes et des bêtes, 
Mirabeau, séduit par une pratique qu'il vient de 
maudire au nom de l'idéalisme, émet le vœu que 
les curés basques devraient faire soigner les chèvres 
engrossées par les pâtres des Pyrénées, et recueil- 
lir leurs produits. « L'intendant d'Ausch pourroit 
aisément parvenir à ce but, sans faire réciter de 
confessions ; il pourroit se procurer de ces produits 
monstrueux par ces curés ; le curé demanderoit à 
son pénitent sa maîtresse , qu'il remettroit au sub- 
délégué de l'endroit, sans révéler le nom de V amant. 
Je ne vois pas quel inconvénient il y auroit à tour- 
ner au profit des progrès des connaissances humai- 
nes, un mal que l'on ne sauroit guère empêcher. » 
S'il était possible que l'accouplement des bes- 
tiaires donnât quelque chose, notre siècle aurait 



AVAÎ^T-PROPOS 



peut-être pu combler le désir de Mirabeau, en édu- 
quant les enfants du singe Consul et des petites- 
nièces de l'Oncle Sam, qui sollicitèrent ses fa- 
veurs et le firent périr d'épuisement avant qu'il 
sût parler. Mais il est tant d'hommes dont l'in- 
telligence et la beauté ne dépassent point celles 
de Consîilf que ni la race humaine ni la race 
simiesque n'en eussent été amendées, que rien 
même n'eût été changé dans l'ordre du monde. Y 
aurait-il lieu, vraiment, de s'étonner que le rejeton 
d'un singe et d'une Yankee devînt, à l'instar du pre- 
mier venu, président d'une société savante, acadé- 
micien, général, milliardaire, politicien ? ou bien 
encore, cireur de bottes, souteneur, cubiste, ou 
reporteur de journal?... C'est faire à l'humanité 
beaucoup trop d'honneur que de la mettre tellement 
au-dessus des singes, et c'est montrer une candeur 
simiesque que de croire à la fécondité de pareils 
accouplements! Mirabeau, toutefois, bien qu'il rap- 
pelle « l'homme cornu » que l'on présenta à la 
cour, ne paraît accorder de crédit ni aux témoi- 
gnages de l'antiquité ni à ceux de ses contempo- 
rains. Sans doute faut-il entendre quelque malice 
quand il cite la « fille sauvage », religieuse à Châ- 
lons, et qu'il confie les enfants capripèdes aux con- 
fesseurs de ces bergers pyrénéens, dont l'une des 
« plus exquises jouissances est de se servir des nar- 
rines d'un jeune veau, qui leur lèche en même 
temps les testicules ». 



LES PROCES DE BESTIALITE 



Le Chevalier de Pierrugues, son annotateur, ne 
se hasarde pas à contester l'existence des hommes 
capripèdes : il s'en tient, dit-il, respectueusement 
aux Saintes Écritures, et à ce qui en est rapporté 
par Saint Jérôme ; soit sa fameuse rencontre avec 
un satyre, qui le conjura d'intercéder pour ses 
pareils auprès du Dieu commun, mort pour le salut 
du monde. Comme pour la plupart des hommes 
cultivés, la croyance du chevalier s'appuie tout 
autant sur la Fable païenne que sur les Pères de 
l'Eglise, qui tentèrent de rapporter au christianisme, 
par la requête du Faune de Saint Antoine, l'attache- 
ment que l'on gardait encore pour les divinités 
indigètes et vernaculaires. 

Les Satyres, les Faunes, les ^gipans n'étaient 
point, comme on l'a cru, ou feint de croire, les 
produits de la fornication caprine de tous les 
peuples pasteurs, mais une déformation légen- 
daire des compagnons de Bacchus, ou Osiris, 
paysans vêtus de peaux de bêtes, qui grossissaient 
de pillards, de bouffons et de parasites les armées 
en marche du Conquérant. L'on a également sou- 
tenu d'autres thèses : par exemple, que ces Satyres 
n'étaient qu'une espèce de singes que ce Prince 
menait à sa suite ; qu'autour des Temples que lui 
dressèrent les Égyptiens, l'on n'oublia pas les sta- 
tues de ces animaux, et, dit l'admirable Hédelin, 
que l'Egypte « matrice infortunée de l'Idolâtrie, les 
ayant reçus dans son giron >, ils passèrent à la 



AVANT-PROPOS 



suite de Cadmus chez les Grecs, dont ils accrurent 
les fausses Divinités par des mystères que les Grecs 
eux-mêmes ne connaissaient pas. Ces mystères res- 
sortissaient au culte de Pan, que Ton adorait à 
Mendès sous la forme d'un bouc, auquel, d'après 
Hérodote, les femmes se prostituaient en public. 
La signification de ce rite n'est autre que l'image de 
la fécondité, représentée par le bouc, et qui s'ag- 
gloméra au mythe de Bacchus, principe mâle de la 
génération universelle. Le bouc était sacré à Bac- 
chus pour les mêmes raisons qu'au dieu Pan, et, 
plus particulièrement, parce que, rongeant la vigne 
il était l'animal tout désigné comme totem. Il faut 
encore ajouter l'âne, dont l'organe génital rappelait 
par sa proportion le phallus porté aux bacchanales, 
et dont la lubricité est connue. 

Notre intention n'est pas d'étudier ici le bestiaire 
mythologique, qui, le plus souvent, représente par 
des symboles les conjonctions planétaires ou les 
phénomènes saisonniers, mais, en montrant l'âne 
et le bouc comme sacrés à Dionysos, d'expliquer 
pourquoi, au moyen âge et jusqu'à la fm du xvif 
siècle, ces animaux figurent dans les sabbats et 
reçoivent les caresses des sorcières. En effets les 
sabbats n'étaient qu'une survivance des antiques 
bacchanales ; les mêmes orgies s'y répétaient, et le 
christianisme primitif ayant rangé les faux-dieux 
au nombre des démons, le bouc et l'âne incarnè- 
rent le principe du mal aux yeux du vulgaire et des 



LES PROCES DE BESTIALITE 



juges ecclésiastiques. La fornication asine ou 
caprine était donc un rite véritable, et non pas, 
comme l'ont avancé de graves historiens et de non 
moins graves légistes, soit un phantasme de l'hys- 
térie, soit une copulation diabolique. Le chien, 
également consacré à Osiris, parut au sabbat 
comme l'âne et le bouc, et la fréquence de la for- 
nication canine trouve son explication dans la curio- 
sité suscitée chez les femmes par les confidences 
des initiées, et dans la facilité qu'elles trouvaient à 
jouir d'un animal si docile, si lubrique et d'un com- 
merce domestique si répandu. 

Il est certain que les rites égyptiens corrom- 
pirent la religion hébraïque (i), puisqu'au livre II des 
Paralipofnènes et dans plusieurs chapitres àuLévi- 
tique on trouve que Jéroboam institua des prêtres 
pour le service des veaux et des boucs, et que les 
Juifs des deux sexes s'accouplèrent avec des velus ^ 
nom qui fut donné aux boucs et, partant, aux 
satyres. Ces accouplements dégénérant en orgies 
secrètes, où se mêla plus tard la sorcellerie, nommée 
sahbatum chez les Romains, il fut ordonné que les 
coupables de ces turpitudes seraient punis de mort 
en même temps que l'animal. La loi hébraïque, 
insérée au chapitre XVII du Lévitique, fut l'origine 
des pénalités romaines et germaniques qui châtiè- 
rent les actes de bestialité et qui restèrent en 

(i) A moins que ce ne soit le contraire, car on a identifié Bacchus à Moïse. 



AVANT-PROPOS 



vigueur jusqu'à la fin du xvif siècle. Ce sont donc 
les procès intentés aux bestiaires de 1540 à 1692 
que nous offrons à la curiosité du lecteur, d'après 
une copie de Simon Gueulette, Procureur du Roi, 
copie conservée aux Manuscrits de la Bibliothèque 
Nationale sous la cote fr. logô^. 

« On a déjà dit, écrit Voltaire, dans son Diction- 
naire Philosophique, {Bouc) que plus de cent mille 
prétendus sorciers ont été exécutés à mort en 
Europe. La seule philosophie a guéri enfm les 
hommes de cette abominable chimère, et a ensei- 
gné aux juges qu'il ne faut pas brûleries imbéciles.» 
C'est bien le seul passage à peu près sensé de cet 
article, où Voltaire, tout à ses plaisanteries favo- 
rites contre la Bible et les Juifs, affecte d'ignorer 
les raisons qui firent adorer les animaux et por- 
taient encore, au temps de sa jeunesse, les derniers 
fidèles d'un culte millénaire à copuler avec les 
bêtes. Quoi qu'il en soit, son jugement n'a pas été 
sans influencer le Grand Frédéric, à qui l'on avait 
donné à signer la condamnation d'un de ses sujets, 
convaincu de relations avec une ânesse. Le Roi- 
Philosophe ne confirma pas la sentence, mais il 
écrivit au bas « qu'il donnait dans ses états liberté 
de conscience et de v.t. » (i) 



(i) Un cavalier était convaincu d'avoir couvert une jument : « Ce gail- 
lard-là est un cochon, dit Frédéric ; qu'on le mette dans l'infanterie. » 
Il y devint peut-être sodomite, mais le roi, l'étant aussi, ne pouvait que 
s'en réjouir. 



LES PROCES DE BESTIALITE 



On ne croira pas, avec Voltaire, que les reli- 
gions aient servi de couverture à des actes infâmes 
auxquels elles auraient incité, ni que la bestialité 
fût un des effets de l'ignorance, par elles jalouse- 
ment entretenue. La bestialité ne s'est pas seule- 
ment rencontrée chez les juifs et dans le nome de 
Mendès ; là n'est pas son berceau : elle est, comme 
on le sait, propre à tous les peupjes, et toutes les 
religions, y compris la nôtre, avec la figure du 
Paraclet, ont établi des rapports de fécondation 
entre les dieux métamorphosés et les femmes. C'est 
ainsi que Jupiter, tour à tour cygne, aigle, cour- 
sier, etc., engrosse les mortelles qu'il convoite; et, 
— sans parler des autres Olympiens d'Ovide, ni du 
Minotaure et de Pasiphaé, — qu'un roi des Goths, 
au dire de Saxon le Grammairien, tirait son origine 
d'une vierge noble qui avait eu commerce avec un 
ours. Soit qu'il faille y voir, comme nous l'avons 
dit, les symboles de conjonctions planétaires sous 
un signe zodiacal, soit que la Fable eût semblé plus 
merveilleuse, soit enfin que les premiers hommes 
eussent voulu se ménager un totem, la bestialité 
sacrée n'eut qu'une faible influence sur les cas qui 
nous occupent, et l'on ne saurait accuser les cultes 
d'avoir inventé un acte qui n'a généralement pour 



AVANT-PROPOS 



moteur que le besoin naturel, la facilité de le satis- 
faire par la violence, ou quelque perversion pas- 
sionnelle. 

On a d'ailleurs la preuve que les bêtes, sans y 
être contraintes, ont parfois pour nous des senti- 
ments amoureux qui se traduisent par le viol ou 
par un attachement plus marqué. « Les animaux, 
dit Montaigne, sont beaucoup plus réglés que nous 
ne sommes, et se contiennent avecques plus de 
modération soubs les limites que nature nous a 
prescripts ; mais non pas si exactement qu'ils n'ayent 
encores quelque convenance à nostre débauche, et 
tout ainsi, comme il s'est trouvé des désirs furieux 
qui ont poulsé les hommes à l'amour des bestes, 
elles se trouvent aussi parfois esprinses de nostre 
amour, et receoivent des affections monstrueuses, 
d'une espèce d'aultre : tesmoins l'elephant corrival 
d'Aristophane le grammairien, en l'amour d'une 
jeune bouquetière en la ville d'Alexandrie, qui ne 
lay cedoit en rien aux offices d'un poursuyvant 
bien passionné ; car se promenant par le marché où 
l'on vendoit des fruicts, il en prenoit avec sa 
trompe, et les luy portoit ; il ne la perdoit de 
vue que le moins qu'il luy estoit possible ; et luy 
mestoit quelquesfois la trompe dans le sein par 
dessoubs son collet, et luy tastoit les festins. Ils 
recitent aussi d'un dragon amoureux d'une fille ; et 
d'une oye esprinse de l'aniour d'un enfant, en la 
ville d'Asope ; et d'un bélier serviteur de la menés- 



10 LES PROCES DE BESTIALITE 



trière Clausia ; et il se veoit tous les jours des 
magots furieusement espris de l'amour des 
femmes... » 

Sans nous occuper, avec Dubois-Desaulle, des 
animaux domestiques couchant avec leurs maîtres, 
comme le lion de Caracalla, ou les deux ourses 
favorites de Valentinien, nous rappellerons seule- 
ment les serpents qu'affectionnaient les matrones 
romaines, qui tétaient à la mamelle ainsi que des 
nourrissons, et que Bœttiger, dans Sabine, conjec- 
ture avoir été des engins lubriques, témoin celui 
qui, selon Suétone, se glissa près d'Atia ensom- 
meillée, et la força, par le plaisir qu'il lui donna, de 
se purifier comme si elle fût sortie des bras de son 
mari. Croirons-nous, avec Plutarque, qu'une vieille 
femme d'Antée fut surprise gisant au côté d'un cro- 
codile nonchalamment allongé sur son grabat?... 



Les procès qui nous ont été conservés vont nous 
permettre de faire revivre les Justiniens modernes, 
ou les émules de cette jeune fille toscane qui se fît 
couvrir par un chien, au temps de Pie V, selon 
Venette et Forberg. Mais ce n'est pas l'acte de ces 
pauvres honteux, sans lustre et sans raffinement, 
qui doit, à vrai dire, éveiller et soutenir la curio- 



AVANT-PROPOS 1 1 



site. Ce sont des détails de mœurs, le plus sou- 
vent comiques, rapportés avec naïveté, et dont 
quelques-uns s'éclairent des brandons fumeux de 
la Jalousie ou de la Vengeance. Car il est cer- 
tain, pour les psychologues les moins avertis, qu'un 
grand nombre de ces accusés sont innocents. En 
ces temps où la simple inculpation de sodomie, de 
blasphème ou de bestialité suffisait à perdre un 
homme, les femmes délaissées, violentées, ou 
même dédaignées, les envieux sans scrupules, ne 
se faisaient pas faute de désigner une victime à la 
maréchaussée, de montrer un crime aux exempts 
à travers une bouteille de rogomme ou de vin 
clairet. D'autres sont des simples d'esprit, ou des 
méprisés de l'amour, que le rut aiguillonne. 

Puisque nous avons parlé de sodomie, il est bon 
de remarquer que la coutume judiciaire était de 
confondre sodomie et bestialité, comme si les 
antiques coupables des trois villes de la Bible 
eussent été indistinctement adonnés aux deux vices 
qui passent pour les plus monstrueux. Quelques 
textes ajoutent la hougrerie, chargeant à leur tour 
les Bulgares d'une pratique qui ne leur est généra- 
lement pas imputée, mais que leur sauvagerie, et 
surtout leur hérésie sexuelle, sans compter leur 
orthodoxie religieuse, désignaient à la générosité 
des accusateurs... 

Il ne faut donc pas entendre que nos accusés sont 
des sodomites à la manière du « malheureux Chaus- 



12 LES PROCES DE BESTIALITE 



son, dit des Estangs », cet ami du poète Claude 
Le Petit, qui fut brûlé en place de Grève, 

En montrant, le vilain, son cul à tout le monde. 

Un romancier du plus grand talent, doublé d'un 
essayiste ingénieux, M. Pierre _Mac Orlan, après 
avoir évoqué (i) ce Chausson, 

Ce coquin si fameux à la tête frisée, 

trouve dans le détail pittoresque de cet alexandrin 
un « élément merveilleux y> pour créer l'atmo- 
sphère du roman d'aventures, qui, selon lui, doit 
être cherchée de préférence dans le spectacle des 
vies anormales. Eh bien, les comparses du malheu- 
reux Chausson, « les personnages étranges et 
misérables », dont parle l'écrivain avec le plus vif 
désir de les voir se dresser devant lui, les voici, 
chacun dans son costume décrit par le Prévôt ou le 
Bailly, entouré de ses témoins aux noms de tribu- 
nal correctionnel — il en est d'exprès pour atten- 
drir l'austérité de l'inflexible Thémis — et des 
exempts qui l'ont conduit. 

Voici, disons-nous, Guillaume Garnier, un qui- 
dam vêtu de drap gris de fer ; — Pierre Grondeau, 
gagne-deniers de Loiidiin, et son témoin Adrian 



(i) Cf. Pierre Mac Orlan, La Clique du Café Brebis, Paris, La Renais- 
sance du Livre, 1919. 



AVANT-PROPOS 13 



Septbois ; — Devialle et son témoin Antonie Pode- 
lette, la grosse femme de Jacques Mesnard ; — 
Jacques Prenault, tin quidam vêtu de drap rouge, 
avec des culottes de peau et des bas de chausses y 
jointes ; — Macé Avril, //;/. quidam vêtit de drap 
gris, et son témoin Roger Trippeville, maréchal 
ferrant, autre quidam vêtu de drap cannelle, avec 
des culottes de panne rouge ; — Pierre Poulain 
qu'accompagnent Barthélémy Ognon et Geoffroy 
le Sec, deux antithèses; — Bernard Bouttesolle, un 
quidam vêtu de gris fer, avec un bonnet rouge; 
— Claudine Culam, une quidamne accusée de 
copulation avec un chien blanc tacheté de roux, 
et qu'accompagnent Jeanne La Picarde, maîtresse 
sage-femme et matrone jurée, plus Geneviève Mal- 
voye . et Guillemette Bontemps. Voici Eutrope 
Bedeau, un quidam vêtu de drap cannelle, ayant 
un bonnet rouge et des bas blancs; — Perrichon, 
lin quidam vêtu de toile grise, conduit par Tous- 
saint Picot, dit Martel, exempt, lequel est assisté 
de Thierry Soudoyer, de Jean Thomas, dit Bras- 
de-Fer et d'Etienne Bodin, dit Èrindavoine, cava- 
liers de la Brigade. Voici Jean Cochon (i), garçon 
jardinier; — Anthoine de La Rue, un quidam vêtu 
d'un habit brun, avec des boutons d'orfèvrerie et 
des culottes de panne rouge; — Pierre Fontaine, 



(i) Il est singulier de noter que ce Cochon ne choisit pas une truie 
pour épouse, et que le susdit Poulain préféra une vache à une jument. 



14 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



qui a envoûté la vache d'Albert Trottemenu et qui 
prit pour femme une inûle et bête asine, que le 
diable lui a donnée ; — Charles Chambery, dont 
un des témoins accusateurs se nomme Gillette de 
Trouvillain. Et voici enfin Sébastien Barillet, 
accompagné d'un témoin au nom molièresque : 
Pierre Trissotin. Pour tout dire, ils ont forniqué 
avec des ânesses, des chiennes noires ou tachetées, 
des truies, des vaches ou des cavales, les uns mon- 
tés sur des fagots, qui leur serviront de bûcher, 
les autres sur des herses, avec un entêtement rus- 
tique et borné de parvenir à leurs fms honteuses, 
au prix des plus grands efforts et des équilibres les 
plus subtils... 

Pauvres et grimaçantes victimes, misérables 
témoins ! le vieux Breughel d'Enfer eût aimé vous 
peindre, sous vos habits cannelle, vos culottes de 
panne rouge et vos bas blancs, auprès de la petite 
église pointue devant laquelle se dresse l'amoncel- 
lement des fascines, ou sur le mail de la petite ville, 
dont les maigres platanes sont chargés de curieux 
ricaneurs et tâte-fessiers!... Et n'est-ce pas le cas 
de répéter le refrain d.u Chevalier de Rivière, sur 
l'infortuné Vigeon, ce maître d'école convaincu de 
commerce avec un oison, et dûment supplicié : 

Vraiment! voilà bien de la joule 
Pour îin simple fauteur de Poule ! 

Nous ne brûlons plus ces malheureux qu'abusent, 



AVANT-PROPOS 1 5 



le plus souvent, les vapeurs de Bacchus devant la 
Vénus satyriaque ; nous ne brûlons plus Claude 
Le Petit, ni le chevalier de la Barre, pour quelques 
chansons impies; mais il est toujours des Jésuites 
prêts à dénoncer comme infernales la gauloiserie 
de nos pères et la liberté d'écrire : Vraiment, voilà 
bien de la foule... 



D' LuDOVico Hernandez. 



OUVRAGES A CONSULTER 



Del Rio, Disquisitions magiques, 1599 ; — Montaigne, 
Essais, livre II, chap. XII ; — François Hédelin, Satyres, 
Brutes, Monstres et Démons, réimpress- Liseux, j888; — 
Voltaire, Dict. Philosophique, {Bouc) ; — Mirabeau, Erotika 
Biblioyi [Behemah), 1783, réimp. dans l'Œuvre du comte de 
Mirabeau, Paris, l'Édition, 4, rue de Furstenberg; — For- 
berg. De Figuris Veneris {De coitu cum Brutis) ; — Delatre 
et Linas, Sodomie bestiale. Soc. de méd. légale, 1873-74, III, 
p. 165; — Brouardel, Pédérastie d'un chien à l' homme , Sem. 
méd., 1887, VII, p. 318; — A. Montalti, La Pederastia tra il 
cane e l'uomo, Sperimentale, 1887, L. X, p. 285 ; — Mante- 
gazza, YJ Amour dans l'hu^nanité, 1886 ; — Boissier et Lachaud, 
Per^oersion sexuelle à forme obsédante, Arch. de neuroL, 1893, 
t., XXVI, p. 383; — Boëleau, U71 Cas de bestialité, France 
médic, XXXVIII, p. 593; L. Thoinot, Attentats aux mœurs 
et perversions du sens génital, 1818, p, 268; — Ch. Féré, 
Note sur un cas de bestialité chez la femme, Archives de neu- 
rol. 1903, n^ 90; — Dubois-Desaulle, Étude sur la Bestialité, 
Paris, 1905. 



Les Procès de Bestialité 



PROCES CRIMINEL 
DE GUILLAUME GARNIER 

ACCUSÉ DU CRIME DE SODOMIE AVEC UNE CHIENNE NOIRE 
13 août 15^0. 

L'an mil cinq cent quarante, le quatorzième jour 
de mars, fut amené pardevant le seigneur Bailly de 
cette ville de Meaux un quidam vêtu de drap gris 
de fer, auquel ledit seigneur Bailly ayant demandé 
comment il se nommoit et de quel endroit il étoit, 
l'âge qu'il avoit, a répondu qu'il s'appelloit Guil- 
laume Garnier, étoit de cette ville, et pouvoit avoir 
environ trente-cinq ans. 

Et ledit seigneur Bailly luy ayant demandé s'il 
connoissoit une grande chienne noire, qui luy 
fut alors représentée, a repondu ledit Guillaume 
Garnier que ladite chienne luy appartenoit. 

Interrogé si ce qu'on disoit de luy étoit vray, à 
sçavoir qu'il avoit habité charnellement avec ladite 
chienne noire : a répondu que ladite chienne luy 
ayant été donnée très jeune, et l'ayant élevée, il 



LES PROCES DE BESTIALITE 



Taimoit beaucoup, mais qu'il étoit faux qu'il eut 
jamais habité charnellement avec ladite chienne, 
ny qu'il y eut jamais pensé. Après lesquels inter- 
rogatoires, ledit Guillaume Garnier a été recon- 
duit dans les prisons. 



Et le samedy dix-neuvieme jour du mois de mars 
furent amenez en présence de mondit seigneur le 
Bailly de cette ville de Meaux, Jean Durand, Guil- 
laume Bradefer, Simon du Taule et Antoinette 
Bardou, témoins et accusateurs de Guillaume Gar- 
liier, lesquels, après avoir .prêté serment de dire 
pure et entière vérité touchant ledit Garnier, et 
encore qu'ils n'avoient jamais eu aucune dispute ou 
démêlé avec luy, témoignèrent ce qui suit : 

Sçavoir ledit Jean Durand, que le jour des 
Mardy gras derniers, ledit Guillaume Garnier luy 
avoit dit qu'il ne vouloit point se marier, ni avoir 
de maîtresse, attendu qu'il en avoit une qui ne luy 
coutoit point d'entretien et luy étoit fîdele, ajoutant 
que ledit Garnier lui avoit en même tems avoué qu'il 
habitoit charnellement avec sa grande chienne 
noire. 

Témoignèrent aussi lesdits Guillaume Bradefer 
et Simon du Taule, que depuis très long tems ledit 
Garnier leur avoit fait semblable aveu, surquoy ils 
luy avoient représenté la grandeur de son crime. 



GUILLAUME GARNIER IQ 



mais que ledit Garnier, secouant la tête, avoit dit 
que chacun avoit son goût et que c'étoit le sien. 

Témoigna laditte Antoinette Bardou que vers le 
mois d'octobre dernier, ledit Guillaume Garnier 
luy avoit dit que laditte chienne noire etoit un tré- 
sor inestimable, et que si elle sçavoit sa valeur, et 
ce qu'elle sçavoit faire, elle voudroit en posséder 
une semblable; qu'ensuite ayant pressé instament 
ledit Garnier de luy dire à quoy cette chienne luy 
servoit, et quel profit il pouvoit en retirer, ledit 
Garnier luy avoit dit que cette chiene le conduisoit 
tous les samedis au sabbat, et que là le Diable luy 
donnoit autant d'or et d'argent qu'il vouloit. 



Et le vendredi quinzième jour d'avril, après lec- 
ture faite des témoignages, et ledit Garnier s'étant 
jette aux pieds de mondit sieur Bailly, et luy ayant 
demandé grâce, avoua que toutes lesdittes déposi- 
tions etoient vrayes. Sur quoy mondit sieur Bailly 
luy ayant dit qu'il ne pouvoit luy faire grâce, mais 
qu'il auroit qu'à se pourvoir au Parlement, lors- 
qu'il auroit rendu sa sentence. 



Nous avons déclaré ledit Guillaume Garnier 
atteint et convaincu du crime de sodomie commis 



20 LES PROCES DE BESTIALITE 



avec une grande chienne noire, pour réparation 
duquel cas, Tavons condamné et condamnons à être 
attaché à un poteau qui sera planté pour cet effet 
dans la place du marché de cette ville, et là brûlé 
vif; ordonnons que tous ses biens seront acquis et 
confisquez au seigneur Roy ; sur lesquels sera prise 
la somme de cent livres d'amende envers ledit sei- 
gneur Roy ; et en outre ordonnons que la chienne 
noire avec laquelle ledit Guillaume Garnier a com- 
mis et perpétré ledit crime, sera tuée et occise par 
l'exécuteur des hautes œuvres et son corps enfouy 
en terre. Donné àv Meaux le mercredy 20^ jour 
d'avril 1540, avant mi dy. 



La Cour de Parlement modifie ainsi la sentence : 
Ce néanmoins ordonné qu'après que ledit Gar- 
nier aura senti un peu le feu, il sera étranglé, et son 
corps brûlé ensuite ; pareillement que laditte grande 
chienne noire sera brûlée audit lieu où l'exécution 
dudit Garnier aura été faite, et consommée en 
cendres, ensemble les pièces du procès. Fait au 
Parlement aujourd'huy 13^ jour d'août 1540. 



PROCÈS CRIMINEL DE PIERRE GRONDEAU 

ACCUSÉ d'abuser d'une anesse 

24 novembre 1542 

A tous ceux qui ces présentes verront ou orront, 
Pierre de Brueres, juge Royal de Loudun, sçavoir 
faisons que sur les plaintes et réquisition faites par 
Jean Dumas, Pierre Brunel, Adam Le Coq, David 
Terreau, Jeanne Vallée, et Adrian Septbois, 
témoins et se portans pour accusateurs à rencontre 
de Pierre Grondeau, gagne deniers de cette ville, 
et par eux surpris habitant charnellement et détes- 
tablement avec une anesse appartenante audit Jean 
Dumas, suivant les témoignages et dépositions des 
témoins susdits, par nous receues le vingt et un du 
présent mois, les conclusions du procureur du 
Roy audit siège, avons déclaré et déclarons ledit 
Pierre Grondeau atteint et convaincu du crime dont 
il est accusé ; et en conséquence ordonnons que 
pour réparation desdits crimes et cas, il sera étran- 
glé, et son corps brûlé avec celuy de Tanesse, et le 
présent procès ; donné au siège de Loudun ce jeudy 
vingt neuf octobre mil cinq cent quarante deux. 



Cet arrêt a été confirmé par le Parlement le 
24 novembre 1542. 



PROCES CRIMINEL DE JEAN DEVIALLE 

ACCUSÉ DE SODOMIE AVEC PLUSIEURS BRUTES 
9 janvier 1545. 



L'an mil cinq cent quarante quatre, le mercredy 
vingt deux novembre, fut amené et conduit en pré- 
sence du juge de Chaslard, Jean Devialle, Berger 
dudit lieu, de présent constitué prisonnier es prison 
de ce lieu, et accusé d'avoir habité charnellement 
avec plusieurs brutes. En présence duquel fut 
amené Joseph Valdatte, Chirurgien dudit lieu de 
Chaslard, lequel, après avoir prêté serment de dire 
pure et entière vérité, a déclaré que le vingt trois 
aoust précèdent, en sortant dudit Chaslard, il avoit 
surpris ledit Devialle en copulation charnelle avec 
une chèvre noire, et qu'ayant menacé ledit 
Devialle d'aller le dénoncer à la justice, ledit 
Devialle l'avoit supplié de ne le point faire, et 
qu'il ne retomberoit jamais dans un pareil crime. 

Fut amené ensuite Hugues Minelle, gagne 
deniers, et cousin germain dudit Devialle, lequel, 
après le serment accoutumé de dire vérité, a 
déclaré que connoissant la détestable inclination du- 
dit Devialle, il l'en avoit souvent repris, mais sans 
aucun fruit, et même qu'un jour, qui estoit la 



JEAN DEVIALLE 23 



veille de la saint Denis dernière, ledit Devialle, 
irrité des remontrances qu'il luy faisoit, prit un 
gros bâton pour luy en donner, mais que par bon- 
heur il manqua son coup. 

Fut ensuite amené Jean Carpin, laboureur, dudit 
lieu de Chaslard, lequel, après le serment accou- 
tumé de dire vérité, a déclaré que le onze aoust 
dernier il avoit surpris ledit Devialle en copulation 
charnelle avec une génisse, dans une etable appar- 
tenante au fermier dudit Chaslard, et qu'il n'en 
avoit jamais voulu parler, sur la promesse que luy 
fit alors ledit Devialle de ne plus commettre un 
pareil crime. 

Fut ensuite amenée Jeanne, la grosse femme de 
Jacques Mesnard, tisserand, laquelle, après le ser- 
ment de dire vérité, déclare qu'elle avoit plusieurs 
fois trouvé ledit Devialle enfermé dans son etable, 
et que le croyant un voleur, elle luy avoit deffendu, 
sous peine de le faire prendre prisonnier, de mettre 
jamais le pied dans sa maison. 

Fut amené ensuite Antoine Podelette, ouvrier en 
toille, lequel, après le serment accoutumé de dire 
pure et simple vérité, a déclaré que sçachant la 
détestable passion dudit Devialle, il l'en avoit sou- 
vent réprimandé, et que ledit Devialle luy avoit 
avoué qu'il n'en étoit pas le maître. 

Apres lesquelles dépositions se sont retirez. 



24 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Et le lundy vingt-sept novembre, sur les huit 
heures du matin, fut amené en présence du juge 
Royal de Chaslard, Jean Devialle, lequel, après le 
serment de dire vérité, et lecture faite en sa pré- 
sence des dépositions et témoignages, a reconnu la 
vérité desdittes dépositions et a requis pardon, 
après quoy s'est retiré. 



Nous avons déclaré et déclarons ledit Jean De- 
vialle duement atteint et convaincu d'avoir habité 
charnellement avec plusieurs brutes ; en consé- 
quence, et pour réparation desdits crimes, nous 
ordonnons que pour la détestable et ignominieuse 
habitation contre nature par luy commise avec des 
brutes, il sera pendu et étranglé, son corps brûlé, 
et ses cendres jetées au vent, tous et chacun ses 
biens confisqués au profit de qui il appartiendra. 
Donné en notre siège de Chaslard, le treize 
décembre mil cinq cent quarente quatre. 



Sentence confirmée par le Parlement le 9 jan- 
vier 1545. 



PROCES CRIMINEL DE JACQUES GION 

ACCUSÉ DU CRIME DE SODOMIE AVEC UNE VACHE 
30 avril 1550. 



Uan mil cinq cent cinquante, le jeudy vingt-trois 
février, fut amené en présence du juge de Chama- 
roUes, Jacques Gion, Laboureur audit lieu, accusé 
par les témoins cy après dénommez d'avoir commis 
crime de sodomie avec une vache, ensuitte dequoy 
fut interrogé le premier témoin cy après. 

Charles Bouffain, vigneron dudit lieu, après 
avoir prêté serment de dire pure et entière vérité, 
a déclaré avoir, ce jourd'huy sept heures du matin, 
surpris ledit Jacques Gion commettant sodomie 
avec une vache dans la basse Cour du Château. 

Second témoin : Adrian Lejuge, valet de la 
ferme, après le serment accoutumé de dire pure et 
entière vérité, a déclaré que sur la même heure de 
sept heures du matin, il l'avoit aussy surpris 
appuyé contre un fagot. 

Troisième témoin : Thomas Trouffe a déclaré la 
même chose qu' Adrian Lejuge, après avoir fait le 
serment accoutumé. 

Lesdits témoins ouïs et entendus se sont retirez. 



26 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Et le mercredy huitième jour de mars, fut amené 
en présence du sieur juge de Chamarolles, ledit 
Jacques Gion, Laboureur, accusé et prisonnier es 
prisons dudit lieu, auquel fut faite lecture des 
témoignages et dépositions, ensuite dequoy ledit 
Jacques Gion, accusé, a reconnu ses crimes, et a 
requis pardon, après quoy s'est retirez. 



Nous avons déclaré et déclarons ledit Jacques 
Gion bien et duement convaincu du crime de sodo- 
mie avec une vache, et en conséquence, et pour 
réparation desdits crimes, ordonnons que ledit 
Jacques Gion sera brûlé dans la place de ce lieu, 
avec la vache avec laquelle il a commis ledit crime, 
ensemble le fagot sur lequel ledit Jacques Gion 
étoit appuyé pour commettre ledit crime de bou- 
grerie, et le tout réduit en cendres. Donné à Cha- 
marolles le dix-septieme jour de Mars mil cinq 
cent cinquante. 



Dans sa sentence de confirmation, datée du 
30 avril 1550, le Parlement de Paris ajoute : 

Ordonne ladite Cour que ledit Jacques Gion sera 



JACQUES GION 27 



ramené audit lieu de Chamarolles, pour y être exé- 
cuté sur le grand chemin qui va à Poitiers, et sera 
attaché à un poteau qui sera planté dans ce lieu 
pour cet effet, et ensuitte brûlé, ensemble la vache 
avec laquelle il a commis ledit crime, et le fagot 
sur lequel il etoit pour commettre ladite bougrerie, 
et néanmoins, par grâce et sans tirer à consé- 
quence, sera ledit Gion étranglé avant de sentir le 
feu. Fait en Parlement ce trentième jour d'Avril 
mil cinq cent cinquante. 



PROCES CRIMINEL DE JACQUES PRENAULT 

ACCUSÉ DU CRIME DE SODOMIE AVEC UNE CHÈVRE 
7 aoust 1551. 



L'an mil cinq cent cinquante et un, le Lundy 
vingt quatrième avril, deux heures après midy, fut 
amené par-devant nous, juge Royal de Tlsle de Ré, 
un quidam vêtu de drap rouge, avec des culottes 
de peau, et des bas de chausses y jointes, conduit 
par Le Roux, chef de la Brigade de la Maréchaus- 
sée de cette ville ; lequel Le Roux nous déclara 
avoir surpris ledit quidam cydessus designé, et 
accusé par les nommez Pierre Du Loir, Claude 
Dubois, Eustache Robinet, Louis Grandjean et Jean 
Levire, d'abuser charnellement et detestablement 
d'une Chèvre noire que ledit Le Roux nous amena 
en même tems. 

Interrogatoire fait par nous audit quidam cydes- 
sus designé, sçavoir comment il se nommoit, a 
repondu qu'il s'appelloit Jacques Prenault. 

Interrogé par nous duquel lieu il etoit, a repondu 
être du bourg de Saint-Martin. 

Interrogé par nous quelle etoit sa profession et 
quel âge il avoit, a repondu qu'il etoit vigneron et 
qu'il avoit quarente deux ans. 



JACQUES PRENAULT 29 



Interrogé par nous s'il connoissoit la Chèvre 
noire amenée par la brigade dudit Le Roux, a 
repondu qu elle appartenoit à Denis Robinet, Mar- 
chand de Bled de l'Isle de Ré. 

Interrogé si ce qu'on luy objectoit étoit vray, 
sçavoir qu'il eut commis acte de sodomie avec 
ladite Chèvre, a repondu que cette accusation 
etoit entièrement fausse, et qu'il deffîoit aucun de 
le luy prouver; après lesquels procès verbaux et 
interrogatoire ledit Jacques Prenault déclarant per- 
sister dans la susdite déposition, nous l'avons fait 
conduire en prison. 



Et le Mercredy vingt six avril sont comparus 
devant nous les témoins, auxquels après avoir fait 
prêter serment de dire et déclarer pleine et entière 
vérité, nous ont déclaré et certiffîé ce qui suit : 

Sçavoir lesdits Du Loir, Dubois et Robinet qu'ils 
avoient plusieurs fois surpris ledit Prenault en 
copulation charnelle avec laditte chèvre noire, 
appartenante à Denis Robinet, marchand de bled, 
frère dudit Eustache Robinet. 

Ledit Grandjean a déclaré que ledit Prenault luy 
avoit dit plusieurs fois qu'il aimoit mieux laditte 
Chèvre noire qu'une femme. 

Et ledit Levire a déclaré la même chose que les 
susnommez Duloir, Dubois et Robinet. 



30 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Après lesquels sermens et déclarations se sont 
retirez. 



Et le samedy vingt neuvième avril fut amené en 
notre présence Jacques Prenault, auquel lecture a 
été faite des dépositions, témoignages et déclara- 
tions faites pardevant nous, lequel Jacques Prenault 
a soutenu que lesdits témoins a voient déclarez faux 
et qu'entre autres lesdits Du Loir, Dubois et Le 
Vire avoient été subornez par ledit Eustache Robi- 
net, frère de Denis Robinet, à qui laditte chèvre 
appartient, et avec lequel, il y a plus d'un an, ledit 
accusé avoit eu plusieurs querelles, entr'autres le 
jour de la S* Rémi précédente, que luy et ledit 
Denis Robinet s'etoient pris de parole et s'etoient 
frappés, dans laquelle dispute luy, susdit accusé, 
auroit eu la tête cassée, de laquelle chose Allexis 
Prade, Chirurgien du bourg de Saint-Martin, pou- 
voit rendre témoignage ; ajoutant ledit Jacques Pre- 
nault qu'à l'égard de Louis Grandjean il etoit bien 
vray qu'il luy avoit dit qu'il aimoit mieux laditte 
Chèvre que sa propre femme, mais qu'il n'avoit 
point prétendu par là luy faire entendre qu'il eut 
aimé mieux habiter charnellement avec laditte 
chèvre qu'avec saditte femme ; après lesquelles 
choses ledit accusé a été reconduit en prison. 



JACQUES PRENAULT 31 



Et le lundy quinzième may audit an, furent ame- 
nez en présence de nous, juge Royal de l'Isle de Ré, 
Jacques Prenault, vigneron, du bourg de saint 
Martin, Pierre Duloir marchand audit bourg de saint 
Martin, Claude Dubois, gagnedeniers, Eustache 
Robinet, aubergiste, Louis Grandjean, vigneron, et 
Jean Le Vire, tisserand, auxquels lecture a été faite 
tant du procès verbal et informations faites par nous 
le vingt-quatre avril dernier, que des dépositions et 
témoignages rendus en notre présence à la charge 
dudit Prenault, le vingt-six dudit mois, et des def- 
fenses alléguées par ledit Prenault le vingt neuf du- 
dit, ensuite de quoy lesdits témoins persistans dans 
leurs témoignages et dépositions, et ledit Prenault 
en ses deffenses, après avoir entendu le procureur 
fiscal de ce siège, nous avons ordonné que préala- 
blement au jugement ledit Jacques Prenault, accusé 
et véhémentement soupçonné des crimes à luy im- 
posés, seroit appliqué à la question, pour sçavoir la 
vérité des cas mentionnés au procès. 

Et voulant procéder à laditte question avons fait 
retirer les témoins cy dessus, ensuite de quoy ledit 
Jacques Prenault nous auroit supplié de ne le point 
faire appliquer à la question, et qu'il avouoit avoir 
eu habitation charnelle avec laditte Chèvre, mais 
qu'il nous prioit de luy faire grâce, surquoy, ayant 



32 LES PROCÈS DE BESTIALITE 



différé et sursis la question, nous l'aurions renvoyé 
en prison pour communiquer et délibérer sur ledit 
aveu. 



Avons déclaré et déclarons ledit Jacques Prenault 
bien et duement atteint et convaincu d'avoir com- 
mis crime de sodomie avec une chèvre noire ; pour 
réparation desquels cas, ordonnons que ledit Pre- 
nault sera pendu et étranglé à une potence qui pour 
cet effet sera dressée dans la place et marché du 
Bourg de Saint Martin, et son corps jette dans un 
bûcher qui sera allumé auprès, ensemble laditte 
chèvre noire. Donné en notre siège de l'isle de Ré, 
par nous juge susdit, le dernier jour de may. 



Cette sentence fut confirmée purement et simple- 
ment par le Parlement, le 7 aoust 1551. 



PROCES CRIMINEL DE MICHEL MORIN 

ACCUSÉ d'avoir eu HABITATION CHARNELLE 
AVEC UNE BREBIS 

23 janvier 1554. 



L'an mil cinq cent cinquante trois, le Mardy qua- 
torzième jour de décembre, fut conduit en présence 
de nous, juge et prevost de Baugé, un quidam vêtu 
d'un surtout rouge, arrêté le jour d'hier, et accusé 
par le Procureur du Roy de ce siège de crime de 
sodomie commis avec une Brebis ; auquel quidam 
nous avons demandé son nom, le nom de son pair, 
sa profession, et son âge. A repondu ledit quidam 
qu'il se nommoit Michel Morin, etoit natif de la 
ville d'Avalon, qu'il etoit Maréchal de profession 
et qu'il avoit soixante-cinq ans. Interrogé s'il etoit 
vray qu'il eut habité charnellement avec laditte 
Brebis, a repondu que non, et qu'il etoit impossible 
que quiconque le luy puisse soutenir ; après quoy a 
été ledit Michel Morin conduit dans la prison .^ 



Et le Samedy dix huitième jour de décembre, 
deux heures de relevée, sont comparus pardevant 

3 



34 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



nous les quidams cy après nommez, assignez pour 
être ouïs, suivant notre ordonnance donnée hier 
sur le réquisitoire du procureur de cette ville ; les- 
quels, après le serment par eux fait de nous dire 
pure et entière vérité, ont déclaré ce qui suit : 

Le premier, nommé Antoine Perrin, apotiquaire 
de cette ville, a déclaré que la femme dudit Morin 
luy avoit dit que son mary avoit achetté laditte 
Brebis pour en jouir charnellement. 

La seconde, nommée Catherine Aulard, femme 
dudit Michel Morin, a dit que son mary avoit 
achetté laditte Brebis le lendemain de la saint 
Martin dernière, et que depuis ce tems elle l'avoit 
surpris trois fois commettant acte de sodomie avec 
laditte Brebis, à sçavoir le treize dudit mois de no- 
vembre, le vingt cinq, jour de sainte Catherine, et 
le premier jour du présent mois de décembre. 

Le troisième, appelle Jeannon, garçon Maréchal, 
a déclaré qu'il avoit sçu à quelle intention ledit 
Morin avoit achetté cette brebis, et qu'un matin, 
le jour de devant son emprisonnement, ledit Morin 
luy avoit dit qu'il aimoit mieux sa brebis que sa 
femme. 



Et le Mercredy vingt deuxième jour du présent 
mois fut amené et conduit en notre présence Michel 
Morin, auquel, après lecture des témoignages, et 



MICHEL MORIN 35 



luy ayant demandé s'il avoit quelque chose à dire 
et à repondre, a repondu que c'étoit par trahison de 
sa femme, qui vouloit ainsy brasser sa mort, pour 
ensuitte épouser ledit Antoine Perrin, et qu'à 
l'égard de Jeannot c'etoit un de ses garçons et 
qu'ainsi son témoignage n'étoit pas recevable, non 
plus que ceux de laditte Catherine Aulard, et de 
Perrin l'apotiquaire, au moyen des raisons sus allé- 
guées. 



Et le Jeudy vingt troisième jour dudit mois et an, 
fut amené en notre présence ledit Michel Morin, 
accusé de crime de sodomie, auquel fut prononcée 
l'ordonnance par nous rendue cejourd'huy, par 
laquelle nous l'avons condamné à être appliqué à la 
question, pour sçavoir la vérité des cas à luy impo- 
sés, resultans au présent procès ; lequel Michel 
Morin prêt d'être appliqué à la question, nous 
auroit supplié de différer, nous promettant de dire 
vérité, ensuite dequoy il nous auroit confessé qu'il 
avoit achetté laditte brebis dans l'intention susditte, 
mais qu'il n'avoit commis ledit crime de sodomie 
avec laditte Brebis qu'une seule fois ; sur laquelle 
confession nous, prévôt susdit, l'avons renvoyé en 
prison. 



^6 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Avons déclaré et déclarons ledit Michel Morin 
duement atteint et convaincu de crime de sodomie 
avec une Brebis, pour réparation desquels cas, or- 
donnons qu'il sera attaché à une potence qui sera 
pour cet effet dressée dans la place et marché de 
Baugé, et là y sera pendu et étranglé, son corps 
mort ensuitte jette au feu, ensemble la brebis avec 
laquelle il a commis ledit délit ; tous et chacun ses 
biens confisqués au profit de laditte Catherine Au- 
lard, sa femme, sur lesquels sera néanmoins préala- 
blement pris la somme de deux cent Livres 
d'amandes envers le Roy. Donné en notre siège, 
par nous susdit juge de Baugé, le quatrième jour 
de Janvier mil cinq cent cinquante quatre. 



Sentence confirmée par la Cour le 23 Janvier 
1554- 



PROCES CRIMINEL DE JEAN DE LA SOILLE 

ACCUSÉ DE SODOxMIE ABOMINABLE 
ET CONTRE NATURE AVEC UNE ASNESSE 

• 5 janvier 1556. 

L'an mil cinq cent cinquante cinq,' le lundy quin- 
zième jour de novembre, neuf heures du matin, en 
présence de nous, juge civil et criminel, et Bailly 
de la ville et Bai liage de Sens, fut amené un qui- 
dam vêtu de toille" grise, auquel nous aurions 
demandé son nom, celuy du lieu de sa naissance, 
sa profession et son âge. A repondu qu'il s'appelloit 
Jean de La Soille, etoit natif de Villeneuve L'Ar- 
chevêque, et de présent asnier au service de Mon- 
sieur Du Terron, Bourgeois de Paris et Seigneur 
de la ferme des Bois, sise auprès de Villeneuve 
L'Archevêque et qu'au reste il avoit vingt six ans. 

Interrogé s'il etoit vray qu'il eut habité charnelle- 
ment avec une asnesse, a repondu que non, sur 
quoy nous l'aurions fait conduire en prison. 



Et le samedy vingtième jour de novembre sont 
comparus par devant nous Aymon Groupan, Ton- 



38 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



nelier de cette ville, Josse Valcroin, Marchand 
Epicier, Thomas Dupont, Marchand Mercier, et 
Roger Dumoulin, Aubergiste, tous habitans et 
bourgeois de cette ville, lesquels, après le serment 
accoutumé de dire pleine et entière vérité, ont 
déclaré que pour satisfaire à notre ordonnance ils 
etoient comparus. 

Apres quoy nous avons interrogé lesdits témoins 
les uns après les autres, lesquels auroient déclaré 
ce qui suit. Sçavoir ledit Aymon Groupan, Tonne- 
lier, que depuis très long tems il sçavoit que le 
sieur Du Terron avoit pris Jean de La Soille à son 
service pour avoir soin de ses asnesses, et que ledit 
de La Soille avoit plus de soin de l'asnesse men- 
tionnée au procès, la faisant coucher dans une 
Etable séparée des autres. 

Le nommé Josse Valcroin, Marchand Epicier de 
cette ville, a déclaré qu'il avoit eu à son service un 
garçon appelé La Biche, lequel La Biche luy avoit 
dit plusieurs fois que ledit de La Soille etoit un 
infâme sodomite, et qu'il abusoit d'une façon abo- 
minable et contre nature d'une asnesse, dont il avoit 
plus soin que des autres. 

Thomas Dupont, Marchand Mercier de cette 
ville, a déclaré qu'il y a environ trois semaines, 
que allant à la ferme des Bois, appartenant audit 
sieur Terron, Bourgeois de Paris, il auroitvu entrer 
de La Soille dans l'Etable aux asnesses ; lequel La 
Soille, après y avoir resté quelque tems, en seroit 



JEAN DE LA SOILLE 39 



sorti dans un état indécent,' et ayant été frappé à la 
jambe par une asnesse. 

Roger Dumoulin, aubergiste de cette ville, a 
déclaré qu'il y a plus d'un mois qu'il sçait à n'en 
point pouvoir douter que ledit de La Soille a com- 
mis journellement crime de sodomie abominable et 
contre nature avec une asnesse, et qu'il l'avoit pris 
plusieurs fois sur le fait, entre autres le samedy 
treize de ce mois, jour de l'emprisonnement dudit 
de La Soille. 

Apres lesquels interrogatoires se sont retirez. 



Et le lundy vingt deuxième jour de novembre fut 
amené pardevant nous Jean de La Soille, asnier du 
sieur Terron, Bourgeois de Paris, accusé de sodo- 
mie abominable et contre nature avec une asnesse, 
et Aymon Groupan, maître tonnelier, Josse Val- 
croin, marchand épicier, Thomas Dupont, marchand 
mercier, et Roger Dumoulin, aubergiste, tous bour- 
geois et habitans de cette ville, en présence des- 
quels lecture a été faite tant du procès verbal fait 
pardevant nous le quinzième du présent mois que 
des témoignages, dépositions et déclarations faites 
en notre présence par les susnommez; lesquels 
témoins ont déclarez persister dans leurs déposi- 
tions, témoignages et déclarations ; ensuite dequoy, 
et en présence desdits témoins, ledit Jean de La 



40 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Soille a requis pardon, et a confessé avoir eu habi- 
tation charnelle, abominable et contre nature avec 
une asnesse; après quoy, lesdits témoins s'etant 
retirez, nous avons fait reconduire ledit Jean de La 
Soille en prison. 



Avons déclaré et déclarons ledit Jean de La Soille 
duement atteint et convaincu d'avoir plusieurs fois 
habité charnellement et d'une manière abominable 
et contre nature avec une asnesse, pour raison de- 
quoy, et réparation duquel cas, l'avons condamné 
et condamnons a être mené dans un tombereau, au 
bout duquel sera attaché l'asnesse, et attaché à un 
poteau, qui pour cet effet sera planté dans la grande 
place de cette ville ; et que lors que ledit de La 
Soille sera monté en haut de Teschelle qui sera 
appuiée contre la potence, ladite asnesse sera brû- 
lée en sa présence ; quoy fait, ledit de La Soille 
sera pendu et étranglé, et son corps ensuite jette 
dans le feu où laditte asnesse aura été consommée ; 
tous et chacun ses biens confisqués au profit de qui 
il appartiendra, sur lesquels sera prélevée néan- 
moins la somme de cent livres d'amande envers le 
Roy, et le prix auquel sera estimé l'asnesse, lequel 
sera remis au sieur Du Terron ; donné en notre 
siège, cejourd'huy quatrième jour de décembre mil 
cinq cent cinquante trois. 



JEAN DE LA SOILLE 41 



La Cour de Parlement a confirmé cet arrêt, avec 
cette variante : « Quoy fait ledit de La Soille sera 
pendu et étranglé, son corps mort jette ensuite dans 
le mesme feu où laditte asnesse aura été consom- 
mée, pour y être réduit en cendres, lesquelles, 
ainsi que celles de l'asnesse, seront jettées dans la 
Rivière d'Yonne... Fait à Paris, en Parlement, ce 
cinquiesme jour de janvier mil cinq cent cinquante 
six. » 



PROCÈS CRIMINEL DE MACE AVRIL 

ACCUSÉ d'avoir connu contre nature des bêtes brutes 

7 octobre 1560. 

L'an mil cinq cent soixante, le vendredy qua- 
trième jour de juillet, fut amené pardevant nous, 
Juge de Magny, un quidam vêtu de drap gris, accusé 
à la requête du procureur fiscal de ce lieu, d'avoir 
connu abominablement et contre nature des betes 
brutes; Lequel, interrogé par nous comment il se 
nommoit a repondu être appelle Macé Avril. 

Interrogé de quel païs il etoit, a répondu qu'il 
etoit de Gisors. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
trente ans, ou environ. 

Interrogé quelle etoit sa profession, a repondu 
qu'il etoit venu jeune de Gisors, et avoit été valet 
de laboureur à Magny, et enfin à présent garçon 
maréchal. 

Interrogé s'il etoit vray qu'il eut jamais connu 
charnellement et detestablement des betes brutes, a 
repondu que jamais cela ne luy etoit arrivé, et qu'il 
deffioit qu'on luy puisse soutenir. 

Apres lesquels interrogatoires, ledit accusé s'est 
retiré, et a été reconduit en prison. 



MAGE AVRIL 43 



Aujourd'huy mercredy neuvième jour de juillet, 
sont comparus en présence de nous, juge de Magny, 
les témoins cy après dénommez, auxquels, après 
avoir fait prêter serment de dire pure et entière 
vérité, nous avons demandé ce qui suit : 

Le premier, qui a déclaré s'appeller Pierre 
Othaire, jardinier, a déclaré qu'il avoit sçu d'Adam 
Duchesne, laboureur, demeurant à Magny, que du 
tems que ledit Macé Avril etoit à son service, il 
craignoit que ce garçon n'eut la malheureuse incli- 
nation de connoître des brutes, mû à cela par quel- 
que indice qu'il en avoit eu ; et que sur ce soupçon 
il ne vouloit jamais luy donner en garde aucune 
Cavalle, jument, vache, anesse, brebis, ou autre 
femelle. 

Le second, qui a déclaré être appelle Jean de La 
Plante, a déclaré qu'il avoit ouy dire audit Adam 
Duchesne, laboureur, qu'il soupçonnoit fort ledit 
Macé d'avoir cette malheureuse passion, et qu'il y 
prenoit toutes les précautions possibles pour l'en 
empêcher, à cause que ledit Macé lui paroissoit 
d'un bon esprit et fort adroit. 

Le troisième, qui a déclaré être appelle Robert 
Vignot, et être fermier de la ferme de Monseigneur 
de Magny, a dit que dans le tems que ledit Macé 
Avril etoit à son service, et qu'il gardoit ses 



44 LES PROCES DE BESTIALITE 



ledit Avril s'enfermoit toujours dans 
retable aux dittes asnesses, sous prétexte de dor- 
mir plus chaudement, à cause que c'etoit en hyver, 
mais qu'enfin ayant ouy parler de la détestable 
inclination de ce garçon, il luy avoit absolument 
deffendu de dormir dans cette etable, et enfin l'avoit 
mis dehors et donné son congé. 

Lesquels témoins ouïs se sont retirez. 



Et le samedy deuxième jour de juillet audit an, 
sont comparus en présence de nous, juge de Magny, 
les témoins cy après dénommez, auxquels, après 
avoir fait prêter serment de dire pure et entière 
vérité, ils nous ont déclaré ce qui suit : 

Le premier, nommé Adam Duchesne, laboureur, 
demeurant en ce lieu de Magny, nous a déclaré 
qu'ayant eu ledit Macé Avril à son service pendant 
près de trois ans, il l'avoit toujours reconnu fort 
adroit à tout ce qu'il l'avoit occupé, mais qu'il 
s'etoit apperçu qu'il avoit une passion détestable de 
connoître des bêtes brutes, qu'il caraissoit beau- 
coup, sur tout les femelles, en sorte que luy, Adam 
Duchesne, n'osoit luy donner en garde aucune 
cavalle, jument, vache, brebis, chèvre, asnesse, ou 
truye, craignant que ce misérable ne voulut com- 
mettre quelque crime avec quelqu'une desdites 
femelles, et que ce soupçon luy etoit venu d'un jour 



MACÉ AVRIL 45 



que voyant ledit Macé Avril caresser et flatter une 
anesse, luy, Duchesne, avoit dit audit Avril qu'il 
avoit plus de complaisance pour laditte anesse que 
pour une fille, surquoy ledit Avril lui avoit repondu 
ces mots : « Je suis si laid qu'aucune fille ne vou- 
droit souffrir mes caresses, mais cette femelle n'est 
pas si délicate. » Depuis lequel tems, luy, Duchesne, 
avoit toujours soupçonné ledit Avril, et enfin auroit 
donné audit Avril son congé, luy promettant de ne 
point parler à personne du soupçon qu'il avoit de 
sa malheureuse inclination. 

Le second, appelle Hillaire Bastard, a déclaré 
qu'étant camarade dudit Macé Avril, et comme luy 
garçon maréchal au service de Roger Trippeville, 
ayant entendu parler de l'inclination dudit Avril, 
connu dans le lieu pour tel, il luy avoit plusieurs 
fois reproché qu'il ne vouloit pas se marier, par ce 
que sa femme l'empecheroit de caresser des anesses 
et des chèvres, surquoy ledit Avril se seroit mis 
en colère, et ils se seroient battus ensemble le pre- 
mier de ce mois, dans laquelle dispute, luy, Bas- 
tard, auroit reçu un coup de poing dans le visage 
et plusieurs egratignures. 

Lesquels témoins ouïs, se sont retirez. 



Et le lundy quatorzième jour de juillet audit an, 
est comparu pardevant nous, juge de Magny, un 



46 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



quidam vêtu de drap canelle avec des culottes de 
panne rouge, lequel nous a déclaré s'appeller Roger 
Trippeville, être maréchal, et habitant de ce bourg 
de Magny, et enfin qu'il venoit pour satisfaire à 
notre ordonnance à luy signifiée samedy dernier 
douze du présent mois, et pour sçavoir ce que nous 
voulions de luy. 

Interrogé s'il connoissoit un garçon appelle Macé 
Avril, a repondu que ouy. 

Interrogé depuis quel tems il etoit à son service, 
a repondu que ledit Macé Avril etoit entré à son 
service depuis la veille de Noël dernière. 

Interrogé s'il avoit reconnu quelque mauvaise in- 
clination dans ledit garçon, et entr'autres celle de 
la sodomie avec les bêtes brutes, a repondu qu'il 
n'avoit jamais reconnu que ledit Macé Avril eut de 
pareilles inclinations, et que comme il etoit fort 
adroit, il en etoit fort content. 

Apres lequel interrogatoire et déclaration, ledit 
Roger Trippeville s'est retiré. 



Et le mercredy vingt troisième jour de Juillet 
audit an, fut amené en présence de nous, susdit 
Juge de Magny, Macé Avril, garçon maréchal, 
auquel lecture a été faite des proces-verbaux faits 
en notre présence et des témoignages et déclarations 
faites pardevant nous, quoy fait nous avons ordonné 



MACE AVRIL 47 



audit Macé Avril, accusé d'avoir commis sodomie 
avec des bêtes brutes, de repondre, s'il pouvoit, 
aux charges et dépositions insérées dans lesdits 
procès verbaux cy dessus. 

Lequel Macé Avril nous aurait repondu qu'à 
l'égard des dépositions et témoignages des nom- 
mez Pierre Othaire, jardinier, et Jean de La Plante, 
comme elles n'etoient fondées que sur des ouïs 
dire, elle ne pouvoient conclure contre luy, et qu'à 
l'égard de Robert Vignot, fermier de Monseigneur 
de Magny, ses soupçons n'avoient encore pour fon- 
dement qu'un bruit vague et injurieux, et semé par 
jalousie ; qu'il est vray qu'étant naturellement fril- 
leux, il aimoit à dormir dans l'etable, à cause de la 
chaleur du lieu, mais qu'il n'y avoit jamais commis, 
ny pensé commettre les crimes qu'on luy imputoit 
faussement. 

Qu'à l'égard des témoignages et dépositions 
d'Adam Duchesne, laboureur, au service duquel, 
luy, Macé Avril, auroit été pendant trois ans, qu'il 
etoit bien vray qu'un jour, en flattant une asnesse, 
et ledit Duchesne luy ayant reproché qu'il caressoit 
cette asnesse mieux qu'il ne feroit une fille, il avoit 
repondu que cet animal n'etoit pas si délicat qu'une 
belle fille, qui, vu la laideur de luy, Macé Avril, 
seroit peut être plus difficile, mais enfin qu'il n'avoit 
pu s'imaginer que cette réponse ait pu occasionner 
le soupçon que ledit Duchesne avoit conçu ; qu'au 
reste, ledit Duchesne etoit imbecille et de peu d'es- 



48 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



prit, et que la preuve en etoit visible puis qu'ayant 
promis, comme il Tavoit avoué luy même, de ne 
point parler à personne de ce soupçon, il en avoit 
néanmoins entretenu plusieurs particuliers, et entr'- 
autres les nommez Pierre Othaire, jardinier, et 
Jean de La Plante, comme il est constant par les 
dépositions et témoignages de ces derniers, qui 
confessent ne sçavoir cela que de luy, et que ce 
fait prouve encore que tout ce mauvais bruit n'est 
fondé que sur les soupçons injurieux dudit André 
Duchesne, qui luy avoit brassé ce mal à cause qu'il 
le soupçonnoit avec plus de raison de carresser sa 
femme, ce qui cependant n'est point vray. 

Ajouta encore ledit Macé Avril que les témoi- 
gnages et dépositions du nommé Hilaire Bastard 
pouvoient encore moins luy nuire que les précé- 
dentes, puis qu'il est bien vray que ledit Bastard luy 
avoit dit qu'il ne vouloit point se marier dans la 
crainte que sa femme ne l'empêchât de caresser des 
asnesses, mais qu'il luy avoit repondu que ce n'etoit 
point cette crainte qui l'empechoit de se marier, 
mais seulement de prendre une femme coquette, 
comme etoit celle dudit Hilaire Bastard, et qui luy 
fit- porter des cornes ; que là dessus ledit Bastard 
ayant répliqué : « Je suis donc cocu? » luy, Macé 
Avril, auroit ajouté : « Oui, tu l'es d'autant plus 
que tu ne l'ignores pas » et que sur ces paroles ils en 
etoient venus aux prises, mais que leur Maître, 
Roger de Trippeville, les avoit séparés. 




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MACE AVRIL 49 



Et ledit Macé Avril ajouta qu'enfin on ne pouvoit 
avoir une preuve plus claire de son innocence que 
le témoignage et déposition de Roger Trippeville 
son Maître, chez qui il demeuroit depuis sept mois, 
et qui n'avoit jamais reconnu en luy aucune mau- 
vaise inclination, ni rien qui tendit aux crimes à 
luy imputés. C'est pourquoy ledit Macé Avril nous 
auroit requis, en le déchargeant desdittes accusa- 
tions, le déclarer innocent, et condamner les nom- 
mez Pierre Othaire, jardinier, Jean de La Plante, 
Robert Vignot, fermier de la ferme de Monseigneur 
de Magny, Adam Duchesne, laboureur, et Hilaire 
Bastard, garçon maréchal, comme calomniateurs, 
suivant la rigueur des lois, et solidairement en telle 
amande qu'il nous plaira, ensuite dequoy ledit 
Macé Avril s'est retiré, et a été reconduit en 
prison. 



Et le vendredy huitième jour d'aoust, sont com- 
parus en présence de nous. Juge de Magny, Macé 
Avril, garçon maréchal, accusé d'avoir commis 
crime de sodomie avec bêtes brutes, Pierre Othaire, 
Jean de La Plante, Robert Vignot, Adam Duchesne, 
Hilaire Bastard et Roger Trippeville, en présence 
desquels lecture a été faite des procès verbaux, de- 
positions, témoignages et déclarations ; lesquels 
témoins ayans déclaré persister en leurs temoi- 



50 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 

gnages et dépositions, et ledit Macé Avril dans ses 
deffenses et requête verbale. Les nommez Adam 
Duchesne et Hilaire Bastard nous supplièrent d'or- 
donner en jugeant que ledit Macé Avril seroit tenu 
préalablement à se dédire et retracter des injures 
contre eux dites par ledit Macé Avril, comme aussi 
le condamner et débouter ses demandes portées par 
saditte requête, ensuite dequoy lesdits témoins se 
sont retirez et ledit Macé Avril a été reconduit en 
prison. 



Avons déclaré et déclarons ledit Macé Avril, gar- 
çon maréchal de Roger Trippeville, suffîsament 
atteint et convaincu d'avoir connu contre nature des 
bêtes brutes, pour raison et réparation desquels 
crimes nous le condamnons à être attaché à un po- 
teau qui pour cet effet sera planté dans la place de 
Magny, et là brûlé vif; tous et chacun ses biens 
confisqués à qui il appartiendra, sur lesquels néan- 
moins sera prélevée la somme de cinquante Livres 
d'amande envers le Seigneur. Donné à Magny, en 
notre siège, par nous juge susdit, le premier jour de 
septembre mil cinq cent soixante. 



Cejourd'huy lundy quinzième jour de septembre, 
a été amené en cette Conciergerie ou Palais de 



MACE AVRIL 51 



Paris Macé Avril, garçon maréchal du nommé 
Roger Trippeville, Maréchal à Magny, accusé de 
sodomie avec bêtes brutes, lequel nous a dit qu'il 
est appelant, comme de présent il se porte pour tel, 
d'une sentence rendue contre luy par le juge de 
Magny, offrant de prouver son innocence par toutes 
sortes de voyes ; en foy de quoy j'ay, greffier de la 
Cour du Parlement, receu le présent appel, les jour 
et an que dessus. 



Et le mercredy dix septième jour de septembre 
fut amené en présence de nous. Conseiller commis- 
saire en cette partie, un quidam vêtu de drap gris 
auquel nous avons demandé qui il etoit, a repondu 
être appelle Macé Avril. 

Interrogé s'il etoit vray qu'il eut commis les 
crimes à luy imposez, a repondu que non, et qu'il 
ofïroit de prouver son innocence par telle voye qu'il 
plairoit à la Cour, et qu'il persistoit dans ses def- 
fenses alléguées. 

Apres quoy ledit Macé Avril s'est retiré et a été 
conduit à la Conciergerie. 



Cejourd'huy samedy vingtième jour du mois de 
septembre, fut amené en notre présence Macé 



52 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Avril, accusé d'avoir connu abominablement et 
contre nature des bêtes brutes, lequel persistant 
toujours en ses deffenses alléguées pardevant le 
juge de Magny, a été appliqué à la question extra- 
ordinaire. Lequel Macé Avril, après avoir souffert 
ladite question extraordinaire, a déclaré qu'il etoit 
innocent des crimes à luy imputez, et qu'il persis- 
toit dans ses deffenses par luy alléguées et dans sa 
requête verbale, ajoutant encore ledit Macé Avril 
qu'il demandoit à la Cour de luy adjuger tels dom- 
mages et interests pour les tortures qu'il avoit 
souffert, sur les dépositions desdits témoins, qu'il 
maintenoit et maintient faussaires et calomnia- 
teurs; quoy fait ledit Macé Avril a été reconduit 
en prison. 



La Cour, faisant droit sur le tout, a mis et met à 
néant l'appel interjette par ledit Avril à la sentence 
rendue par le juge de Magny le premier jour de 
septembre dernier. Met aussi à néant laditte sen- 
tence dudit jour ; déclare néanmoins ledit Macé 
Avril véhémentement soupçonné du crime de sodo- 
mie commise avec des betes brutes, et en consé- 
quence ordonne que ledit Macé Avril sera fouetté 
dans les trois places principales de Magny pendant, 
trois jours de marché consécutifs, et ensuite banni 
pour neuf ans hors du Royaume. Enjoint audit 



MAGE AVRIL 53 



Macé Avril de garder son ban sous peine d'être 
pendu, sans qu'il soit besoin d'information, sen- 
tence ou arrest. Et pour le surplus des requêtes et 
demandes dudit Macé Avril contre les nommez 
Pierre Othaire, Jean de La Plante, Robert Vignot, 
Adam Duchesne et Hilaire Bastard, aussi bien que 
des requêtes desdits Adam Duchesne et Hilaire 
Bastard, met laditte Cour les parties hors de cause 
et de procès. Fait au Parlement, par la Chambre 
des vacations, ce septième jour d'octobre l'an de 
grâce mil cinq cent soixante. 



PROCES CRIMINEL DE JEAN GERBOURT 

ACCUSÉ d'avoir habité avec une asnesse 

I 9 octobre 1560 



L'an mil cinq cent soixante, le vendredy vingt 
deuxième jour d'Aoust, fut amené en présence de 
nous juge et Bailly de Lagny, un quidam vêtu de 
grosse toile grise, conduit par les nommez Joseph 
Castagne, Paul Duguerra, Abraham Bansy, Jérôme 
Vitard et Toussaint Piquot, exempt et cavaliers de 
la brigade de cette ville, lesquels nous ont déclaré 
que, sur les plaintes des habitans de cette ville, ils 
nous amenoient ledit quidam, accusé d'avoir habité 
avec une asnesse, surquoy nous aurions dressé 
procès verbal de ce fait et ensuite interrogé ledit 
quidam. 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu être 
appelle Jean Gerbourt. 

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il 
etoit de Dammartin. 

Interrogé de quelle profession il etoit, a repondu 
qu'il etoit chartier, au service d'Adrien Martel, 
fermier de la ferme de la Geolle. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
quarente huit ans. 



JEAN GERBOURT 55 



Apres lesquelles demandes nous avons fait con- 
duire Jean Gerbourt es prisons de cette ville, et 
lesdits exempt et cavaliers se sont retirez. 



Et le mercredy vingt septième jour d'aoust audit 
an, pour satisfaire à l'ordonnance rendue le jour 
d'hier, par nous, Bailly de Lagny, sont comparus 
en notre présence trois quidams. 

Le premier, vêtu de rouge, interrogé par nous 
quel nom il avoit, a repondu qu'il s'appelloit 
Etienne Dutrot, Boulanger de cette ville. 

Interrogé s'il sçavoit que ledit Jean Gerbourt 
avoit commis crime de sodomie avec une asnesse, 
a repondu que ouy et que le bruit en etoit public. 

Interrogé s'il sçavoit quelque particularité tou- 
chant ce fait, a repondu que non. 

Le second, vêtu de drap bleu et veste rouge, 
interrogé par nous quel nom il avoit, a répondu 
être appelle Robert Du Buisson. 

Interrogé par nous quelle etoit sa profession et 
s'il connoissoit ledit Jean Gerbourt, a repondu qu'il 
etoit brasseur et qu'il connoissoit ledit Jean Ger- 
bourt. 

Interrogé s'il sçavoit que ledit Jean Gerbourt 
avoit la détestable inclination de commettre sodo- 
mie avec les betes brutes, a repondu que ouy, et 



56 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



qu'il sçavoit bien que ledit Gerbourt avoit une 
Asnesse dont il usoit comme d'une femme. 

Interrogé par nous s'il sçavoit quelques particu- 
larités touchant le fait, a repondu que ledit Ger- 
bourt luy avoit avoué qu'il avoit cette détestable 
passion, et que luy ayant remontré l'enormité de ce 
crime, ledit Gerbourt avoit repondu qu'il n'en 
etoit pas le maitre. 

Le troisième, aussi vêtu de bleu avec des culottes 
de peau, interrogé par nous quel nom il avoit, a 
repondu être appelle Simon Bonhomme. 

Interrogé par nous quelle etoit sa profession et 
s'il connoissoit le nommé Jean Gerbourt, a repondu 
qu'il etoit tanneur, qu'il connoissoit ledit Jean Ger- 
bourt, qui avoit été à son service pendant quatre 
ans et demy, qu'il avoit toujours soupçonné ledit 
Gerbourt de crime de sodomie avec les brutes, 
mais qu'il ne l'en avoit jamais pu convaincre. 

Lesquels témoins, après avoir certiffié leurs dépo- 
sitions et déclarations véritables, et fait le serment 
qu'ils n'avoient rien dit que de vray, se sont reti- 
rez. 



Et le mercredy troisième jour du mois de sep- 
tembre audit an, est comparu pardevant nous Joseph 
Martel, fils d'Adrien Martel, fermier de la ferme de 
la Geolle, lequel comparant pour son père a 



JEAN GERBOURT 57 



déclaré que sondit père étant de présent incommodé 
ne pouvoit satisfaire à l'ordonnance à luy signifiée le 
samedy trente aoust dernier, pourquoy luy Joseph 
Martel venoit devant nous savoir ce que nous sou- 
haitions de luy, sur lesquelles choses nous, Bailly 
susdit, aurions fait dresser le présent procès ver- 
bal et ensuite interrogé ledit Joseph Martel s'il con- 
noissoit ledit Jean Gerbourt, lequel Joseph Martel 
a répondu que ouy et qu'il y avoit très peu de tems 
qu'il était entré au service d'Adrien Martel son 
père, 3^ étant entré le dix neuvième jour de juillet 
dernier. 

Interrogé s'il avoit ouy dire que ledit Jean Ger- 
bourt étoit adonné au crime de sodomie avec des 
betes brutes, et entr'autre avec une asnesse, a 
repondu qu'il en avoit entendu parler depuis que 
ledit Gerbourt avoit été arrêté, et que ledit Ger- 
bourt avoit toujours grand soin de laditte asnesse 
emmenée avec luy par la brigade du nommé 
Joseph Castagne, mais que jamais il ne s'était 
apperçu qu'il eut commis avec elle aucun acte cri- 
minel. 

Apres lequel interrogatoire nous avons donné 
audit Joseph Martel congé de se retirer, lequel 
Joseph Martel nous auroit déclaré que préalable- 
ment il requeroit qu'en cas qu'on jugeât ledit Jean 
Gerbourt à mort, et conséquemment ladite asnesse 
à être brûlée, ladite asnesse fut estimée par experts 
et le prix remis entre les mains dudit Adrien Mar- 



58 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



tel, son père, à qui elle appartenoit ; quoy fait s'est 
retiré. 



A tous ceux qui les présentes verront et orront ; 
Pierre de Hautefeuille, juge Bailly de Lagny, salut. 
Vu le procès verbal et informations faites par 
devant nous ; vu aussi les confessions et aveux faits 
à la question par Jean Gerbourt, avons déclaré et 
déclarons ledit Jean Gerbourt atteint et convaincu 
d'avoir habité charnellement avec une asnesse; 
pour réparation desquels crimes et cas étranges, 
ordonnons que ledit Jean Gerbourt sera attaché à 
un poteau qui sera planté pour cet effet dans la 
grande place et marché de Lagny, et là, après avoir 
été pendu et étranglé, son corps sera jette dans un 
feu qui sera allumé auprès dudit poteau pour y être 
consommé ; l'asnesse avec laquelle il a commis 
ledit délit assommée et son corps jette dans le 
même feu, pour le tout être réduit en cendres, les- 
quelles seront jettées dans la rivière de Marne. 
Déclarons tous et chacun les biens dudit Jean Ger- 
bourt acquis et confisqués au Roy, sur lesquels 
seront néanmoins prélevés la somme de cent 
livres d'amande envers le Roy, et celle de vingt six 
livres à laquelle a été estimée laditte asnesse, 
laquelle somme de vingt six livres sera remise 
entre les mains d'Adrien Martel, fermier de la 



JEAN GERBOURT 59 



ferme de la Geolle. Donné en notre siège, par 
nous, Bailly susdit, cejourd'huy samedy vingtième 
jour de septembre mil cinq cent soixante. 



Le Parlement de Paris a confirmé ladite sentence 
le 19 octobre 1560, après avoir toutefois réduit à 
50 livres l'amende envers le Roy. 



PROCES CRIMINEL DE PIERRE POULAIN 

ACCUSÉ d'avoir connu charnellement une vache 

31 juillet 1561. 

L'an mil cinq cent soixante et un, le jeudy pre- 
mier jour de juin, fut amené pardevant nous juge 
d'Angoudeffus en Picardie, Pierre Poulain, berger, 
accusé d'avoir connu charnellement une vache 
rouge, lequel avons interrogé en la manière qui 
s'ensuit. 

Interrogé ledit Pierre Poulain s'il connoissoit la 
vache rouge quiluy a été présentée, a repondu que 
ouy. 

Interrogé s'il a connu charnellement laditte 
vache, a repondu que non, et qu'il n'entend pas 
ce qu'on luy veut dire, surquoy a été de notre 
ordre reconduit en prison. 



Cejourd'huy mercredy septième jour du mois de 
juin, sont comparus en notre présence Jean Rebule, 
Barthélémy Ognon, Geoffroy Le Sec et Jacques 
Therancourt, lesquels, après avoir fait serment 
qu'ils n'alloient rien dire que de vray et dans la 



PIERRE POULAIN 6l 



simple vérité, ont déclaré et certifié ce qui suit. 
Ledit Jean Rebule, tisseran, demeurant en ce lieu, 
a dit qu'il sçavait que ledit Pierre Poulain usoit 
de la vache rouge comme de sa femme, et qu'il 
Tavoit un jour surpris auprès de laditte vache dans 
une attitude deshonnete, et que luy ayant reproché 
le crime qu'il venoit ou alloit commettre, ledit Pou- 
lain l'avoit prié de ne point parler à qui que ce fut 
de ce qu'il venoit d'appercevoir, ce que luy Rebule, 
luy avoit promis, à condition qu'il n'y retomberoit 
plus ; ajoutant ledit Rebule qu'il sçavoit que mal- 
gré cette promesse ledit Poulain n'avoit point dis- 
continué son malheureux commerce. 

Barthélémy Ognon, chirurgien de la paroisse de 
Champcourt, a déclaré qu'un jour ledit Pierre Pou- 
lain l'etoit venu trouver pour le prier de le guérir 
pour quelqu'accident qui luy etoit arrivé, et 
quayant pensé ledit Pierre Poulain, il avoit reconnu 
que ce mal ne pouvoit être survenu que de la vache, 
dont luy, Ognon, sçavait bien que ledit Poulain 
usoit comme d'une femme. 

Geoffroy le Sec, teinturier, a déclaré que ledit 
Pierre Poulain luy avoit avoué plusieurs fois qu'il 
habitoit charnellement avec laditte vache rouge, et 
avoit ajouté qu'il ne la troqueroit pas pour la plus 
belle fille du village, et même de la Picardie. 

Jacques Therancourt a déclaré que la vache 
rouge dont il etoit question luy appartenoit, et 
qu'ainsi elle luy soit restituée ; qu'à l'égard dudit 



62 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Pierre Poulain, il l'avoit pris à son service depuis 
près de deux ans, mais qu'il ignore absolument si 
ledit Poulain est sujet à cette détestable passion. 

Apres lesquels interrogatoires que lesdits témoins 
ont certifié de nouveau être véritables, se sont reti- 
rez. 



Avons déclaré ledit Pierre Poulain bien et due- 
ment atteint et convaincu d'avoir connu charnelle- 
ment laditte vache rouge ; pour réparation desquels 
crimes ordonnons que ledit Poulain sera pendu et 
étranglé, quoy fait son corps jette dans un feu avec 
celuy de laditte vache préalablement étranglée ; et 
faisant droit sur la requête verbale dudit Jacques 
Theraucourt, propriétaire de laditte vache, avons 
ouy le rapport des experts, taxé le prix de laditte 
vache à la somme de cinquante quatre livres, la- 
quelle somme de cinquante quatre livres ledit 
Jacques Therancourt prendra sur tous les biens 
dudit Poulain, et tous autres qu'il appartiendra. 
Donné cejourd'huy lundy, deuxième jour de juillet 
mil cinq cent soixante et un. 



Veu parla Cour le procès Criminel fait pardevant 
le Bailly d'Angoudeffus en Picardie, contre Pierre 



PIERRE POULAIN 6^ 



Poulain, berger, accusé d'avoir connu charnelle- 
ment une vache rouge, a mis et met Tappellation 
dudit Pierre Poulain au néant, déclare ledit Pierre 
Poulain convaincu d'avoir habité charnellement 
avec la vache rouge mentionnée audit procès crimi- 
nel ; ordonne que la sentence rendue contre luy 
sera exécutée selon sa forme et teneur, et en con- 
séquence que ledit Pierre Poulain sera pendu et 
étranglé sur le grand chemin dudit village d'An- 
goudeffus qui conduit à Amiens. Quoy fait, le 
corps dudit Poulain jette dans un feu, dans lequel 
sera jette aussi le corps de laditte vache rouge préa- 
lablement étranglée, et leurs cendres jetées au 
vent. Déclare en outre laditte Cour tous et chacun 
les biens dudit Pierre Poulain acquis et confisqués 
au profit de qui il appartiendra, sur lesquels néan- 
moins sera prélevée la somme de dix livres d'amande 
envers le Roy, et celle de cinquante quatre livres, 
à laquelle s'est trouvé monter le prix de laditte 
vache rouge, suivant le rapport fait par les nommez 
Isaac Serran et Pierre Bouticourt, experts, laquelle 
somme de cinquante quatre livres à Jacques The- 
rancourt (sic) propriétaire de laditte vache. Fait en 
Parlement ce trente et unième jour de Juillet mil 
cinq cent soixante et un. 



PROCES CRIMINEL DE COLLAS HILLAIRE 

ACCUSÉ DE CRIME DE BESTIALITÉ 
20 janvier 1600. 



Veu par la Cour le procès criminel fait à la re- 
quête du procureur fiscal du Baillage de Thouars, 
demandeur et accusateur, pardevant le Baillv, dudit 
Thouars, le lundy quinzième jour de novembre mil 
cinq cent quatre vingt dix neuf, à rencontre de 
Collas Hillaire, valet de Basse court de Thomas 
Blanchamps, fermier de la ferme dudit Thouars, 
deffendeur, et accusé d'avoir commis acte de Bes- 
tialité et sodomie détestable avec une vache ; le 
rapport fait ledit jour quinzième novembre par les 
nommez Pierre Dufort, chef de la brigade dudit 
Thouars, et les nommez Henry Simon, Claude 
Brusquet, Mathieu Cordel, et Louis Le Pleutre, 
cavaliers de laditte Brigade, de Tetat où ils avoient 
trouvé ledit Collas Hillaire, et pour lequel ils 
l'avoient amené pardevant le Juge de Thouars ; les 
dépositions, témoignages et déclarations faites par- 
devant le Bailly de Thouars, le Lundy vingt 
deuxième jour du mois de Novembre audit an, par 
les nommez Josse Perdu, Jean Duffault, Baptiste 
Condray et Regnault Le Fevre, à la charge dudit 



COLLAS HILLAIRE 65 



Collas Hillaire ; les dépositions, témoignages et 
déclarations faites le mercredy vingt quatre no- 
vembre audit an pardevant le Bailly de Thouars 
par les nommez Odon Marquets, boulanger dudit 
Thouars, et Allexandre Priday, médecin demeurant 
audit lieu; autres, déclarations, témoignages et de- 
positions faites pardevant ledit Bailly de Thouars 
par le nommé Vincent Bourdesiere, Chirurgien du- 
dit Thouars ; la requête présentée audit Baillage de 
Thouars par Robert Fortin, soydisant propriétaire 
d'une vache noire mentionnée au présent procès, 
requérant qu'en cas que ledit Collas Hillaire soit 
condamné à mort et que consequemment laditte 
vache noire soit brûlée avec luy, laditte vache soit 
préalablement estimée et prisée par experts, et le 
prix auquel elle se trouvera monter soit pris préa- 
lablement sur tous les biens dudit Collas Hillaire, 
pour luy être délivré, laditte requête en datte du 
premier jour de décembre audit an ; l'ordonnance 
donnée par le Bailly de Thouars le cinq dudit mois 
de décembre, qui commet et nomme Benjamin 
Duflos et Thomas Minière pour procéder à l'esti- 
mation et prisée de laditte vache noire mentionnée 
au procès ; rapport fait par lesdits Benjamin Duflos 
et Thomas Minière, experts, qui déclarent que 
laditte vache ne peut être estimée que quarente 
deux livres et que c'est tout ce qu'elle peut valoir, 
ledit rapport fait pardevant ledit Bailly de Thouars 
le neuf dudit mois de décembre audit an ; interro- 



66 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



gatoire fait audit Collas Hillaire le dix septième 
jour de décembre, contenant les dénégations dudit 
Collas Hillaire ; sentence rendue le dix huitième 
jour dudit mois par le Bailly de Thouars, qui or- 
donne que ledit Collas Hillaire sera appliqué à la 
question, et dans lesquelles il a déclaré persister 
ledit jour dix huitième décembre ; sentence rendue 
par ledit juge de Thouars sur les conclusions du 
procureur fiscal le vingt neuvième jour dudit mois 
de décembre, portant condamnation contre ledit 
Collas Hillaire, accusé et convaincu du crime de 
sodomie et bestialité détestable avec une vache, et 
sur la requête et demande de Robert Fortin, pro- 
priétaire de laditte vache ; vu aussi l'acte d'appel 
interjette a minima par le procureur fiscal dudit 
Baillage de Thouars ledit jour vingt neuvième 
décembre ; l'interrogatoire fait audit Collas Hillaire, 
accusé d'avoir habité charnellement avec une vache 
noire, par le Conseiller rapporteur, le quinzième 
du présent mois de janvier ; vues aussy les conclu- 
sions du procureur gênerai du Roy en datte du dix 
neuf du présent mois ; 

La Cour, faisant droit sur le tout, a mis et met à 
néant l'appellation interjettée au nom dudit Collas 
Hillaire le vingt neuvième de décembre par le pro- 
cureur fiscal du Baillage de Thouars à la sentence 
rendue ledit jour par ledit Bailly de Thouars, or- 
donne qu'elle sera exécutée selon sa forme et 
teneur ; déclare ledit Collas Hillaire bien et duement 



COLLAS HILLAIRE 67 



atteint et convaincu d'avoir plusieurs et souventes 
fois commis et perpétré acte de sodomie détestable 
avec la vache noire mentionnée au présent procès 
criminel ; en conséquence ordonne laditte Cour que 
ledit Collas Hillaire sera conduit dans un tombereau 
jusqu'à la potence qui sera pour cet effet dressée 
dans le marché et place publique dudit Thouars, et 
que lors qu'il sera monté au haut de l'échelle 
appuyée contre laditte potence, laditte vache sera 
assommée et ensuite son corps brûlé dans un feu 
qui sera allumé auprès ; quoy fait ledit Collas Hil- 
laire sera pendu à laditte potence, et ensuite son 
corps brûlé au même feu où laditte vache aura été 
consommée, et leurs cendres jetées auvent. Déclare 
en outre tous et chacun les biens dudit Collas Hil- 
laire acquis et confisqués au profit de qui il appar- 
tiendra, sur lesquels néanmoins sera préalablement 
prélevée la somme de dix livres d'amande envers 
qui il appartiendra, et celle de quarente deux livres, 
à laquelle s'est trouvé monter le prix et estimation 
de laditte vache, laquelle somme de quarente deux 
livres sera délivrée et remise entre les mains de 
Robert Fortin, habitant dudit Thouars et proprié- 
taire de laditte vache. Fait en Parlement ce ving- 
tième jour du mois de janvier, l'an de grâce mil six 
cent. 



PROCES CRIMINEL DE GILLES DOBREMER 

ACCUSÉ d'avoir commis crime détestable 

DE SODOMIE AVEC UNE VACHE 
9 février 1600. 



L'an mil cinq cent quatre vingt dix neuf, le jeudy 
deuxième jour du mois de décembre, à la requête 
et poursuite du procureur du Roy de cette ville et 
Baillage d'Abbeville, fut amené un quidam vêtu de 
drap rouge, accusé et pris en flagrant délit et 
crime abominable de sodomie avec une vache 
rousse, par les nommez Gilles Preaucourt, chef de 
la brigade de cette ville, Mathurin Cordon, Benoit 
Lavallée, Bernard Trippet et Raoul Hamon, Cava- 
liers de laditte Brigade ; lesquels ont certifié ledit 
délit, et signé le présent proces-verbal. 

Ensuite nous aurions interrogé ledit quidam., et 
luy ayant demandé son nom, a repondu être appelle 
Gilles Dobremer. 

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il 
etoit de Mondidier. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
cinquante deux ans. 

Interrogé quelle etoit sa profession^ a repondu 



GILLES DOBREMER 69 



qu'il etoit laboureur, habitant à Favencourt, village 
du voisinage. 

Interrogé s'il avoit achetté cette vache et à quelle 
intention, a repondu qu'il l'avoit achetté pour en 
avoir du lait seulement. 

Interrogé s'il avoit coutume de commettre sodo- 
mie avec laditte vache, a repondu que c'etoit pour 
la première fois que ce malheur luy etoit arrivé. 

Apres lequel interrogatoire ledit Gilles Dobre- 
mer a été reconduit en prison. 



Cejourd'huy mercredy vingt deuxième jour de 
décembre, sont comparus en notre présence les 
nommez André Potelle, Gilles Guerin et Alizon 
Soquier, femme de Benjamin Crespet, lesquels, 
après avoir prêté serment de dire pure et entière 
vérité, ont déclaré ce qui suit : 

Sçavoir ledit André Potelle, premier témoin, a 
déclaré que ledit Gilles Dobremer ayant vu laditte 
vache chez luy Potelle, l'avoit examinée avec beau- 
coup d'attention, sa taille, sa forme, et que luy 
Potelle, ayant dit audit Gilles Dobremer que 
laditte vache n'avoit pas beaucoup de lait, ledit 
Dobremer avoit repondu que s'il vouloit la luy 
vendre il etoit prêt de l'achetter, sur quoy ledit 
Potelle luy auroit repondu que laditte vache luy 



70 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



revenoit à vingt cinq Ecus et qu'elle n'avoit encore 
vêlé que trois fois ; ledit Dobremer répliqua que 
c'etoit justement ce qu'il luy falloit, et sur l'heure 
il luy voulut donner une pistolle pour arrhes, mais 
que la femme dudit Potelle avoit voulu rompre ce 
marché, alléguant que laditte vache etoit bonne et 
qu'elle seroit abondante en lait; que le lendemain 
ledit Dobremer revint à la charge et offrit cent 
livres, que sur cet offre la femme dudit Potelle 
consentit à la livrer; que luy, Potelle, avoit tou- 
jours été étonné de cette attache dudit Dobremer, 
mais que sur le bruit qui a couru depuis, il n'en 
est plus en doute. 

Gilles Guérin, boulanger, second témoin, a 
déclaré qu'il sçavoit depuis très long tems que 
ledit Gilles Dobremer avoit habité charnellement 
avec laditte vache, et qu'il l'en avoit aussi souvent 
réprimandé, mais que ledit Gilles Dobremer avoit 
toujours tourné la chose en raillerie. 

Alizon Socquier, femme de Benjamin Crespet, 
jardinier, a déclaré que le vingt cinq de novembre 
dernier, jour de S'' Catherine, en passant par la 
ruelle qui communique par derrière aux maisons 
de Benjamin Crespet, son mari, et dudit Gilles 
Dobremer, elle avoit apperçu ledit Dobremer en 
copulation charnelle avec laditte vache, sur quoy 
elle auroit pris la fuite, et fermé la porte du jardin 
sur elle ; laquelle chose elle avoit racontée à son 
mary qui, depuis ce jour-là, ne voulut plus fre- 



GILLES DOBREMER 71 



quenter ledit Dobremer, avec lequel il alloit cepen- 
dant tous les dimanches et fêtes, à cause que ledit 
Dobremer aime beaucoup à boire, aussi bien que 
ledit Benjamin Crespet, mary de laditte Alizon 
Socquier. 

Apres lequel interrogatoire fait en présence de 
nous, Lieutenant criminel de la ville d'Abbeville, 
lesdits témoins ont certifié leurs dires véritables et 
se sont retirez. 



Nous, Lieutenant criminel de cette ville et bail- 
lage d'Abbeville, avons déclaré et déclarons ledit 
Gilles Dobremer duement atteint et convaincu et 
même ayant été surpris sur le fait et commettant 
ledit délit, d'avoir habité plusieurs fois avec une 
vache, pour lequel crime et réparation desquels 
cas l'avons condamné et condamnons à être pendu 
et étranglé à une potence qui sera pour cet effet 
dressée dans la place d'Abbeville, son corps jette 
ensuite dans un feu, où sera aussi jettée la vache 
avec laquelle il a commis ledit crime et délit, 
laditte vache préalablement étranglée ; quoy fait les 
cendres jettées dans la Rivière de Somme. Décla- 
rons en outre tous et chacun les biens dudit Gilles 
Dobremer acquis et confisquez au profit de Sa 
Majesté, sur lesquels sera néanmoins prélevée la 
somme de cent livres d'amande envers ledit sei- 



72 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



gneur Roy. Donné par nous, Lieutenant criminel 
susdit, l'an de grâce mil six cent, le neuvième jour 
de janvier. 



Cet arrêt a été confirmé le 9 février 1601, par la 
Cour de Parlement, qui précise que la potence sera 
plantée sur le grand chemin de Favencourt à Abbe- 
ville. 



PROCES CRIMINEL 
DE BERNARD BOUTTESOLLE 

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ COMMIS 
AVEC UNE CAVALLE 

17 aoust 1600. 

L'an mil six cent, le Jeudy quinzième jour du 
mois de Mars, fut amené pardevant nous, Bailly de 
Grouche-le-Chastel, un quidam vêtu de gris de fer, 
avec un bonnet rouge, accusé d'avoir commis acte 
de bestialité avec une Cavalle. 

Le premier témoin, après avoir fait serment de 
dire pure et entière vérité, nous a déclaré être 
appelle Toussaint Peruchon, garçon jardinier du 
nommé Marcel Bellot, et que ce jourd'huy, passant 
sur les huit heures du matin par le chemin qui passe 
auprès des terres appartenantes à Thomas Le Roux, 
il avoit apperçu dans la Cour du nommé Jean Bout- 
tesolle, ledit quidam, présentement accusé, lequel, 
monté sur une herse, faisoit tous ses efforts pour 
connoitre charnellement une Cavalle, laquelle 
Cavalle etoit attachée à un anneau contre les murs 
de laditte Cour, et qu'enfin s'etant approché pour 
surprendre ledit quidam, il l'avoit trouvé accouplé 



74 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



avec laditte Cavalle, desquelles choses il avoit 
averty Monsieur le Procureur fiscal, ajoutant qu'il 
y avoit plusieurs personnes qui avoient vu cette 
chose. 

Le second témoin, après avoir fait serment de 
dire pure et entière vérité, a déclaré être nommée 
Catherine Dumay, veuve d'Antoine Foreau, et que 
ce jourd'huy sur les huit heures du matin, en pas- 
sant près de la maison de Jean BouttesoUe, elle 
avoit entendu du bruit dans laditte Cour, et avoit 
apperçu ledit quidam accusé dans un état indécent 
auprès de laditte Cavalle, et les nommés Jean 
BouttesoUe, Toussaint Peruchon et Jacqueline 
Montée querellans ensemble, surquoy laditte Jac- 
queline Montée, femme de Marcel Bellot, jardinier, 
luy avoit dit qu'on venoit de surprendre ce jeune 
homme accusé, commettant acte de sodomie avec 
laditte Cavalle. 

Le troisième témoin, après le serment accoutumé 
de dire pure et entière vérité, a déclaré être appelle 
Jacqueline Montée, femme de Marcel Bellot, jardi- 
nier, et que cejourd'huy passant auprès de la mai- 
son du nommé Jean BouttesoUe, pour gagner le 
chemin qui passe auprès des terres appartenantes à 
Thomas Le Roux, accompagnée de Thomas Peru- 
chon, garçon jardinier étant à son service, ledi^ 
Peruchon auroit apperçu ledit quidam, monté sur 
une herse, et faisant ses efforts pour connoître 
charnellement une Cavalle attachée à un anneau de 



BERNARD BOUTTESOLLE 75 



laditte Cour, et que s'etant approchez doucement, 
de peur que ledit quidam ne prit la fuite, ils 
Tavoient surpris en copulation charnelle avec laditte 
Cavalle, et que grondans fort ledit quidam, etoit 
survenu Jean Bouttesolle, qui avoit dit que ledit 
quidam etoit son fils ; et que quoy que ledit Jean 
Bouttesolle ait encore trouvé ledit quidam dans un 
état qui a du luy faire aisément juger de l'action 
dudit quidam, cependant il a soutenu que ledit qui- 
dam qui est son fils n'est point capable de cette 
action, et a fort injurié laditte Jacqueline Montée, 
pourquoy laditte Jacqueline Montée nous requeroit 
d'interposer notre autorité et justice contre ledit 
Jean Bouttesolle. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires 
avons interrogé ledit quidam accusé, et luy avons 
demandé son nom : a repondu qu'il s'appelloit Ber- 
nard Bouttesolle. 

Interrogé quel etoit son père, a déclaré que son 
père etoit Jean Bouttesolle, laboureur. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
seize ans et demi. 

Interrogé s'il osoit desavouer qu'il eut commis 
sodomie avec laditte cavalle, comme lesdits témoins 
qui venoient de le surprendre l'assuroient, a re- 
pondu qu'il n'avoit jamais connu laditte Cavalle, et 
que ce qu'il en faisoit etoit pour essayer, sans qu'il 
ait eu dessein de l'accomplir. 

Interrogé que cependant lesdits témoins soute- 



76 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



noient qu'il avoit commis ledit délit, et avoit été 
trouvé en copulation charnelle avec laditte cavalle, 
a repondu qu'il soutenoit n'avoir jamais commis 
ledit crime. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires les- 
dits témoins se sont retirez, et ledit Bernard Bou- 
tesolle, accusé, conduit en prison. 



Cejourd'huy vendredy vingt troisième jour de 
mars, fut amené en notre présence Jean Boutte- 
solle, laboureur, auquel nous avons demandé s'il 
connoissoit ledit Bernard Bouttesolle, accusé d'avoir 
commis bestialité avec une Cavalle ; a repondu que 
ledit Bernard Bouttesolle étoit son fils. 

Interrogé s'il n'etoit pas vray que le jeudy quin- 
zième de ce mois ledit Bernard Bouttesolle avoit 
été surpris en flagrant délit, et commettant acte de 
sodomie détestable avec une Cavalle dans sa Cour, 
monté sur une herse pour pouvoir atteindre à 
laditte Cavalle, s'il sçavoit et eut reconnu que ledit 
Bernard Bouttesolle fut sujet à cette malheureuse 
inclination : a repondu que jamais son fils n'avoit 
été sujet à cette inclination, qu'il est bien vray que 
le jeudy quinzième de ce mois les nommez Tous- 
saint Peruchon, Jacqueline Montée et Catherine 
Dumay ayant vu ledit Bernard Bouttesolle qui ba- 
dinoitavec cette cavalle, étoient entrez dans sa cour 



BERNARD BOUTTESOLLE 77 



et avoient fait un grand bruit, crians que ledit Ber- 
nard Bouttesolle avoit voulu connoître charnelle- 
ment laditte Cavalle, q^ioy que cependant cela fut 
faux ; qu'au reste il est bon de remarquer que ledit 
Bernard Bouttesolle est un innocent et un peu 
simple, et que par hazard ledit Toussaint Peruchon 
ayant dit que ledit Bernard Bouttesolle etoit prêt à 
connoître charnellement ladite Cavalle, ladite Jac- 
queline Montée, femme de Marcel Bellot, qui aime 
ledit Peruchon, a cru devoir tenir le même langage, 
et qu'en fin, luy, Jean Bouttesolle, et ledit Tous- 
saint Peruchon avoient eu ensemble une querelle 
le Carnaval dernier, dans laquelle ledit Toussaint 
Peruchon luy avoit promis de s'en venger tôt ou 
tard. 

Après lesquelles demandes et interrogatoires 
dans lesquelles ledit Jean Bouttesolle a déclaré per- 
sister, et a soutenu qu'ils etoient selon la pure et 
simple vérité, ledit Bouttesolle s'est retiré. 



Nous, Bailly de Grouche-le-Chatel, avons déclaré 
et déclarons ledit Bernard Bouttesolle, fils de Jean 
Bouttesolle, laboureur, bien et duement atteint et 
suffisamment convaincu d'avoir habité charnelle- 
ment avec une Cavalle, pour réparation desquels 
cas et crime énorme, avons ordonné et ordonnons 
que ledit Bernard Bouttesolle sera pendu et étranglé 



78 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



à une potence qui sera pour cet effet dressée au 
milieu de la place de Grouche-le-Chastel ; quoy fait 
son corps, ainsy que celuy de laditte Cavalle, préa- 
lablement étranglée, êtrejettez au feu, et les cendres 
qui en proviendront jettées et semées au vent. 
Déclarons tous et chacun les biens dudit Bernard 
Bouttesolle, en cas qu'il en ait, acquis et confisquez 
au profit de qui il appartiendra, sur lesquels sera 
néanmoins prélevée la somme de deux cents livres, 
laquelle sera remise par forme de dommages et 
interests, entre les mains de Jacqueline Montée, à 
cause des injures à elle dites par ledit Jean Boutte- 
solle, laquelle somme de deux cent livres sera 
prise sur les biens appartenant audit Bernard Boutte- 
solle, ou en cas qu'il ne s'en trouve point, ou qu'il 
n'y en ait pas suffisamment, sur les biens propres 
dudit Jean Bouttesolle, que nous debouttons de sa 
requête dudit jour. Donné par nous, bailly susdit 
de Grouche-le-Chastel, ce vingt sixième jour de 
juillet mil six cent. 



Cejourd'huy mercredy trente et unième jour de 
juillet, a été amené en cette conciergerie au Palais 
le nommé Bernard Bouttesolle, accusé d'avoir 
connu charnellement une Cavalle, lequel nous a 
déclaré qu'il se tient à l'appel par luy interjette le 
vendredy vingt sixième du présent mois de Juillet 



BERNARD BOUTTESOLLE 79 



de la sentance rendue ledit jour contre luy par le 
Bailly de Grouche-le-Chastel, comme d'effet il 
déclare se porter appellant et offre de justifier son 
innocence, requérant dommages et interests, avec 
la condamnation contre Toussaint Peruchon, Cathe- 
rine Dumay et Jacqueline Montée. 



Cejourd'huy samedy troisième jour du mois 
d'aoust est comparu au greffe de cette Cour le 
nommé Jean BouttesoUe, lequel nous a déclaré 
qu'il s'est porté et se porte encore pour le présent 
appellant de la sentence rendue tant contre luy que 
contre Bernard BouttesoUe, son fils, offrant de jus- 
tifier son innocence et celle dudit Bernard Boutte- 
soUe son fils, dont il a requis acte. 



La Cour a ordonné et ordonne qu'avant de faire 
droit sur ledit appel interjette par lesdits Jean et 
Bernard BouttesoUe, ledit Bernard BouttesoUe sera 
conduit sous bonne et sûre garde audit lieu de 
Grouche, et là, en présence du procureur fiscal du- 
dit lieu, il sera conduit au lieu où les témoins ont 
déclaré que ledit délit a été commis, et ensuite exa- 
miné par trois experts qui seront nommez à cet 
effet par le Bailly de Grouche, lesquels experts, la 



8o LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



herse apportée et la cavalle amenée, examineront 
si ledit Bouttesolle a pu commettre ledit délit, pour 
le rapport par eux dressé être rapporté à la Cour 
et ordonné ce que de raison. Fait en Parlement ce 
jourd'huy sixième jour d'aoust. 



Nous, Bailly de Grouche-le-Chastel, ordonnons 
que les nommez Maurice Troppy, chirurgien, 
Michel Boudance, praticien, et Georges Castrelle, 
garçon chirurgien, procéderont à l'information et 
examen ordonné par ledit arrest du Parlement. 
Donné à Grouche-le-Chastel, cejourdhuy jeudy 
huitième jour d'aoust. 



Nous, Maurice Troppy, chirurgien-juré, Michel 
Boudance, praticien, et Georges Castelle, garçon 
chirurgien, nous serions transporté cejourdhuy 
samedy dixième jour du présent mois d'aoust, en 
la maison de Jean Bouttesolle, laboureur en ce 
lieu, et là, estant dans une grande cour aboutis- 
sante au chemin qui passe auprès des terres appar- 
tenantes à Thomas Le Roux, et là ayant fait appor- 
ter une herse et amener une Cavalle de poil bay^ 
laquelle les nommez Toussaint Peruchon, Cathe- 
rine Dumay et Jacqueline Montée nous auroient 



BERNARD BOUTTESOLLE 8l 



dit être la même avec laquelle le nommé Bernard 
Bouttesolle aurait accompli son désir charnel de 
sodomie, et après que lesdits témoins eurent 
reconnus laditte herse pour la même sur laquelle 
ledit Bouttesolle etoit monté pour commettre ledit 
délit ; en présence de Monsieur le Procureur fiscal, 
et du nommé Jean Bouttesolle, père de l'accusé, 
et desdits témoins, nous aurions fait venir ledit 
Bernard Bouttesolle, lequel après avoir examiné 
s'il etoit habile et en état de connoître charnelle- 
ment laditte femelle, nous luy aurions ordonné de 
monter sur laditte herse, et de faire ce qu'il pour- 
roit pour connoître charnellement laditte Cavalle, 
ce que ledit Bernard Bouttesolle exécutant, nous 
nous serions apperçus, en présence des personnes 
cydessus, qu'à la vérité ledit Bernard Bouttesolle 
avait pu connoître charnellement laditte Cavalle, 
quoiqu'avec bien de la peine, étant même persua- 
dez qu'il n'auroit pu l'exécuter que lors qu'on tien- 
droit laditte cavalle ; quoy fait, nous avons ordonné 
audit Bernard Bouttesolle de s'habiller et avons 
dressé le présent procès verbal, lequel nous avons 
signé, les jour et an que dessus, pour servir ce que 
de raison. 



La Cour, faisant droit sur le tout, a mis et met à 
néant l'appel de la sentence interjette par lesdits 

6 



82 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Jean et Bernard Bouttesolle ; met aussi laditte sen- 
tence à néant; déclare ledit Bernard Bouttesolle 
véhémentement suspect du crime de copulation 
charnelle avec laditte cavalle; néanmoins, ordonne 
qu'il sera incessament elargy et remis entre les 
mains de son père, que la Cour charge des apre- 
sent de sa conduite et garde. Et pour le surplus des 
dittes requêtes présentées par la nommée Jacque- 
line Montée, et ledit Jean Bouttesolle, met la Cour 
les parties hors de cause et procès, tous dépens 
compensez. Fait à Paris en Parlement, ce dix sep- 
tième jour du mois d'aoust mil six cent. 



PROCES CRIMINEL 
DE CLAUDINE DE CULAM 

ACCUSÉE d'avoir EUE COPULATION ET HABITATION 

CHARNELLE AVEC UN CHIEN 

15e octobre 1601. 



L'an mil six cent et un, le mardy septième jour 
de septembre, à la requête et sur les plaintes por- 
tées pardevant nous par le procureur fiscal de ce 
siège, demandeur et accusateur, à rencontre d'une 
quidamne, deffenderesse et accusée d'avoir eue 
habitation et copulation charnelle avec un chien 
blanc tachette de roux, nous, juge et Bailly de 
Rognon et Saint Lubin de Cravant, aurions mandé 
laditte quidamne accusée pour venir cejourdhu}^ 
se justifier des cas à elle imposez ; laquelle qui- 
damne ayant refusé de comparoître, nous aurions 
cejourdhuy, sur le réquisitoire dudit procureur fis- 
cal, décrété laditte quidamne et ordonné qu'elle 
seroit. prise et appréhendée aii corps ; fait par nous 
Bailly susdit de Rognon et Saint Lubin de Cravant, 
les jour et an que dessus. 



84 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



L'an mil six cent et un, le samedy onzième jour 
du mois de septembre, nous, Philippe Guedier, 
huissier à cheval, assisté et accompagné d'Estienne 
Bridon, Simon Roger et Regnault Galbonet, 
serions transporté à l'hôtel et maison du sieur 
Prieur de Reverecourt, où nous aurions trouvé 
laditte quidamne, laquelle nous aurions amenée 
pardevant mondit sieur le Bailly. Ce fait, nous 
aurions demandé acte de l'exécution de notre ditte 
commission. Fait ce jour et an que dessus. 



Et cedit jour de samedy onzième jour de sep- 
tembre, nous, Bailly de Rognon et Saint Lubin de 
Gravant, aurions interrogé laditte quidamne 
amenée devant nous, en la manière qui s'ensuit : 

Interrogée quel etoit son nom, a repondu qu'elle 
s'appelloit Claudine de Culam. 

Interrogée quel âge elle avoit, a repondu qu'elle 
avoit eu seize ans au dix sept jour d'aoust dernier. 

Interrogée quelle était sa vacation, et à quoy elle 
etoit occupée, a repondu qu'elle etoit domestique 
de Monsieur le Prieur de Reverecourt, au service 
duquel elle étoit depuis quatre années. 

Interrogée pourquoy elle avoit eu copulation 



CLAUDINE DE CULAM 85 



charnelle avec le chien blanc tachette de roux, qui 
luy a été en même tems représenté, a repondu 
qu'elle ne sçavoit ce qu'on lui vouloit dire ; après 
lequel interrogatoire, ladite Claudine de Culam a 
été de notre ordre conduite en prison. 



Cejourd'huy lundy treizième jour du mois de sep- 
tembre, fut amenée en présence de nous, Bailly de 
Rognon et saint Lubin de Gravant, Claudine de 
Culam, prisonnière es prisons de ce lieu, et accusée 
d'avoir habité charnellement avec un chien ; en 
présence de laquelle nous luy aurions fait lire les 
procès-verbaux et l'interrogatoire à elle fait, ensuite 
de quoy laditte Claudine de Culam a déclaré per- 
sister et n'avoir rien autre chose à dire que ce 
qu'elle avoit déjà dit ; quoy fait, aurions de nou- 
veau interrogé laditte Claudine de Culam en la 
manière qui s'ensuit : 

Interrogée de la raison pour laquelle, étant inno- 
cente comme elle l'assure, elle avoit refusé de com- 
paroitre le mardy septième de septembre, a 
repondu qu'elle n'étoit pas au logis lorsqu'on est 
venu l'avertir, et qu'elle etoit fort éloignée de 
croire qu'on put la soupçonner de pareil crime, 
après lequel interrogatoire laditte Claudine de 
Culam a été par notre ordre ramenée en prison. 



86 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Cejourd'huy mercredy quinzième jour de sep- 
tembre, sont comparus en présence de nous, Bailly 
de Rognon et saint Lubin de Gravant, les témoins 
cy après nommez, lesquels, après avoir fait le ser- 
ment accoutumé de dire pure et entière vérité, ont 
déclaré ce qui suit : 

Le premier, nommé David Bonamy, hotellier de 
ce lieu, a déclaré que le jour et fête de saint Louis 
dernière, vingt cinquième jour du mois d'Aoust 
passé, étant allé chez Monsieur le Prieur de Reve- 
recourt pour affaire, en passant dans la Cour dudit 
sieur Prieur, il avoit apperçû laditte Claudine de 
Culam en copulation charnelle avec ledit chien 
blanc, mais qu'il n avoit osé dire cecy à Monsieur 
le Prieur, et en avoit seulement parlé à la nommée 
Jeanne Dubois, veuve de Claude de Culam, garçon 
jardinier, et mère de laditte Claudine de Culam, 
laquelle Jeanne Dubois n'en avoit voulu rien 
croire, soutenant que sa fîUe etoit trop sage et trop 
innocente, et qu'il falloit qu'il se fut trompé. 

Le second témoin, appellée Marie Neufbois, 
femme de Mathieu Gourdin, maréchal, a déclaré 
qu'elle avoit vu, sur la fin du mois d'aoust dernier, 
laditte Claudine de Culam jouant et badinant fort 
indécemment avec ledit chien blanc tachette de 
roux, et qu'elle luy en avoit fait même des 
reproches. 



CLAUDINE DE CULAM 87 



Le troisième, nommé Nicolas Perrautelle, domes- 
tique dudit sieur Prieur de Reverecourt, a déclaré 
que le premier jour du présent mois de septembre, 
en entrant dans le sallon dudit sieur prieur, il avoit 
trouvé laditte Claudine de Culam couchée sur un 
lit de repos, et ledit chien blanc marquette de roux 
étant auprès d'elle et se mettant en devoir de la 
connoître charnellement, mais que lors qu'il fut 
entré dans ledit sallon, laditte Claudine de Culam 
baissa ses juppes et chassa le chien, qui ne laissa 
pas de faire résistance, et de lever avec son muzeau 
les juppes de laditte de Culam ; mais que luy, Nico- 
las Perrautelle, s'etoit enfin approché et avoit 
donné un coup de pied au chien, duquel coup de 
pied ledit chien criant et paroissant boiter, laditte 
Claudine de Culam s'etoit écriée : « Pourquoy bat- 
tés vous mon chien et vous mêlez vous de mes 
affaires? » Que sur cela, luy, Nicolas Perrautelle, 
avoit répondu qu'il etoit bien honteux à elle de se 
laisser trousser ses jupes, et se découvrir si indé- 
cemment devant tout le monde. 

Apres lesquels interrogatoires, lesdits témoins se 
sont retirez. 



Cejourd'huy vendredy dix septième jour du mois 
de septembre, est comparu pardevant nous, Bailly 
de Rognon et saint Lubin de Cravant, Jeanne 



88 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Dubois, veuve de Claude de Culam, garçon jardi- 
nier, habitant de Rozay, laquelle après avoir fait 
le serment accoutumé de dire pure et entière vérité, 
et après la lecture à elle laite des procès verbaux 
et interrogatoires, laditte Jeanne Dubois nous 
auroit déclaré que laditte Claudine de Culam, sa 
fille, etoit innocente, simple, et sans aucune malice; 
qu'apparament c'etoit l'envie qui avoit fait parler 
lesdits témoins, et qu'à l'égard dudit Nicolas Per- 
rautelle toute la maison de Monsieur le Prieur de 
Reveraucourt sçavoit bien qu'il avoit été amou- 
reux de laditte Claudine de Culam, mais que 
laditte fille n'avoit jamais voulu l'écouter, tant elle 
est niaise et sotte, et enfin, pour preuve de ce 
qu'elle avançoit, laditte Jeanne Dubois nous a 
requis que laditte Claudine de Culam, sa fille, fut 
par notre ordre visitée par des matronnes et sages 
femmes, telles qu'il nous plairoit nommer, les- 
quelles feroient leur rapport, pour ensuite par nous 
être fait droit, ainsy qu'il appartiendroit. Fait les- 
dits jour et an que dessus. 



Nous Pierre de Bruymont, licencié es loix, 
Bailly de Rognon et saint Lubin de Cravant, nous 
ordonnons que les nommées Jeanne La Picarde, 
sage femme, veuve de Thomas Brehault, accompa- 
gnée de Geneviève Malnoye, femme d'André 



CLAUDINE DE CULAM 89 



Girard, apotiquaire, et de Guillemette Bontemps, 
femme de Michel François Le Brun, chirurgien, 
procéderont Lundy prochain vingt du présent mois 
à la visite et examen tant de laditte Claudine de 
Culam que le chien blanc tachette de roux avec 
lequel elle est accusée d'avoir eue habitation char- 
nelle, pour ensuite nous remettre leur rapport, et 
être par nous ordonné que de raison. Donné par 
nous le samedy dix huitième jour de septembre. 



L'an mil six cent un, le lundy vingtième jour de 
septembre, nous, Jeanne La Picarde, Maitresse 
sage femme et matrone jurée, assistée et accompa- 
gnée de Geneviève Malnoye et de Guillemette 
Bontemps, nous nous serions assemblées et aurions 
comparues pardevant mondit sieur le Bailly et luy 
aurions déclaré être prêtes d'exécuter ses ordres. 

Et ledit jour huit heures du matin, nous susdittes 
Matrones, aurions prêté serment entre les mains 
de mondit sieur le Bailly de procéder fidèlement et 
exactement à la visite et examen tant de la nommée 
Claudine de Culam, accusée d'avoir connu charnel- 
lement un chien blanc tachette de roux, que ledit 
chien blanc tachette de roux ; après lequel serment 
nous serions retirées dans un cabinet, où l'on nous 
auroit amenée la nommée Claudine de Culam et 
ledit chien blanc tachette de roux; laquelle Clau- 



90 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



dine de Culam nous aurions exactement et fidèle- 
ment visitée, et aurions apperçu qu'elle auroit eu 
copulation charnelle avec un masle, et ce qui nous 
auroit encore persuadées entièrement, c'est qu'a- 
près avoir déshabillé laditte Claudine de Culam, 
ledit chien roux est sauté sur elle et s'est mis en 
devoir de la connoître charnellement, ce qu'il eut 
peut être exécuté si nous ne l'en avions empêché ; 
quoy fait, nous aurions fait rhabiller laditte Clau- 
dine de Culam, et dressé le présent rapport, que 
nous certifions véritable et selon la vérité et notre 
conscience. Fait par nous, Matrones susnommées, 
les jour et an que dessus. 



Cejourd'huy mercredy vingt deuxième jour du 
présent mois de septembre, fut amenée pardevant 
nous, Bailly de Rognon et saint Lubin de Cravant, 
Claudine de Culam, en présence de laquelle a été 
fait lecture tant des interrogatoires que des déposi- 
tions charges témoignages et du rapport tait par 
lesdittes Matrones par nous commises, ensuite de 
quoy, nous aurions interrogée laditte Claudine de 
Culam, et luy aurions demandé si elle avoit à 
repondre aux charges et témoignages à elle impo- 
sés; laquelle Claudine de Culam se seroit jettée à 
genoux devant nous, et nous auroit avoué et con- 
fessé qu'elle avoit eu copulation et habitation char- 



CLAUDINE DE CULAM 91 



nelle avec ledit chien blanc tachette de roux, 
qu'elle meritoit d'être punie, mais elle auroit ajouté 
qu'elle etoit grosse de trois mois et qu'elle prioit 
de différer le jugement et l'exécution jusqu'au 
tems qu'elle auroit accouchée ; surquoy nous, 
Bailly susdit, aurions renvoyé laditte Claudine de 
Culam en prison pour, après avoir entendu les con- 
clusions du procureur fiscal, à ordonner ce que de 
raison. Fait par nous, Bailly susdit, les jour et an 
que dessus. 



Nous, Pierre de Bruymont, licencié es loix, 
Bailly de Rognon et saint Lubin de Gravant, vue 
la requête verbale à nous faite par Claudine de 
Culam, ayant aucunement égard à laditte requête, 
ordonnons que les nommées Jeanne La Picarde, 
accompagnée de Geneviève Malnoye et de Guille- 
mette Bontemps, procéderont lundy prochain vingt 
septième jour du présent mois de septembre, à la 
visitte et information sur la prétendue grossesse de 
laditte Claudine de Culam. Donné par nous, ce 
samedy vingt cinquième jour de septembre. 



L'an mil six cent et un, le lundy vingt septième 
jour de septembre, nous, Jeanne La Picarde, mai- 



92 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



tresse sage femme et matrone jurée, accompagnée 
de Geneviève Malnoye et de Guillemette Bontemps, 
aussi matrones jurée, nous serions transportées 
chez mondit sieur le Bailly, en son siège de justice 
de Rognon, et avons prêté et fait serment entre ses 
mains d'examiner et visiter bien et fidèlement 
laditte Claudine de Culam. 

Et nous étant ensuite retirées dans un cabinet, 
environ sur les neuf heures du matin fut amenée en 
notre présence Claudine de Culam, laquelle aj^ant 
fait deshabiller et visité tant son sein que son 
ventre, et autres parties, après avoir mûrement et 
longtems examiné, nous n'aurions reconnu aucun 
signe de grossesse, et au contraire, nous y aurions 
reconnu tous les indices et marques d'une femme 
non enceinte, pourquoy nous aurions dressé le pré- 
sent procès verbal, les jour et an que dessus, lequel 
nous avons remis cejourd'huy entre les mains de 
mondit sieur le Bailly, le certifiant pour véritable et 
dicté selon nos lumières et notre conscience. 



Nous, Pierre de Bruymont, Licencié es Loix, 
Bailly de Rognon et saint Lubin de Cravant, faisons 
savoir que nous avons déclaré et déclarons laditte 
Claudine de Culam, fille de Claude de Culam et de 
Jeanne Dubois, duement atteinte et convaincue 
d'avoir contre nature habité charnellement avec un 



CLAUDINE DE CULAM 93 



chien blanc tachette de roux ; pour raison et répa- 
ration desquels cas ordonnons que laditte Claudine 
de Culam sera brûlée vive à un feu qui sera pour 
cet effet dressé dans la grande place dudit Rognon, 
quoy fait ses cendres jettées au vent. Déclarons en 
outre tous et un chacun ses biens acquis et confis- 
qués au profit de qui il appartiendra, sur lesquels 
seront néanmoins pris la somme de dix livres 
d'amende envers le Roy. Donné à Rognon par 
nous, susdit Bailly, le quatrième jour du mois 
d'octobre mil six cent et un. 



La Cour a déclaré laditte Claudine de Culam 
bien et duement atteinte et convaincue d'avoir 
contre nature eue habitation et copulation char- 
nelle avec un chien blanc tachette de roux ; en 
conséquence, a mis et met à néant l'appel interjette 
par le procureur fiscal de Rognon au nom de laditte 
Claudine de Culam; ordonne que la sentence du 
Bailly sera exécutée; en conséquence, ordonne 
laditte Cour que laditte Claudine de Culam sera 
pendue et étranglée à une potence qui sera pour cet 
effet dressée dans la place et marché dudit Rognon, 
avec ledit chien blanc tachette de roux, lequel sera 
pendu et étranglé à laditte potence avant laditte 
Claudine de Culam; quoy fait leurs corps jettez 
dans un feu qui sera allumé auprès, et le tout con- 



94 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



sommé les cendres jettées et semées au vent. 
Déclare en outre tous les biens appartenans à ladite 
Claudine de Culam acquis et confisquez au profit 
de qui il appartiendra, sur lesquels néanmoins, en 
cas qu'il s'en trouve, sera prélevée la somme de 
trois livres d'amende envers le Roy ; et pour exé- 
cuter le présent arrest, renvoyé laditte Claudine de 
Culam prisonnière par devers ledit Bailly de Ro- 
gnon et saint Lubin de Cravant. Fait en Parlement 
en vacations, ce quinzième jour d'octobre l'an de 
grâce mil six cent et un. 



PROCES CRIMINEL DE EUTROPE BEDEAU 

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ AVEC UNE JUMENT 
5 janvier 1604. 



Cejourd'huy vendredy quatorzième jour de 
novembre mil six cent trois, à la requête et sur la 
plainte de Remy Lobliniere, hotellier de cette ville 
de Provins, fut amené par les nommez Eustache 
Robin, Louis Poltrot, Cezar Mangelle, et Thierri 
Dupuis, un quidam vêtu de drap canelle, ayant un 
boi;inet rouge et des bas blancs, lequel ledit Remy 
Lobliniere nous auroit assuré avoir cejourd'huy 
deux heures après midi surpris accouplé et en 
copulation charnelle et contre nature avec une 
jument étant dans Tecurie, et appartenante à un 
particulier qui logeoit chez luy depuis hier au soir, 
lequel particulier et plusieurs autres pourroient 
rendre ample témoignage du fait, l'ayans vu comme 
luy ; dequo}^' ledit Remy Lobliniere nous requeroit 
de faire justice, ce que nous luy aurions promis, et 
en même tems aurions fait conduire ledit quidam en 
prison. 



Cejourd'huy samedy quinzième jour de novembre, 



96 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



a été amené pardevant nous, Bailly de laditte ville 
et Baillage de Provins, un quidam vêtu de drap 
canelle, ayant un bonnet rouge et des bas blancs, 
lequel, à la requête du procureur du Roy de ce 
Baillage et de Remy Lobliniere, hotellier de cette 
ville, nous aurions interrogé en la manière qui s'en- 
suit : 

Interrogé quel nom il avoit, il a repondu être 
appelle Eutrope Bedeau. 

Interrogé quel est son père et sa mère et quel est 
son pays, a repondu qu'il est fils de Gervais 
Bedeau, teinturier à Sezanne, et de Marie Boullay, 
sa femme, lesquels étant morts il y a près de trois 
ans, luy, Eutrope Bedeau, se seroit trouvé dans la 
nécessité de se mettre au service de quelqu'un, et 
qu'il etoit entré le vingt quatre juin dernier au ser- 
vice de Remy Lobliniere, hotellier du Lyon d'argent. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
eu treize ans le dernier jour de may dernier. 

Interrogé s'il avoit coutume de connoitre charnel- 
lement les cavalles et juments, a repondu que non 
et qu'il n'avoit jamais commis ledit crime. 

Interrogé s'il n'etoit pas vray qu'il eut commis 
ledit crime hier sur les deux heures après midy, a 
repondu que non. 

Interrogé sur ce qui luy fut par nous répliqué 
qu'il etoit bien insolent et un effronté menteur, a 
repondu qu'il n'était point menteur, et qu'il n'y 
avoit personne qui put luy soutenir le contraire. 




PASIPHAE ET DEDALE 

(Palazzo Spada, Rome) 



EUTROPE BEDEAU 97 



Apres lequel interrogatoire ledit Eutrope Bedeau 
a été par notre ordre reconduit en prison. 



Et cejourd'huy samedy vingt deuxième jour du 
mois de novembre, sont comparus en présence de 
nous, Bailly de Provins, les personnes suivantes, 
lesquels, après leur avoir fait faire le serment accou- 
tumé de dire pure et entière vérité, avons inter- 
rogé en la manière qui ensuit. 

Le premier témoin, qui a déclaré être appelle 
Raoul Duplessis, sieur de Noleau, ancien officier 
de cavallerie, a déclaré que le vendredy quatorze 
du présent mois de novembre, ayant entendu du 
bruit dans la cour du nommé Remy Lobliniere, 
hotellier du Lyon d'argent, et chez qui il demeuroit 
depuis trois jours, qu'à ce bruit il etoit decendu 
dans laditte cour, où étant entré dans une écurie il 
y avoit apperçu un quidam vêtu de drap canelle 
avec un bonnet rouge et des bas blancs, qu'il a sçu 
depuis être appelé Eutrope Bedeau, et du nombre 
des domestiques du nommé Remy Lobliniere, 
lequel quidam etoit accouplé charnellement et en 
copulation contre nature avec une jument. Laquelle 
déposition et témoignage ledit sieur Duplessis 
Nolleau nous a certiffié véritable et a signé. 

Le second témoin a dit être appelle Michel de 
L'Epine, et qu'il etoit marchand de vin, demeurant 



9B LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



ordinairement à Paris, et arrivé, pour le fait de son 
commerce, en cette ville le dernier jour d'octobre 
passé, depuis lequel tems il loge chez ledit sieur 
Remy Loblinière; a déclaré ledit de Lepine que le 
vendredy quatorzième de ce mois sur les deux 
heures après midy, ayant entendu un grand bruit 
dans la cour, il etoit descendu et avoit trouvé cinq^ 
ou six personnes assemblées, et qui etoient attentifs 
à un jeune garçon que ledit Loblinière nommoit son 
valet, lequel valet etoit accouplé avec une jument ; 
lequel valet se seroit bientôt caché sous l'auge pour 
s'habiller, et a sçu ledit témoin que ledit "valet s'ap- 
pelloit Eutrope Bedeau. 

Le troisième témoin a dit être appelle Olivier 
Varrouges, et qu'il etoit valet de chambre du sieur 
de Bellemont, secrétaire du Roy maison couronne de 
France, demeurant ordinairement à Paris, ledit Oli- 
vier Varrouges envoyé par son maître à Troyes, et 
passant par Provins y avoit séjourné quelque tems; 
a déclaré que le vendredy quatorzième du présent 
mois, sur les deux heures après midy, il avoit ouy 
un grand bruit dans la cour de la maison du Lyon 
d'argent où il demeure, et avoit apperçu de la 
fenestre le nommé Eutrope Bedeau, valet de Remy 
Loblinière, maitre de laditte hôtellerie, entouré de 
plusreurs personnes qui luy reprochoient qu'ils le 
venoient de surprendre en commettant copulation 
charnelle et contre nature avec une jument, lequel 
Eutrope Bedeau n'osoit dire le contraire, et enfin 



EUTROPE BEDEAU 99 



avoit été emmené prisonnier pour ledit crime, ajou- 
tant ledit Varrouges que c'etoit tout ce qu'il en 
sçavoit et certifiant son témoignage véritable. 

Le quatrième témoin a dit être appelle Jean Dau- 
bry, et être huissier à Cheval au Chatelet de Paris, 
de présent demeurant à Provins pour affaires, lequel 
Jean Daubry auroit rendu un témoignage pareil à 
celuy du sieur Raoul Duplessis Noleau, lequel 
témoignage il auroit certifié véritable, et a signé. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires, 
lesdits témoins se sont retirez. 



Et cejourd'hy samedy vingt neuvième jour du 
mois de novembre, fut amené en présence de nous, 
Bailly de Provins, le nommé Eutrope Bedeau, de 
présent détenu prisonnier es prisons de cette ville, 
auquel lecture a été faite tant du proces-verbal que 
de l'interrogatoire et des dépositions, charges, 
témoignages et déclarations^ lequel Eutrope Bedeau 
auroit continué à nier, et à soutenir que tout ce que 
les témoins sunommez avoient déposé etoit entiè- 
rement faux, et inventé exprès et calomnieusement 
pour le faire périr, que ces témoins etoient tous des 
étrangers et des fripons qui, pour complaire à Rem}^ 
Lobliniere, leur hôte, disoîent tout ce qu'il vouloit, 
et que ledit Remy Lobliniere etoit aussi un fripon, 
qui ne vouloit pas luy payer ses gages. 



100 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



A quoy nous, Juge susdit, aurions répliqué audit 
Eiitrope Bedeau que tout ce qu'il disoit n'etoit pas 
vraisemblable, que ces témoins etoient tous hon- 
nêtes gens et de marque, qui n'avoient aucun inte- 
rest à luy faire du mal, et que Remy Lobliniere 
etoit aussy connu pour un honnête homme, et qu'à 
son égard il eut à confesser la vérité, sinon qu'il 
seroit pendu ; a répliqué ledit Eutrope Bedeau qu'il 
ne pouvoit dire autrement que ce qu'il avoit déjà dit, 
à quoy persistant, nous l'aurions fait reconduire en 
prison. 



Cejourd'huy mercredy troisième jour du mois de 
décembre comparurent en présence de nous, juge et 
Bailly de Provins, Remy Lobliniere, hôtelier du 
Lyon d'argent de cette ville de Provins, lequel, 
après luy avoir fait prêter serment de dire pure et 
entière vérité, nous l'aurions interrogé en la ma- 
nière qui suit : 

Interrogé s'il connaissoit le nommé Eutrope Be- 
deau, et s'il avoit reconnu en luy quelque mauvaise 
inclination^ a repondu qu'il y avoit près de quatre 
ans qu'il avoit ledit Eutrope Bedeau à son service 
et qu'il n'en avoit jamais reconnu aucune marque 
ou indice de cette passion, si ce n'est que depuis 
environ quatre mois qu'il avoit surpris plusieurs 
fois ledit Bedeau dans l'écurie avec sa jument et 



EUTROPE BEDEAU lOI 



qu'il l'avoit plusieurs fois battu pour l'empêcher d'y 
entrer, sans que ledit Eutrope Bedeau se soit voulu 
corriger, jusqu'audit jour quatorzième de novembre 
dernier que ledit Eutrope Bedeau a été surpris en 
flagrant délit. 



Et ledit jour troisième de décembre, fut amené 
en présence de nous, Bailly susdit, Eutrope Bedeau, 
prisonnier es prison de cette ville, et accusé d'avoir 
connu charnellement une jument, auquel lecture a 
été faite des témoignages et déclarations faites ce- 
jourd'huy par le nommé Remy Lobliniere, à ce 
présent, et persistant en ses dits témoignages et 
dépositions. Lequel Eutrope Bedeau a persisté aussi 
à nier tout ce que ledit Lobliniere avoit déposé, sur 
quoy nous aurions dit audit Eutrope Bedeau qu'il 
etoit bien impudent et ensuite nous l'aurions fait 
emmener en prison. 



Nous, Jérôme Antoine de Bordis, Licencié es lois, 
Bailly de la Ville et Baillage de Provins, avons 
déclaré et déclarons ledit Eutrope Bedeau duement 
atteint et convaincu d'avoir habité charnellement et 
contre nature avec une jument, pour réparation des- 
quels cas et crime abominable, ordonnons que ledit 
Eutrope Bedeau sera pendu et étranglé à une 



102 LES PROCES DE BESTIALITE 



potence qui sera pour cet effet dressée dans la place 
de Provins, quoy fait son corps jette dans un feu, 
où. sera pareillement jette la jument avec laquelle 
ledit Eutrope Bedeau a commis ledit crime et délit, 
préalablement étranglée, et ensuite leurs cendres 
jettées au vent. Déclarons en outre tous et chacun 
les biens dudit Eutrope Bedeau acquis et confisqués 
au profit de sa Majesté, sur lesquels sera prélevée 
la somme de trois livres d'amende envers le dit sei- 
gneur Roy, et cinquante livres pour le prix de 
ladite jument. Lesquels cinquante livres seront 
remises es mains de Remy Lobliniere, propriétaire 
de laditte Cavalle. Donné à Provins par nous, 
Bailly susdit, cejourd'hy jeudy onzième jour de 
décembre mil six cent trois. 



La Cour a mis et met à néant la sentence rendue 
le jeudy onzième décembre dernier par le Bailly de 
Provins; met pareillement à néant l'appellation 
interjette par le substitut du procureur gênerai du 
Roy, à Provins, au nom d'Eutrope Bedeau ; et fai- 
sant droit sur le tout, a déclaré ledit Eutrope Bedeau 
atteint et convaincu d'avoir habité et connu charnel- 
lement une jument; néanmoins, eu égard à son âge, 
ordonne que ledit Eutrope Bedeau sera mis sous la 
custode, et renfermé dans l'hôpital de Bicestre deux 
mois consécutifs, pendant lequel tems il aura le 



EUTROPE BEDEAU IO3 



fouet en correction deux fois la semaine ; quoy fait 
sera Banni à perpétuité de toute l'étendue du 
Royaume et terres de l'obeïssance de sa Majesté, 
au profit de qui elle a déclaré et déclare tous les 
biens dudit Eutrope Bedeau (s'il y en a) confisqués, 
sur lesquels néanmoins sera prise la somme de trois 
livres d'amende envers ledit seigneur Roy, et la 
somme de cinquante livres pour le prix et valeur de 
la jument avec laquelle ledit Bedeau a commis ledit 
délit ; laquelle jument laditte Cour ordonne qu'elle 
sera assommée et son corps jette à la voirie, et les- 
dittes cinquante livres remises à Remy Lobliniere, 
propriétaire de laditte jument. Ordonne en outre 
laditte Cour que quinze jours après que ledit Eutrope 
Bedeau sera sorti de prison et du Château de Bi- 
cestre, il ait à se trouver hors du Royaume, et en 
cas qu'il y soit trouvé passé ledit tems, qu'il soit 
pendu et étranglé sans aucune forme ou figure de 
procès, et sans qu'il soit besoin d'autre jugement 
que le présent arrest. Fait à Paris en Parlement le 
cinquième jour de Janvier, l'an de grâce mil six 
cent et quatre. 



PROCES CRIMINEL DE DIDIER LENGARAT 

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ AVEC UNE JUMENT 
27 octobre 1604. 



L'an mil six cent quatre, le mardy treizième jour 
du mois d'octobre, fut amené et conduit en pré- 
sence de nous Bailly de Joinville, ' par la brigade 
dudit Joinville, et les nommez Charles Rozeloy, 
Thibaud Le Gendre, François Frappin, Gautier Le 
Sueur et Jean Trompette, exempt et archers de 
laditte Brigade de Maréchaussée, un quidam accusé 
et pris présentement, heure de midy, en flagrant 
délit, en copulation et habitation charnelle et 
contre nature avec une jument, lesquels Charles 
Rozeloy, etc., nous auroient assuré qu'ils ont été 
mandez par plusieurs Bourgeois de cette ville, sur 
l'heure de Midy, et qu'ayant suivi une servante, 
appelée la grosse Fanchon, ils etoient venus der- 
rière l'église, rue de Baffroy, où ils avoient trouvé 
ledit quidam, que lesdits Bourgeois accusoient et 
assuroient avoir trouvé présentement en copulation 
charnelle et contre nature avec une jument. Pour 
raison dequoy ils s'en seroient saisis et nous l'au- 
roient amené. 



DIDIER LENGARAT 105 



Et ledit jour treizième jour d'octobre, nous, 
Bailly de Joinville, avons interrogé ledit quidam en 
la manière et forme qui s'ensuit : 

Interrogé quel etoit son nom, a repondu qu'il 
etoit appelle Didier Lengarat. 

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il 
etoit natif de Sancerre, diocèse de Bourges. 

Interrogé quelle etoit sa vacation et profession, 
a repondu qu'il etoit garçon cordonnier, et qu'il 
travailloit depuis six semaines qu'il etoit arrivé 
dans cette ville chez le nommé Etienne Taillard, 
cordonnier. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
trente sept ans. 

Interrogé s'il etoit vray qu'il eut eu copulation et 
habitation charnelle avec laditte jument, a repondu 
que non, et que s'etant mis pour lascher de l'eau 
auprès de laditte Cavalle, plusieurs particuliers 
etoient accourus, et l'avoient accusé de ce qu'il n'a 
point pensé. 

Interrogé à qui appartient laditte jument, a 
repondu qu'il ne sçait à qui elle appartient. 

Apres lequel interrogatoire ledit Didier Lengarat 
a été par notre ordre conduit et mené es prisons 
de cette ville. 



I06 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Cejourd'huy mercredy quatorzième jour du mois 
d'octobre, sont comparus en présence de nous 
Bailly de Joinville, André Dupont, maitre apoti- 
quaire de cette ville, Pierre Thoury, compagnon 
maréchal, Bastien Languedoc, garçon tanneur, la 
grosse Fanchon, servante du sieur de Sirevancourt, 
et Alexandre Dumontelle, serrurier, lesquels, 
après avoir fait serment de dire et déclarer la pure 
et entière vérité, ont tous déclaré unanimement 
que le jour d'hier sur le midy, en passant par la 
rue de Basfroy, ils avoient apperçu contre les murs 
de l'église principale de cette ville un quidam 
accouplé et en copulation charnelle et détestable 
avec une jument, qu'etans tous approchez de luy 
ils l'avoient lié et en même tems envoyé la grosse 
Fanchon, aussy présente, pour chercher les 
archers, pour se saisir de ce misérable, lequel en 
se débattant, tandis qu'on etoit allé chercher les 
archers, avoit donné un coup de pied dans la jambe 
du nommé Bastien Languedoc, et avoit enlevé la 
chair vive presqu'à l'os, et que voyant venir les 
archers, ils leur avoient remis ledit quidam et leur 
avoient dit le sujet pour lequel ils l'avoient arrêté 
et lié, lesquels témoins cydessus ayant assuré que 
leur témoignage etoit entièrement véritable se sont 
retirez. 



DIDIER LENGARAT IO7 



Nous, Jules Henry d'Armanse, conseiller du 
Roy, Bailly de la Ville et principauté de Joinville, 
Ecuyer, sieur de la Berthe, Heronges et autres 

lieux, sçavoir faisons que , vu la requête à nous 

présentée le jour d'hier quinzième de ce mois par 
Nicolas Rousseau, vigneron, tendante à ce qu'en le 
procès criminel de Didier Lengarat; et au cas qu'on 
jugeât à propos de tuer la jument avec laquelle 
ledit Didier Lengarat a été trouvé en copulation 
charnelle, il soit retenu et pris sur les biens dudit 
Lengarat la somme de soixante et dix livres pour le 
prix de laditte jument, dont luy Nicolas Rousseau 
est propriétaire ; vu aussi l'aveu et confession faite 
cejourd'huy par ledit Didier Lengarat, avons 
déclaré et déclarons le nommé Didier Lengarat, 
garçon cordonnier, bien et duement convaincu 
d'avoir été surpris le mardy treizième du présent 
mois en copulation charnelle avec une jument, 
pour réparation duquel cas et crime énorme ordon- 
nons qu'il sera pendu et étranglé à une potence qui 
sera pour cet effet dressée dans la grande place de 
Joinville ; quoy fait son corps et celuy de la jument, 
qui sera préalablement étranglée, jettez au feu et le 
tout consommé les cendres jettées au vent. Ordon- 
nons en outre que tous les biens dudit Didier Len- 



I08 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



garât seront acquis et confisquez au profit de qui il 
appartiendra, sur lesquels néanmoins sera prélevée 
la somme de dix livres d'amende appliquable à qui 
il appartiendra, et celle de soixante et dix livres, 
laquelle sera remise à Nicolas Rousseau, vigneron, 
pour le prix et valeur de laditte jument mentionnée 
au procès, dont il est propriétaire. Donné par nous, 
Bailly susdit de la ville et principauté de Joinville, 
le vendredy seizième jour d'octobre mil six cent 
quatre. 



Dans l'arrêt de confirmation, en date du mardy 
27 octobre 1604, 1^ Parlement de Paris ordonne que 
ledit Didier Lengarat sera conduit, la corde au col 
et tenant au poing une torche de cire jaune du 
poids de deux livres, devant l'église principale 
dudit Joinville, et là fera amande honnorable et 
déclarera que mechament il a souillé et pollué les 
murs de laditte église auprès desquels il a commis 
et perpétré son crime détestable ; quoy fait sera 
pendu et étranglé, etc. 



PROCES CRIMINEL DE PIERRE GAUTIER 
DIT BARAT 

ACCUSÉ DE BESTIALITÉ AVEC UNE BREBIS 
30 juin 1606. 



Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait à la poursuite et diligence du procureur gênerai 
du Roy au Baillage et sénéchaussée de Riom, païs 
d'Auvergne, demandeur et accusateur, à rencontre- 
de Pierre Gautier, dit Barat, deffendeur et accusé 
d'avoir connu detestablement et contre nature une 
brebis noire ; le proces-verbal fait par devant le 
juge senechal de laditte ville de Riom, le mardy 
vingt huitième jour du mois d'avril mil six cent 
six, par les nommez Pierre Legeret, exempt et 
chef de la Brigade de la Maréchaussée de cette 
ville, Barthélémy Didier, Joseph Ignace La Fleur, 
Bernard L'Abbé du Timont, et Alexis Flamand, 
Cavaliers de laditte Brigade ; l'interrogatoire fait 
par ledit senechal de Riom ledit jour vingt huitième 
avril audit Pierre Gautier, dit Barat, et les déné- 
gations dudit accusé ; les dépositions, témoignages, 
charges et informations faites le samedy deuxième 
jour de May en présence dudit senechal par les 



X 



110 LES PROCES DE BESTIALITE 



nommez Melchior Gaspard Du Trollet, Ecuyer, 
Seigneur de Raniere, Conseiller du Roy et Prési- 
dent des Trésoriers du Bureau des Finances en 
cette ville de Riom, René Du Manoir, Ecuyer, 
Conseiller du Roy, Notaire et garde notte royal en 
laditte ville, Pierre Jacques Mautrey, marchand de 
vin audit lieu, et Jean Joseph de La Maripaudiere, 
commis et intéressé dans les affaires du Roy, les- 
dits témoignages et déclarations signées ; autre 
procès verbal contenant les dépositions, témoi- 
gnages, charges informations et dépositions [sic) 
faites pardevant ledit juge par Lancelot Dupradel, 
Bourgeois et habitant de laditte ville de Riom, 
Michelle Françoise Des Portes, veuve de Toussaint 
Bellemontée, Ecuyer, Conseiller du Roy maison 
couronne de France et de ses finances ; Barbe Les- 
cot, femme d'Adrien Gentillet, marchand de Bled, 
habitant à Clermont, lesdits témoignages et infor- 
mations faites le mardy cinquième dudit mois de 
May ; L'interrogatoire fait par le dit juge le lundy 
onzième jour de may, audit Pierre Gautier, dit 
Barat, lequel a déclaré être un des commis de Mon- 
sieur l'Intendant en ce païs et Comté d'Auvergne, 
avec les detfenses et allégations dudit Pierre Barat; 
autre interrogatoire fait le samedy seizième jour 
dudit mois de May, audit Pierre Gautier, dit Barat, 
soy disant Commis de Monsieur l'Intendant de jus- 
tice, police et finances en cedit païs de Riom, Comté 
d'Auvergne ; la requête verbale faite ledit jour sei- 



PIERRE GAUTIER, DIT BARAT III 



zieme May par ledit Pierre Gauthier, dit Barat, 
tendante à ce qu'il soit visité, ainsi que laditte 
Brebis ; la sentence rendue par le senechal de 
Riom, par laquelle les nommez Pierre Puget, Chi- 
rurgien de cette ville de Riom, et Thomas Hillaire 
Barbeville, aussi chirurgien juré audit lieu, sont 
nommez et commis pour procéder Mercredy on- 
zième jour de May à l'information et état du corps 
dudit Pierre Gautier, dit Barat, soy disant impuis- 
sant et inhabile à pouvoir connoitre la Brebis qu'il 
est accusé d'avoir connu charnellement et contre 
nature, laditte sentence rendue le lundy dix hui- 
tième jour dudit mois de May ; le procès verbal con- 
tenant la visite et examen fait par les nommez 
Pierre Puget et Thomas Hillaire Barbeville, Chi- 
rurgiens jurez, lesquels, procedans ledit jour ving- 
tième May, à la visite et état du corps dudit Pierre 
Gautier, dit Barat, ont déclaré que vu ledit Pierre 
Gautier, dit Barat, ledit Pierre Gautier, dit Barat, 
avoit bien pu connoitre charnellement laditte Bre- 
bis, mais non engendrer, pourquoy ont déclaré les- 
dits experts que ledit Pierre Gautier, dit Barat, 
pouvoit connoitre charnellement seulement mais 
non engendrer ; la confrontation dudit Pierre Gau- 
tier, dit Barat, faite le samedy vingt troisième jour 
de May, en présence dudit juge senechal de Riom, 
des témoins et des deux chirurgiens jurez ; l'aveu 
fait ledit jour vingt troisième May par ledit Pierre 
Gautier, dit Barat, qu'il avoue et confesse avoir 



112 LES PROCES DE BESTIALITÉ 



malheureusement et detestablement habité et connu 
charnellement une Brebis ; la sentence rendue le 
samedy trentième jour dudit mois de May par le 
senechal de laditte Ville de Riom ou son Lieutenant 
criminel audit siège, par laquelle ledit Pierre Gau- 
tier, dit Barat, est condamné pour crime de sodo- 
mie et habitation charnelle et détestable avec une 
brebis, à être attaché à un poteau planté dans la 
grande place et marché de Riom, et là à être brûlé 
vif, ses cendres jettées au vent, tous et chacun ses 
biens confisqués ; l'appel interjette de laditte sen- 
tence ledit jour trentième jour de May par ledit 
Pierre Gautier, dit Barat ; l'interrogatoire fait audit 
Pierre Gautier, dit Barat, parle Conseiller commis- 
saire rapporteur de la Cour, le lundy quinzième 
jour du présent mois de Juin : La Cour a mis et 
met à néant l'appel interjette par Pierre Gautier, 
dit Barat, déclare ledit Pierre Gautier, dit Barat, 
bien et duement atteint et convaincu d'avoir com- 
mis crime de sodomie et d'habitation et copulation 
charnelle, détestable et contre nature avec une 
Brebis, ordonne que laditte sentence sera exécutée ; 
en conséquence, ordonne que ledit Pierre Gautier, 
dit Barat, sera pendu et étranglé à une potence qui 
sera pour cet effet plantée dans le marché et place 
de laditte ville de Riom, quoy fait son corps jette, 
avec celuy de laditte brebis préalablement étranglée, 
à la voirie, et pour l'éxecution du présent arrêt 
renvoyé la Cour ledit Pierre Gautier, dit Barat, pri- 



DIT BARAT II3 



sonnier pardevers ledit Lieutenant Criminel dudit 
siège de laditte ville de Riom. Déclare en outre la- 
ditte Cour tous et un chacun les biens appartenans 
audit Pierre Gautier, dit Barat, acquis et confisqués 
au profit de sa Majesté, sur lesquels néanmoins sera 
prélevée la somme de deux cents livres d'amende 
au profit dudit seigneur Roy. Fait en Parlement 
Mardy trentième jour du mois de Juin, l'an de 
grâce mil six cent six, et du règne de Sa Majesté 
le dix septième. 



PROCÈS CRIMINEL DE JEAN SARDON 

ACCUSÉ d'avoir commis bestialité avec une vache 

6 juin 1606. 



L'an mil six cent six, le lundy premier jour du 
mois de juin, fut amené en présence de nous, Bailly 
de Chasteau Regnault, un quidam vêtu de toille à 
carreaux gris et blancs, accusé d'avoir eu copula- 
tion et habitation charnelle avec une vache, et con- 
duit le jour d'hier en prison pour ledit délit par luy 
commis, lequel quidam nous aurions interrogé en 
la manière et forme qui s'ensuit : 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu être 
nommé et appelle Jean Sardon. 

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu qu'il 
etoit né natif du Pont de Ce, diocèse d'Angers. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
vingt sept ans et demy, étant né le 6 janvier 1579. 

Interrogé s'il avoit coutume et habitude de con- 
noitre charnellement les betes brutes, a repondu 
que non, et que c'etoit pour la première fois que ce 
malheur luy etoit arrivé, dont il requeroit pardon 
à Dieu, au Roy, à nous et à la justice et nous prioit 
de luy faire grâce ; à quoy nous avons repondu que 
cette grâce ne dépendant pas de nous, tout ce que 



JEAN SARDON II5 



nous pouvions faire en sa faveur etoit de le juger 
suivant l'ordonnance, et ensuite de le renvoyer 
au Parlement de Paris, qui feroit ce qu'il jugeroit 
à propos, et auprès desquels juges il devoit solli- 
citer sa grâce ; après quoy ledit Jean Sardon s'étant 
pris à pleurer, nous lui aurions dit qu'il devait com- 
mencer par demander pardon à Dieu, qu'il avait si 
horriblement offensé, et qui etoit cependant celuy 
auprès de qui il obtiendroit le plutôt sa grâce, s'il 
avoit un sincère repentir. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires, 
nous avons ordonné que ledit Jean Sardon fut recon- 
duit en prison. 



Cejourd'huy mercredy troisième jour du mois de 
juin 1606 sont comparus pardevant nous Ambroise 
d'Outremer, Licencié es Loix, Bailly de Chasteau 
Regnault, les témoins cy après nommez, auquels 
après avoir fait prêter serment de dire et déclarer 
la pure et simple vérité, nous avons fait les de- 
mandes et interrogatoires qui s'ensuivent : 

Le premier, nommé Augustin Brouillard, mar- 
chand épicier et chandelier, nous a déclaré que 
dimanche dernier, trente et unième jour du mois 
de May passé, sur les neuf heures et demie du 
matin, en sortant de l'Eglise où il venoit d'entendre 
la S'^ Messe, il auroit apperçu un quidam vêtu de* 



Il6 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



toille à carreaux gris et blancs, avec un bonnet de 
laine rouge, lequel quidam il auroit trouvé accou- 
plé et en copulation actuelle et charnelle avec une 
vache, tout auprès de laditte Eglise ; que sur cela 
il auroit été audit quidam pour l'empêcher de con- 
tinuer laditte corpulation, et qu'en même tems plu- 
sieurs personnes se seroient ameutées. 

Le second témoin, qui a dit être appelle Georges 
Thomasseau, taillandier, a déclaré que ledit jour 
de dimanche dernier, en allant à l'Eglise pour y 
entendre la sainte Messe, et appercevant plusieurs 
personnes qui parloient haut à coté de laditte 
Eglise, il se seroit approché et auroit vu un quidam 
vêtu de toille à carreaux accouplé et en copulation 
détestable et contre nature avec une vache blanche 
et rousse, ce qui l'auroit engagé à réprimander fort 
ledit quidam, et à dire tout haut qu'il falloit 
envoyer chercher la justice pour châtier un crime 
si énorme; surquoy se seroit approché le nommé 
Du Barteau, chef de la Brigade, assisté de quatre 
Cavaliers de sa brigade, entre les mains desquels 
ledit quidam auroit été remis. 

Le troisième témoin, qui a déclaré être nommé 
Rolland Le Nain, vigneron, a dit que le dimanche 
dernier, étant à l'Eglise sur les neuf heures et 
demie du matin, et entendant du bruit dans la rue, 
il etoit sorty et avoit apperçu un quidam étant dans 
une posture malhonnête, et plusieurs personnes 
autour de luy, et qu'ayant demandé ce que c'etoit. 



JEAN SARDON II7 



un de la compagnie luy avoit repondu qu'on venoit 
de surprendre ledit quidam en copulation charnelle 
et contre nature avec la vache blanche tachettée de 
roux qu'il voyoit aussy auprès de luy, et qu'un 
autre de la même compagnie ayant ensuite appelle 
le nommé Du Barteau, chef de Brigade, il avoit fait 
prendre et constituer prisonnier ledit quidam. 

Le quatrième témoin, qui a dit être nommée 
Catherine Rouget, a déclaré que dimanche dernier, 
en allant à l'Eglise sur les dix heures du matin 
ou environ, elle avoit apperçu auprès de laditte 
Eglise un quidam vêtu de toille grise et blanche-, 
avec un bonnet rouge, lequel quidam etoit accouplé 
avec une vache blanche et rousse ; que sur le cri 
qu'elle fit alors plusieurs personnes se seroient 
amassées, tant qu'enfin ledit quidam avoit été 
remis entre les mains du nommé Du Barteau, pour 
le conduire en prison. 

Le cinquième témoin, appellée Gillette Harang, 
a déclaré les mêmes choses que le précèdent témoin^ 
Catherine Rouget. 

Le sixième témoin, appelle Marc Antoine Han- 
gard, a déclaré les mêmes choses que le 3*" témoin 
cydessus appelle Rolland Le Nain, vigneron. 

Le septième témoin a dit être appellée Margue- 
rite Plumet, veuve de Pierre Moron, et a déclaré 
les mêmes choses que les troisième et sixième 
témoins cydessus appeliez. 

Le huitième témoin a dit être appelle Jean Bap- 



Il8 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



liste Michel Ange Boileau, compagnon serrurier, 
a déclaré et affirmé les mêmes choses que le pre- 
mier témoin susnommé, appelé Augustin Brouil- 
lard. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires 
lesdits témoins ont déclaré et affirmé qu'ils persis- 
toient en leurs dépositions, témoignages et décla- 
rations cydessus, après quoy se sont retirez. 



Cejourd'huy samedy sixième jour du mois de 
juin, fut amené et conduit en présence de nous 
Bailly de Château Regnault, le nommé Jean Sar- 
don, accusé d'avoir eu copulation charnelle et 
contre nature avec une vache, en présence duquel 
a été fait lecture tant du procès-verbal et interroga- 
toire prêté par luy accusé, que des dépositions, 
témoignages, charges et déclaration faites parde- 
vant nous. 

Ensuite dequoy sont comparus devant nous les 
nommez Simon Du Barteau, chef de la Brigade de 
ce Bourg et des environs, Mathieu Brisebarre, 
Jean Joseph Simon Bethaney, Grégoire Le Fort, 
Hugues François Labbé, cavaliers de laditte Bri- 
gade, lesquels après le serment par eux fait de nous 
dire pure et entière vérité, ont déclaré que di- 
manche dernier sur les neuf à dix heures du matin, 



JEAN SARDON II9 



il avoient entendu beaucoup de bruit vers l'Eglise 
de ce lieu, et qu'y étant accourus, ils avoient 
trouvé un grand nombre d'hommes et de femmes, 
qui tous leur avoient dit et affirmé qu'ils venoient 
de trouver un quidam qu'ils leur montrèrent, vêtu 
de toile à carreaux gris et blancs, avec un bonnet 
rouge, accouplé et en copulation charnelle, détes- 
table et contre nature, avec une vache blanche 
tachettée de taches rousses, qui leur fut aussi mon- 
trée, pourquoy requeroient lesdits hommes et 
femmes que ledit quidam fut par eux pris et con- 
duit devant nous, pour être jugé selon ses crimes, 
en conscience de quoy ils auroient amené ledit 
quidam, que nous n'aurions pu interroger ledit jour 
de dimanche, pourquoy nous l'aurions renvoyé en 
prison jusqu'au lendemain. 

Apres quoy ledit Jean Sardon, en présence des 
susdits, se seroit mis à genoux et nous auroit requis 
humblement de luy pardonner, attendu que c'etoit 
la première fois que ce malheur luy etoit arrivé, et 
qu'il nous protestoit qu'il n'y vouloit plus retom- 
ber ; pourquoy nous Bailly susdit luy aurions répli- 
qué comme cydevant qu'il nous etoit impossible de 
luy accorder sa demande, attendu que nous ne pou- 
vions nous dispenser d'exécuter les loix qui seules 
le condamnoient, après quoy nous avons fait recon- 
duire ledit Jean Sardon, prisonnier es prison de ce 
lieu. 



I20 LES PROCES DE BESTIALITE 



Nous, Ambroise d'Outremer, Licencié es Loix, 
Bailly de Château Regnault, avons déclaré et décla- 
rons ledit Jean Sardon atteint et convaincu d'avoir 
eu habitation charnelle, détestable et contre nature, 
avec une vache blanche tachettée de roux, pour 
réparation desquels crimes et cas énormes, l'avons 
condamné à faire amande honorable la torche au 
poing 'du poids de deux livres devant l'Eglise de 
Chasteau Regnault, et ensuite attaché à un poteau 
qui pour cet effet sera planté dans la place devant 
laditte Eglise de Château Regnault, et là brûlé vif, 
ensemble la vache préalablement étranglée, quoy 
fait leurs cendres jettées au vent ; déclarons en 
outre tous et chacun les ^biens 'appartenans audit 
Jean Sardon acquis et confisqués au profit de qui il 
appartiendra. Donné à Château Regnault, par nous 
Bailly susdit, le lundy quinzième jour du mois de 
juin Tan de grâce mil six cent six. 



La Cour ordonne que laditte sentence sera exé- 
cutée, et en conséquence que ledit Jean Sardon sera 
conduit dans un tombereau avec la torche au poing 



JEAN SARDON 121 



du poids de deux livres de cire jaune, jusqu'au 
devant de la principale porte de l'Eglise de Chas- 
teau Regnault, et là fera amende honorable que 
méchamment et abominablement il a commis ledit 
délit, quoy fait sera ledit Jean Sardon pendu et 
étranglé à une potence qui sera pour cet effet dres- 
sée dans la grande place voisine de laditte Eglise, 
et ensuite son corps jette avec celuy de laditte 
vache blanche tachettée de roux, préalablement 
étranglée, dans un feu allumé auprès de laditte 
potence; quoy fait leurs cendres jettées et semées 
au vent... (le reste sans changement). Fait à Paris 
en Parlement ce sixième jour de juillet, l'an de 
grâce mil six cent six. 



PROCES CRIMINEL DE DIDIER NOTEE 

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ AVEC UNE JUMENT 
12 aoust 1606. 



Veu par la Cour de Parlement le procès crimi- 
nel fait pardevant le Prévôt de Coissy-le-Chastel, à 
la poursuite et diligence du substitut du procureur 
gênerai du Roy audit siège, demandeur et accusa- 
teur, à rencontre de Didier Notel, garçon maréchal, 
natif et habitant audit lieu, deffendeur et accusé 
d'avoir eu habitation charnelle et sodomitique 
avec une jument ; 

Le procès-verbal et emprisonnement dudit Didier 
Notel fait le samedi quatrième jour de juillet der- 
nier, par les nommez Pierre Gensivoire, Exempt 
du Prevot des Mareschaux de France assisté et 
accompagné de Robert François Le Frère de Laval, 
Jean Armand Théodore Brettanville , Mathieu 
Guillaume de Poussemotte, et André Maquere, les- 
quels ont amené et conduit ledit Didier Notel, 
par ordre dudit Prévôt de Coissy-le-Chastel, es 
prisons de ce lieu ; 

L'interrogatoire fait audit Didier Notel par ledit 
Prévôt le lundy sixième jour dudit mois de juillet, 
et les dénégations dudit accusé, lequel prétend 



DIDIER NOTEL 123 



dommages et interests contre qui il appartien- 
dra; 

Les dépositions, témoignages et charges et décla- 
ration faites pardevant le susdit Prévost, le mer- 
credy huitième dudit mois de juillet, par les nom- 
mez André Baratel, vigneron, habitant à Coissy- 
le-Chastel; Marie Anne Le Maistre Desprez, femme 
de Thierry Vallere de Blomelle, fermier de la ferme 
de Lavaux, proche de Coissy-le-Chastel, apparte- 
nante au sieur de Tremblaye ; Marguerite La Mor- 
tellière, veuve de Nicolas Le Blond, marchand et 
facteur de bois audit lieu de Coissy-le-Chastel; et 
Pierre Coulongne de Trevenan, concierge de la 
prison dudit lieu de Coissy-le-Chastel ; lesquels 
témoins susnommez, après avoir fait serment de 
dire pure et entière vérité, ont déclaré qu'ils 
avoient trouvé ledit Didier Notel, le vendredy troi- 
sième jour dudit mois de juillet dernier accouplé 
et en habitation charnelle et contre nature avec une 
jument isabelle ; 

L'interrogatoire fait audit Didier Notel par ledit 
Prévost de Coissy-le-Chastel le vendredy dixième 
jour dudit mois, et la confrontation dudit accusé 
avec lesdits André Baratel, Marie Anne Desprez, 
Marguerite de La Mortelliere et Pierre Coulongne 
de Trevan, lequel accusé a persisté dans ses déné- 
gations et lesdits témoins en leurs dépositions et 
témoignages ; 

La requête présentée audit Prévost de Coissy-le- 



124 LES PROCES DE BESTIALITE 



Chastel, le samedy dix-huitieme jour dudit mois 
de Juillet, par laquelle Jullien Etienne Dubois, 
laboureur et habitant audit lieu de Coissy-le-Chas- 
tel, en se déclarant propriétaire de la jument cou- 
leur Isabelle avec laquelle ledit Didier Notel est 
accusé d'avoir eu habitation charnelle, a requis, en 
cas que ledit Notel fut déclaré criminel et con- 
vaincu d'avoir commis le délit mentionné au pré- 
sent procès, que sur les biens dudit accusé seroit 
prise et prélevée la somme à laquelle se trouveroit 
monter le prix de laditte jument couleur Isabelle, 
suivant l'estimation et arbitrage des experts qu'il 
supplioit de nommer en ce cas à cet effet ; 

La sentence rendue le vingtième dudit mois par 
le Prévôt de Coissy le-Chastel, sur la requête pré- 
sentée par Jullien Etienne Dubois, laboureur, le 
samedy dix huit dudit mois ; laquelle sentence 
ordonne que Thomas Girard, maréchal, et Simon 
Jordannis procéderont à la prisée et estimation: de 
la jument couleur Isabelle mentionnée au présent 
procès. 

Le rapport fait par lesdits Thomas Girard et 
Simon Jordannis, par lequel ils certifient que 
laditte jument couleur isabelle ne peut être estimée 
et prisée que quarante cinq livres, attendu qu'elle 
a un œil dont elle ne voit point, et qu'elle paroit 
être sujette aux eaux; ledit rapport fait le vingt 
unième jour dudit mois : 

La requête présentée le mercredy vingt deuxième 



DIDIER NOTEL 125 



dudit mois, par le susdit Jullien Etienne Dubois, 
par laquelle il demande à être receu opposant au 
rapport fait par lesdits Thomas Girard et Simon 
Jordannis, attendu que laditte jument couleur isa- 
belle, quoique n'ayant qu'un œil etoit fort en état 
de service, et qu'il est faux qu'elle puisse être sujette 
aux eaux; partant, requeroit ledit Dubois qu'il fut 
nommé d'autres experts pour faire une nouvelle pri- 
sée et estimation de laditte jument couleur isabelle ; 

La sentence rendue par ledit Prevot de Coissy-le- 
Chastel, le vendredy vingt quatrième jour dudit 
mois de juillet, sur les conclusions du substitut du 
Procureur gênerai du Roy, par laquelle ledit Di- 
dier Notel est condamné à être brûlé vif; le rap- 
port des experts fait le vingt unième jour dudit 
mois de juillet approuvé et ledit Dubois deboutté 
de sa requête en datte du vingt deuxième dudit ; 

L'acte d'appel interjette ledit jour vingt quatrième 
juillet au nom dudit Didier Notel, par ledit substi- 
tut dudit procureur gênerai du Ro)^ ; 

Autre appel interjette contre ladite sentence par 
Jullien Etienne Dubois le mercredy vingt neuf 
dudit mois de juillet ; 

Vues aussi les conclusions du procureur gênerai 
du Roy, et tout considéré ; 

La Cour, faisant droit sur le tout, a mis et met à 
néant l'appel interjette au npm de Didier Notel ; 
déclare ledit Didier Notel bien et duement con- 
vaincu d'avoir plusieurs et souventes fois habité 



126 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



charnellement et contre nature avec une jument 
couleur Isabelle ; ordonne que la sentence dont est 
appel sera exécutée en ce qui concerne seulement 
ledit Didier Notel, et, en conséquence, ordonne que 
ledit Didier Notel sera pendu et étranglé à une 
potence, à laquelle sera aussi étranglée laditte 
jument couleur Isabelle ; quoy fait leurs corps jettes 
dans un feu qui sera pour cet effet allumé auprès de 
laditte potence dans la grande place et marché de 
Côissy-le-Chastel, et leurs cendres mêlées ensemble 
jettées au vent ; déclare tous et un chacun les biens 
appartenans audit Didier Notel acquis et confis- 
qués au profit de qui il appartiendra, sur lesquels 
néanmoins sera prélevée la somme de dix livres 
d'amende envers qui il appartiendra, et celle de 
quatre vingt dix livres à laquelle s'est montée 
l'achapt de ladite jument Isabelle, fait par ledit 
Etienne Dubois le neuf avril dernier, laquelle 
somme de quatre vingt dix livres sera remise audit 
Dubois aussitôt qu'il aura fait apparoître audit Pré- 
vôt de Coissy-le-Chastel le marché et advis fait par 
ledit Dubois et le nommé André Sarriette le neuf 
avril dernier, laquelle représentation ledit Dubois 
sera tenu de faire audit Prévôt le jour même que le 
présent arrest luy sera signiffié, à faute de quoy 
déclare laditte Cour l'appel par luy interjette à 
laditte sentence du vingt quatre juillet nul et mis à 
néant. Fait à Paris en Parlement ce douzième jour 
du mois d'aoust, l'an de grâce mil six cent six. 



PROCÈS CRIMINEL DE JEAN POIGNON 

ACCUSÉ d'avoir eu HABITATION CHARNELLE 
AVEC UNE JUMENT 

30 octobre 1607. 



L'an mil six cent sept, le lundy deuxième jour du 
mois d'aoust, fut amené en présence de nous Fran- 
çois Etienne Dnbourg, Licencié es Loix, Bailly de 
Boursault, un quidam vêtu de drap rouge, conduit 
par les nommez Pierre d'Apremont, chef de Bri- 
gade de Nosseigneurs les Maréchaux de France, 
Trajan Dumoulin, Michel Jean Timonville, Re- 
gnault de la Tarpondière, et Marie Jacques Le 
Noir, cavalliers de laditte Brigade, lesquels ont 
déclaré que cejourd'huy huit heures du matin, en 
passant sur le chemin qui va de Boursault à Chailly 
ils avoient trouvé ledit quidam entouré de plu- 
sieurs particuliers de l'un et l'autre sexe, lesquels 
particuliers leur avoient dit qu'ils venoient de sur- 
prendre ledit quidam en copulation charnelle, bes- 
tiale et contre nature avec ime jument, pour quoy 
requeroient qii'ils l'emmenassent prisonnier par 
devers nous j surquoy eux susdits chef de Brigade 
et Cavalliers de Nosseigneurs les Maréchaux de 



128 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



France, auroient pris et saisy ledit quidam, et en 
même tems auroient ordonné auxdits particuliers 
de les suivre vers nous. 

Ensuite de quoy avons interrogé ledit quidam 
accusé, en la manière et forme qui suit. 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu être 
appelle Jean Poignon. 

Interrogé quelle etoit sa profession et vacation, a 
repondu qu'il etoit chartier au service de Guérin 
Bousquin, laboureur à Boursault. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
trente neuf ans. 

Interrogé si la jument avec laquelle il est accusé 
d'avoir eu habitation est à luy, ou audit Guerin 
Bousquin, laboureur, a repondu qu'elle appartenoit 
audit Guerin Bousquin. 

Interrogé s'il y avoit longtemps qu'il etoit au ser- 
vice dudit laboureur, a repondu qu'il y avoit six 
mois. 

Apres lesquelles interrogatoires, nous, juge sus- 
dit, avons interrogé les particuliers suivant, après 
leur avoir fait prêter serment de dire pure et simple 
vérité, lesquels particuliers ont dit être appeliez 
Jacques Minerve, tisseran, Alexandre Filloque, 
boulanger, Marie Anne Dupuy, femme de Laurent 
Turgolissen, suisse de nation, Benjamin Lombestat, 
commis intéressé dans les affaires du Roy, Remy 
Angliverne, languelleur de cochons, Josse Durand, 
laboureur, et Guerin Bousquin, aussy laboureur, et 



JEAN POIGNON 129 



ont déclaré que cejourd'huy sur les sept heures du 
matin ils avoient surpris ledit accusé appelle Jean 
Poignon sur le grand chemin de Boursault à Chailly 
en copulation charnelle avec une jument noire, der- 
rière une haye, que sur cela ils avoient appelle la 
Maréchaussée pour emmener ledit quidam. Apres 
lesquelles demandes et interrogatoires lesdits té- 
moins se sont retirez et avons renvoyé ledit accusé 
en prison. 



Nous, François Etienne Dubourg, Licencié es 
Loix et Bailly de Boursault, avons déclaré ledit 
Jean Poignon duement atteint et convaincu d'avoir 
habité et connu charnellement une jument noire 
mentionnée au présent procès, et pris en commet- 
tant ledit délit et crime énorme ; pour raison dequoy 
et réparation desquels cas, ordonnons que ledit 
Jean Poignon sera pendu et étranglé à une potence 
qui sera pour cet effet plantée sur le grand chemin 
de Boursault à Chailly, quoy fait son corps, et 
celuy de laditte jument préalablement étranglée, 
brûlés et leurs cendres jettées au vent ; déclarons en 
outre tous les biens dudit Jean Poignon confisqués 
au profit de qui il appartiendra, sur lesquels néan- 
moins sera prélevée la somme de cent vingt livres, 
pour le prix et valeur de laditte jument, laquelle 
somme de cent vingt livres sera remise entre les 



130 ^ LES PROCES DE BESTIALITE 



mains de Guerin Bousquin, laboureur, propriétaire 
de laditte jument. Donné par nous Bailly susdit, 
cejourd'huy samedy trentième jour d'aoust mil six 
cent sept. 



Sentence confirmée purement et simplement par 
le Parlement de Paris, le 30 octobre 1607, 



PROCES CRIMINEL DE ETIENNE PASIN 

ACCUSÉ d'avoir eu HABITATION CHARNELLE 

AVEC UNE JUMENT 

17 juin 1609. 

L'an mil six cent neuf, le vendredy deuxième jour 
du mois de may, fut amené pardevant nous, Pierre 
de Bruere, Docteur es Loix, Bailly du Duché et 
Seigneurie de Montmorency, un quidam vêtu de 
toille grise, conduit par Richard de Beaulieu, 
exempt et chef de la Maréchaussée, Brigade de 
Montmorency, assisté et accompagné de Thomas 
Henry Du Luart, Zacharie Perdelot, Georges Divi- 
nemont, et Jean Antoine Duvaur, lesquels nous ont 
déclaré que cejourd'huy sur l'heure de trois heures 
après midy, en faisant leur tournée du côté de 
Pierre Laye et de Franconville, ils avoient apperçu 
auprès du grand chemin qui va de Pierre Laye à 
Pontoise ledit quidam qu'ils amenoient, lequel etoit 
descendu de dessus une jument baye, et seroit entré 
dans des bruyères, où, monté sur un tronc d'arbre, 
il auroit connu charnellement laditte jument ; c'est 
pourquoy euxdits Exempt et Cavaliers de la sus- 
ditte Brigade, Tauroient pris et amené avec laditte 
jument. Apres quoy nous avons ordonné que ledit 






132 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



quidam seroit conduit en prison, attendu qu'il n'etoit 
pas tems ni heure de pouvoir l'interroger. 



Cejourd'huy samedy troisième jour de may, fut 
amené en présence de nous Bailly de Montmo- 
rency, un quidam vêtu de toille grise, lequel nous 
aurions le jour d'hier envoyé en prison, lequel qui- 
dam nous aurions interrogé en la manière et façon 
suivante : 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu qu'il s'ap- 
pelloit Etienne Pasin. 

Interrogé quelle est sa profession et vacation, a 
repondu qu'il etoit domestique du sieur Taillardy, 
secrétaire du Roy, qui a une maison audit village 
de Franconville. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
cinquante et un ans. 

Interrogé à qui appartenoit laditte Cavalle, a 
repondu qu'elle etoit au sieur Taillardy, son 
maître. 

Interrogé s'il avoit coutume de co.nnoitre char- 
nellement et contre nature laditte cavalle, a repondu 
que non. 

Apres lequel interrogatoire et réponses faites par 
ledit Etienne Pasin, l'avons renvoyé en prison. 



ETIENNE PASIN 133 



Cejourd'huy samedy, dixième jour de may 1609, 
sont comparus en notre présence les témoins cy- 
apres nommez, lesquels, après avoir prêté serment 
de dire et déclarer la pure et entière vérité, ont 
déclaré ce qui suit : 

Le premier, qui a dit être appelle André Faucon- 
neau, a déclaré qu'il y avoit près d'un an qu'un jour 
ayant surpris ledit Etienne Pasin accouplé charnel- 
lement avec une cavalle, dans l'écurie de la maison 
du sieur Taillardy, il luy avoit donné un coup de 
pied, et luy avoit dit qu'il alloit le déclarer à la 
justice ; surquoy ledit Etienne Pasin luy avoit 
repondu qu'il le prioit d'excuser, et qu'il ne sçavoit 
pas ce qu'il venoit de commettre, et qu'eh fm il se 
garderoit d'y plus jamais retomber; surquoy luy 
témoin n'avoit pas voulu révéler ledit crime et 
délit. 

Le second témoin, appellée Antoinette Bordel, 
veuve de Pierre Morisseau, jardinier dudit lieu de 
Francon ville, a déclaré que sçachant la malheureuse 
et infâme inclination dudit Etienne Pasin, elle luy 
avoit une fois reproché qu'il avoit fait mourir feue 
sa femme, qui etoit sœur de laditte Bordel, à force 
de la frapper, et que saditte sœur luy avoit dit plu- 
sieurs fois que son mary ne vouloit point coucher 
avec elle, et habitoit charnellement avec une petite 



T34 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



jument noire qu'il avoit achepté exprès, que sur 
quoy elle, susditte Antoinette Bordel, avoit dit à sa 
sœur, femme dudit Pasin, qu'elle devoit le déclarer 
à la justice et que sa conscience même l'y obligeoit, 
mais que saditte sœur n'avoit jamais voulu exécuter 
cette action. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires les- 
dits tesmoins se sont retirés. 



Nous, Pierre de Bruere, Docteur es Loix, Bailly 
du Duché et Seigneurie de Montmorency, avons 
déclaré et déclarons le nommé Etienne Pasin atteint 
et convaincu d'avoir eu habitation et copulation 
charnelle et habituelle avec une jument baye men- 
tionnée au procès ; pour réparation desquels crimes 
et cas énormes ordonnons qu'il sera conduit la 
torche au poing, de cire jaune du poids de deux 
livres, devant l'église de Franconville, et là dira et 
déclarera que mechament il a commis ledit crime 
et délit, dont il demande pardon à Dieu, au Roy et 
à la justice ; quoy fait ledit Pasin sera pendu et 
étranglé à une potence qui sera pour cet effet dres- 
sée audit Franconville, sur le grand chemin qui va 
à Pontoise, et ensuite son corps et celuy de laditte 
jument baye préalablement assommée par l'Exécu- 
teur de la haute justice, brûlés et leurs cendres me- 



ETIENNE PASIN 135 



lées ensemble jettées et semées au vent; déclarons 
en outre tous et chacun les biens appartenant audit 
Pasin acquis et confisqués au profit de M. le Duc de 
Montmorency, seigneur de cette paroisse, sur les- 
quels sera néanmoins prélevée la somme de 
102 livres à laquelle s'est trouvé monter le prix et 
valeur de laditte jument baye, laquelle somme de 
102 livres sera remise entre les mains du sieur Tail- 
lard}^ secrétaire du Roy, propriétaire de laditte 
jument. Donné par nous susdit Bailly du Duché de 
Montmorency, cejourd'huy lundy dix neuf may 
1609. 



Cette sentence a été confirmée le 17 juin par le 
Parlement de Paris, « La Cour, cependant, infir- 
mant laditte sentence en ce qui concerne l'amende 
honnorable. » 



PROCES CRIMINEL DE PIERRE DUPIN 

ACCUSÉ d'avoir bestialisé avec une vache 

23 aoust 1609. 

Nous, Annibal Louis de Rompuy, Licencié es 
Loix, Bailly de La Chapelle, vu le procès criminel 
fait pardevant nous à la requête et dilligence du 
Procureur fiscal de ce siège, demandeur et accusa- 
teur, à rencontre de Pierre Dupin, apotiquaire de 
ce lieu, deffendeur et accusé ; 

La plainte faite en notre présence le mardy dix 
septième jour de juin dernier, par Françoise Hen- 
riette Le Large, femme dudit Pierre Dupin, ten- 
dante à ce que ledit Dupin son mary fut par notre 
ordre pris et appréhendé pour se deffendre du 
crime de bestialité et sodomie détestable dont elle 
l'accusoit et offroit de prouver par témoins bons et 
suffîsans ; 

Le décret par nous ordonné le dix huitième du 
même mois contre ledit Pierre Dupin, amené et 
conduit en vertu dudit décret par le nommé Tous- 
saint Bellamy, Exempt du Lieutenant Criminel de 
Robe courte de la ville et Prevosté de Paris, assisté 
et accompagné de Jacques Huart, Michel Branil- 
lon. Ponce Regnard et Jean François Thibaud, 



PIERRE DUPIN 137 



archers de la Compagnie dadit sieur Lieutenant 
Criminel de Robe courte ; 

L'interrogatoire par nous fait le jeudy dix neuf 
dudit mois audit Pierre Dupin ; 

Les dépositions, charges, témoignages et infor- 
mations faites par nous le mercredy vingt cin- 
quième dudit mois de juin par les nommez Cathe- 
rine Du Trop, femme de Vincent Roger, vigneron, 
demeurant à Belleville ; Regnault Pinchart, maître 
serrurier, demeurant à La Chapelle ; Martine Gene- 
viève Dubois, fille majeure de Romain Jules 
Dubois, Maitre tanneur, laditte Martine Geneviève 
Dubois demeurante et habitante à La Chapelle ; 

La confrontation par nous faite dudit Pierre 
Dupin, accusé, avec lesdits Regnault Pinchard, 
Martine Geneviève Dubois et Catherine Dutrop, 
femme Roger, en datte du lundy dernier jour 
dudit mois de juin ; 

La confrontation dudit accusé, faite le même jour 
avec laditte Françoise Henriette Le Large, sa 
femme et accusatrice, ledit accusé persistant en 
ses dénégations et affirmations, et les affirmations 
et certifications desdits témoins ; 

La requête à nous présentée le samedy cinquième 
jour du mois de juillet suivant par François Joseph 
Dupin, bourgeois et habitant dudit village de La 
Chapelle, et frère dudit accusé, laditte requête ten- 
dante à ce que sans s'arrêter aux plaintes et accu- 
sations formées par laditte Françoise Henriette Le 



138 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Large, femme dudit accusé, et aux déclarations, 
charges et témoignages desdits Regnault Pinchard, 
Geneviève Dubois et Catherine Dutrop, il soit par 
nous ordonné que ledit Pierre Dupin soit visité 
par experts, lesquels reconnoitroient, comme il 
soutient qu'il est ainsy, que ledit Dupin accusé est 
impuissant et inhabile à pouvoir avoir habitation 
charnelle et que par conséquent il n'a pu com- 
mettre ledit délit dont il est accusé, et en consé- 
quence ledit François Joseph Dupin nous supplie- 
roit qu'au cas que la chose se trouve ainsy qu'il le 
soutient, et que ledit Pierre Dupin fut déclaré 
impuissant et inhabile à aucune copulation char- 
nelle, que le mariage de luy et de laditte Françoise 
Henriette Le Large fut déclaré nul, attendu l'im- 
puissance dudit Dupin, et en conséquence que la 
nommée Thérèse Françoise Dupin, fille prétendue 
dudit Pierre Dupin et de laditte Françoise Hen- 
riette Le Large, fut déclarée bâtarde, ladite requête 
signée par ledit François Joseph Dupin ; 

La sentence rendue par nous, le mercredy neu- 
vième dudit mois de juillet, sur les fins de laditte 
requête, par laquelle nous aurions ordonné que les 
nommez Pierre Dutiroir, Maitre Chirurgien juré à 
Paris, receu à saint Come ; Jean François Paul Le 
Noir, aussi Chirurgien juré à Paris, procederoient, 
en présence de Marc-Antoine Le Fevre, Médecin 
de la Faculté de Paris, à la visite et examen de la 
personne de Pierre Dupin, maitre apotiquaire. 



PIERRE DUPIN 139 



Le rapport et procès verbal fait le samedy dou- 
zième jour de juillet par les nommez Marc Antoine 
Le Fevre, Médecin, Pierre Dutiroir et Jean Fran- 
çois Paul Le Noir, Chirurgiens jurez reçus à saint 
Cosme, conformément et en exécution de notre 
sentence du neuvième dudit mois ; par lequel les- 
dits Médecin et Chirurgiens ont attesté et certifié 
qu'après avoir meurement examiné et visité ledit 
Pierre Dupin, ils avoient trouvé et reconnu qu'il 
etoit bien à la vérité en état de pouvoir connoitre 
charnellement, mais non d'engendrer, et partant 
qu'il a bien pu connoitre charnellement tant laditte 
François Henriette Le Large, sa femme, que laditte 
vache mentionnée au procès, mais non pas d'avoir 
pu engendrer laditte Thérèse Françoise Dupin, sa 
fille prétendue, attendu qu'il est impuissant et inha- 
bile à engendrer; ledit rapport et procès verbal 
signé enfin Marc Antoine Le Fevre, Dutiroir, et 
Le Noir, les jour et an que dessus ; 

La requête présentée par la nommée Thérèse 
Françoise Dupin, soy disante fille dudit Pierre 
Dupin et de Françoise Henriette Le Large, son 
épouse, en datte du mercredy seizième jour dudit 
mois de juillet, laditte requête tendante à ce que, 
sans s'arrêter à la requête présentée par François 
Joseph Dupin, le samedy cinquième dudit mois, et 
au rapport et procès verbal fait par les nommez 
Marc Antoine Le Fevre, Pierre Dutiroir et Jean 
François Paul Le Noir, lequel sera déclaré calom- 



140 LES PROCES DE BESTIALITÉ 



nieux et injurieux à la naissance de la suppliante, 
il soit nommé d'autres experts pour visiter et exa- 
miner ledit Pierre Dupin, et rendre compte de 
Tetat où il peut être, et qu'il a pu, comme de fait il 
a engendré laditte suppliante ; 

La sentence par nous rendue le jeudy dix sep- 
tième dudit mois, par laquelle, eu égard à laditte 
requête présentée par Thérèse Françoise Dupin le 
jour d'hier, nous aurions nommé et commis Florent 
Dumontot, Médecin de la Faculté de Paris ; Joseph 
Nicolas Belluze, Maitre Chirurgien, demeurant à 
Paris, receu à Saint Cosme ; et François Etienne 
Lambert, aussi Chirurgien demeurant à Paris, 
receu à Saint Cosme, pour procéder à une seconde 
visite et examen de la personne de Pierre Dupin; 

Le rapport et procès verbal fait le lundy vingt 
unième de Juillet par les nommez Florent Dumon- 
tot, Médecin, Joseph Nicolas Belluze et François 
Etienne Lambert, Chirurgiens de Paris reçus à 
saint Cosme, par lequel lesdits Médecin et Chi- 
rurgiens ont attesté et certifié qu'après avoir long- 
tems et par l'espace de deux heures examiné, visité 
meurement et à loisir Pierre Dupin, ils auroient 
trouvé et reconnu que non seulement ledit Pierre 
Dupin pouvoit et etoit capable de copulation char- 
nelle, mais même qu'il etoit fort en état de pouvoir 
engendrer ; 

Nous, susdit Bailly, avons déclaré ledit Pierre 
Dupin bien et duement atteint et convaincu d'avoir 



PIERRE DUPIN 141 



habité charnellement et contre nature avec une 
vache rousse mentionnée au procès ; en consé- 
quence et pour réparation desquels cas et crimes 
l'avons condamné et condamnons à être pendu et 
étranglé à un gibet qui sera pour cet effet dressé 
dans la place de La Chapelle ; quoy fait, son corps 
et celuy de laditte vache, préalablement étranglée, 
jettes dans un feu qui sera allumé auprès de laditte 
potence et leurs cendres jettées et semées au vent ; 
déclarons en outre tous et chacun des biens dudit 
Pierre Dupin acquis et confisqués au profit de qui 
il appartiendra, sera sur lesquels néanmoins préle- 
vée la somme de dix livres d'amende envers le Roy; 
et pour le surplus debouttons laditte Thérèse Fran- 
çoise Dupin, soydisante fille dudit Pierre Dupin, 
des fins de sa requête présentée le seizième du 
mois de juillet dernier, et en conséquence, en rejet- 
tent la sentence rendue le jeudy dix septième dudit 
mois, et le rapport et procès verbal fait le lundy 
vingt et unième dudit mois par les nommez Florent 
Dumontot, Médecin, Joseph Nicolas Belluze et 
François Etienne Lembert, Chirurgiens jurez reçus 
à saint Cosme, ordonnons que conformément à la 
requête présentée par François Joseph Dupin, le 
cinquième dudit mois de juillet dernier, et la sen- 
tence rendue sur icelle le neuvième dudit mois, et 
au rapport et procès verbal fait par Marc Antoine 
Le Fevre, Médecin, Pierre Dutiroir et Jean Fran- 
çois Paul Le Noir, en datte du douzième dudit mois 



142 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



de juillet, laditte Thérèse Françoise Dupin sera 
déclarée ne pouvoir être la fille dudit Pierre Dupin, 
attendu l'impuissance et incapacité dudit Dupin à 
pouvoir engendrer. Donné par nous Bailly susdit 
le samedy deuxième jour d'aoust mil six cent 
neuf. 



La Cour, après avoir confirmé purement et sim- 
plement la sentence rendue contre Pierre Dupin, 
faisant droit sur le tout, ordonne que conformément 
au rapport fait le vingt unième juillet dernier par 
Florent Dumontot, Médecin, Jean Nicolas Beluze 
et François Etienne Lambert, lequel sera déclaré le 
plus conforme à la vérité, laditte Thérèse Françoise 
Dupin sera réputée fille dudit Pierre Dupin et de 
Françoise Henriette Le Large, et deboutte ledit 
François Joseph Dupin de ses requêtes des cinq 
juillet et treize aoust ; déclare en outre tous et cha- 
cun les biens dudit Pierre Dupin acquis et confis- 
qués au profit de laditte Thérèse Françoise Dupin, 
sa fille, exclusivement à tous autres, et sans que 
laditte Thérèse Françoise Dupin puisse être inquet- 
tée ny troublée dans la possession desdits biens par 
ledit Joseph François Dupin, ny par laditte Fran- 
çoise Henriette Le Large, sous quelque prétexte que 
ce puisse être, pas même sous celuy du douaire, et 
conventions matrimoniales que laditte Le Large 



PIERRE DUPIN 14 



pouroit exiger et desquels elle est des à présent et 
par le présent arrest decheue ; sur lesquels biens, 
néanmoins, sera prélevée la somme de dix livres 
d'amende envers le Roy. Fait à Paris en Parlement, 
cejourd'huy vingt troisième jour d'aoust, Tan de 
grâce mil six cent neuf. 



PROCES CRIMINEL 
DE FRANÇOIS BEAUPLED 

ACCUSÉ DE SODOMIE 

ET AUSSI d'avoir CONNU CHARNELLEMENT UNE CHÈVRE 

i8° aoust 1611. 



Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le juge et Bailly de Laval, à la requête 
poursuite et diligence du substitut du procureur 
gênerai du Roy audit siège, demandeur et accusa- 
teur principal, à rencontre de François Beaupled, 
Tisseran, demeurant audit lieu, accusé de crime de 
sodomie, viols, et d'avoir connu charnellement et 
contre nature une chèvre ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit Bailly le 
lundy dix huitième jour de juin par Marie Gene- 
viève Anquetil, veuve de Toussaint Perault, vivant 
maitre taillandier, laditte Marie Geneviève Anque- 
til soy complaignante pour Catherine Perault, sa 
fille^ des violences, brutalités et violemens faits 
contre la personne de laditte Catherine Perault par 
le nommé François Beaupled ; 

Le décret de prise de corps rendu ledit jour dix 
huit juin par ledit Bailly de Laval contre ledit Beau- 




LEDA 
École de Léonard (Galerie Borghêse, Rome) 



FRANÇOIS BEAUPLED 145 



pied, et emprisonnement fait en sa personne le len- 
demain ; 

L'interrogatoire fait audit Beaupled le mercredy 
vingtième dudit mois, et les réponses et dénégations 
dudit accusé ; 

L'interrogatoire fait à laditte Marie Geneviève 
Anquetil, veuve Perault, et à laditte Catherine 
Perault, âgée de neuf ans-, en datte du samedy vingt 
trois dudit mois ; 

Les dépositions, charges, témoignages et décla- 
rations faites le mercredy vingt sept dudit mois 
contre ledit accusé par Marie Le Morillon et Am- 
broisette Le Morillon, filles majeures et ouvrières 
en dentelles ; 

Les charges, dépositions, témoignages et décla- 
rations faites le lundy deuxième jour du mois de 
juillet par Simon Beaupreau, Tisseran, Antoine 
Gervais, gagne deniers, et Pierre Blanchard, car- 
deur de laines, lesquels ont certifié et témoigné 
que ledit François Beaupled avoit achetté depuis le 
vingt cinq du mois dernier une chèvre noire, avec 
laquelle il habitoit journellement. 

La requête présentée audit Bailly de Laval le 
samedy septième jour dudit mois par Gérard Bon- 
netier, compagnon tailleur, soy complaignant pour 
Biaise Gérard Bonnetier, son fils âgé de treize ans, 
à rencontre dudit François Èeaupled, requérant 
ledit Gérard Bonnetier que ledit accusé soit puny 
pour le crime de viol et sodomie par luy commis 

10 



146 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



en la personne dudit Biaise Gérard Bonnetier, son 
fils, le vendredy premier jour de juin dernier, et 
que par forme de dédommagement il luy soit adjugé 
la somme de mille livres ; 

La requête présentée le mardy dixième jour de 
juillet par Marie Geneviève Anquetil, pour et au 
nom de Catherine Perault, sa fille, requérant outre 
la punition exemplaire dudit François Beaupled 
qu'il soit par ledit Bailly commis et nommé experts 
pour connoitre la vérité des violences et brutalités 
exercées envers laditte Catherine Perault, et en 
même temps qu'il soit ordonné tels dommages, inte- 
rests, et réparations qu'il appartiendroit ; 

La sentence du Bailly de Laval rendue le mer- 
credy onze dudit mois, par laquelle le nommé Aufroy 
Le Riche, Chirurgien dudit Laval, et les nommées 
Françoise Rousset et Gillette LIortense Lombard, 
veuve d'Adrien Raymond, procéderont à la visite et 
examen de la personne de laditte Catherine Perault; 

Le procès verbal et rapport fait par les susdits 
Aufroy Le Riche, chirurgien, Françoise Rousset et 
Gillette Hortense Lombard, veuve Raymond, le 
samedy quatorze dudit mois, par lequel lesdittes 
personnes déclarent qu'après avoir examiné et vi- 
sité soigneusement laditte Catherine Perault, ils 
ont reconnu qu'elle avoit été forcée et violentée, 
en sorte qu'elle est même en danger de rester estro- 
piée jusqu'à la fm de ses jours, et que laditte force 
et violence est entièrement manifeste ; 



FRANÇOIS BEAUPLED 147 



La sentence rendue le vingt sixième jour de juillet 
par ledit Bailly de Laval, sur les conclusions dudit 
substitut du Procureur gênerai du Roy, portant 
condamnation contre ledit François Beaupled ; 

L'appel interjette ledit jour vingt six juillet au 
nom dudit François Beaupled de laditte sentence 
rendue ledit jour par le Bailly de Laval ; 

L'interrogatoire fait le mercredy premier aoust 
audit accusé par le Conseiller Commissaire rappor- 
teur, et la confrontation faite ledit jour dudit ac- 
cusé et des témoins et complaignans susnommez ; 

Vues aussi les conclusions du Procureur General 
du Roy et tout considéré ; 

La Cour, faisant droit sur le tout, a mis et met à 
néant l'appellation interjettée au nom dudit Beau- 
pled par le substitut du Procureur gênerai du Roy 
de la sentence rendue contre luy par le Bailly de 
Laval le vingt six juillet dernier ; déclare ledit 
François Beaupled, tisseran, duement atteint et con- 
vaincu d'avoir violé la nommée Catherine Perault, 
fille de Toussaint Perault et de Marie Geneviève 
Anquetil ; d'avoir connu charnellement et contre 
nature le nommé Biaise Gérard Bonnetier, fils de 
Gérard Bonnetier ; et enfin d'avoir commis bestia- 
lité détestable et brutale avec une chèvre ; pour 
réparations desquels crimes et cas énormes, or- 
donne laditte Cour que laditte sentence du vingt 
six juillet dernier sera exécutée selon sa forme et 
teneur, et en conséquence que ledit Beaupled sera 



148 LES PROCÈS Dî BESTIALITÉ 



pendu et étranglé à une potence qui sera pour cet 
effet dressée dans la place et marché dudit Laval ; 
quoy fait, son corps jette dans un feu qui sera 
allumé auprès de laditte potence, avec celuy de la 
Chèvre avec laquelle il a commis ledit délit, préa- 
lablement étranglée, ensuite leurs cendres jettées 
dans la Rivière ; et. faisant droit sur la plainte faite 
par Marie Geneviève Anquetil, veuve de Toussaint 
Perault, au nom de Catherine Perault, sa fille, âgée 
de neuf ans, en datte du dix huit juin dernier, et de 
sa requête présentée audit nom le dixième juillet 
suivant; et sur la requête présentée par Gérard 
Bonnetier, au nom de Biaise Gérard Bonnetier, son 
fils âgé de treize ans, en datte du sept dudit mois 
de juillet, déclare laditte Cour tous les biens appar- 
tenans audit François Beaupled acquis et confisqués 
par égales portions et moitiés au profit desdits 
Biaise Gérard Bonnetier et Catherine Perault, les- 
quels biens seront remis entre les mains desdits 
Marie Geneviève Anquetil, veuve Perault, et 
Gérard Bonnetier, jusqu'à la majorité de leurs dits 
enfans ; sur lesquels biens, néanmoins, sera préle- 
vée la somme de dix livres d'amende envers le Roy. 
Fait à Paris en Parlement, cejourd'huy dix huitième 
jour d'aoust mil six cent onze. 



PROCES CRIMINEL DE CLAUDE TOUSSAINT 

ACCUSÉ DE VIOLEMENT, 

ET d'habitation CHARNELLE AVEC UNE VACHE 

13^ octobre 1611 

Nous, Jean Antoine des Trois Ponts, ecuyer, 
sieur de Banieres, juge et Bailly de Saint Ferqueil, 
vu le procès criminel intenté pardevant nous à la 
poursuite et diligence du procureur fiscal de ce 
siège, demandeur et accusateur, à Tencontre de 
Claude Toussaint, laboureur, demeurant en ce lieu 
de Saint Ferqueil, deffendeur et accusé de viole- 
ment, sodomie, et d'habitation charnelle avec une 
vache noire ; 

Le procès verbal fait pardevant nous le lundy 
troisième jour du présent mois de septembre, par 
les nommez Thomas Bouffer, Exempt de la Mare- 
chaussée, Girard Fontaine, Trissotin Billoy, Mau- 
rice Gelon, et François Charles Le Cere d'Am- 
boyne, cavaliers et archers de laditte Maréchaussée, 
par lequel procès verbal les susnommez nous 
auroient certifié que cejourd'huy huit heures du 
matin, en passant par ledit lieu de Saint Ferqueil, 
ils avoient entendu un grand bruit dans une mai- 
son, où étant entré, ils y avoient trouvé le nommé 



150 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Claude Toussaint, que plusieurs particuliers 
venoient, suivant leur dire, de surprendre commet- 
tant violence et force avec Marguerite Haquinet, 
fille de Jean Haquinet, tonnelier, et de Louise 
Pelard, sa femme, âgée seulement de douze ans ; 
surquoy, et pour obtempérer aux plaintes desdits 
particuliers, les susnommez exempt et cavaliers 
auroient amené ledit Claude Toussaint, laboureur, 
âgé de trente huit ans ; 

L'interrogatoire par nous fait ledit jour troisième 
septembre audit Claude Toussaint, accusé, lequel a 
soutenu que laditte Marguerite Haquinet l'étoit 
venu trouver de son bon gré ; 

Les dépositions, témoignages, charges et infor- 
mations faites pardevant nous le vendredy septième 
jour de septembre, par Jean Haquinet, tonnelier, 
Louise Pelard, femme dudit Haquinet, père et mère 
de Marguerite Haquinet, complaignante, aussi pré- 
sente et par nous interrogée ; 

Les dépositions, témoignages et déclarations 
faites aussy en notre présence par Jacques Antoine 
de Monville, vigneron dudit Farqueil, Joseph Mo- 
gnard. Laboureur audit lieu, et Philippes Gondolle, 
gagne deniers ; lesdits Magnard et de Gondolle cer- 
tilians et attestans qu'ils avoient surpris le vingt 
huit aoust dernier ledit Claude Toussaint accouplé 
charnellement avec une vache noire, et ledit de 
Monville aussi certifiant et attestant qu'il avoit vu 
le trois septembre ledit Claude Toussaint qui, ayant 



CLAUDE TOUSSAINT I51 



appelle laditte Marguerite Haquinet, l'avoit fait 
entrer dans une salle basse, et luy ayant donné un 
morceau de gâteau, avoit ensuite levé la jupe de 
laditte fille et ensuite violée, ce qu'il avoit exécuté 
si promptement, malgré les cris de laditte fille, que 
luy, témoin, n'avoit pu y accourir assés tôt pour l'en 
empêcher. Lesdits interrogatoires faits par nous le 
mardy dixième jour de septembre ; 

La requête présentée par Jean Haquinet, tonne- 
lier, et Louise Pelard, sa femme, pour et au nom 
de Margueritte Haquinet, leur fille, tendante à ce 
qu'attendu la violence commise par le nommé 
Claude Toussaint envers laditte Marguerite Haqui- 
net, il luy soit donné et adjugé telle somme qui nous 
plairoit par forme de dommages et intérest, et pour 
le deshonneur dont il a chargé laditte fille complai- 
gnante ; 

La requête présentée par Claude Toussaint, le 
mercredy douzième jour de septembre, tendante à 
ce que laditte Margueritte Haquinet soit par nous 
interrogée séparément, ce qui feroit connoitre 
qu'elle n'a eu aucune violence et que le témoignage 
rendu devant nous le sept de ce mois par le nommé 
Jacques Antoine de Monville etoit faux, pourquoy 
requeroit que ledit de Monville fut par nous décrété 
de prise de corps, et puni comme faux accusateur et 
calomniateur public et détestable ; 

La requête présentée par le nommé Jacques 
Antoine de Monville, le vendredy quatorzième du- 



152 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



dit mois de septembre, par laquelle il demande que 
sans avoir égard à la demande portée par la requête 
de Claude Toussaint, il nous plaise le décharger du 
décret requis par icelle, s'offrant de subir tels inter- 
rogatoires que nous jugerions à propos ; 

La requête présentée par ledit Claude Toussaint, 
en datte du lundy dix septième jour de septembre, 
tendante à ce que sans avoir égard à la requête de 
Jacques Antoine de Monville, il nous plaise ordon- 
ner que ledit Monville seroit pris et appréhendé au 
corps et constitué prisonnier pour repondre aux 
faits et objections qu'il s'offre de luy faire, et 
entr'autres d'avoir séduit et abusé, il y a plus de six 
mois, de laditte Margueritte Haquinet, et en outre 
requere ledit Claude Toussaint que les nommez 
Joseph Mognard et Philippe Gondolle soient par 
nous décrétés de prise de corps, et punis comme 
faux accusateurs et calomniateurs publics, ce qu'il 
offre de prouver ; 

L'interrogatoire par nous fait le mercredy dix 
neuvième de septembre à Margueritte Haquinet, 
laquelle auroit persisté à soutenir que ledit Claude 
Toussaint l'avoit prise et violée par force, et la pro- 
testation par elle faite de n'avoir jamais eu de com- 
merce avec le nommé Jacques Antoine de Monville ; 
L'interrogatoire fait pardevant nous auxdits 
Jean Haquinet et Louise Pelard, sa femme, le 
samedy vingt deuxième dudit mois ; 

Autre interrogatoire par nous fait audit Jacques 



CLAUDE TOUSSAINT 153 



Antoine de Monville, le lundy vingt quatrième jour 
dudit mois, lequel a persisté dans les déclarations, 
témoignages et dépositions par luy faites le lund}^ 
dixième du présent mois, et dans les fins de sa 
requête présentée le quatorze, requérant ledit de 
Monville dommages et interest contre ledit Claude 
Toussaint, calomniateur ; 

Autre interrogatoire fait en notre présence, le 
mercredy vingt sixième dudit mois de septembre, 
aux nommez Joseph Mognard et Philippe Gondole, 
lesquels ont pareillement persisté dans les témoi- 
gnages, déclarations et dépositions par eux faites, 
ajoutans même que ledit Claude Toussaint ne s'etoit 
point caché dudit crime, et même Tavoit commis 
devant eux publiquement ; requérant lesdits Mo- 
gnard et Gondolle dommages et interest contre 
ledit Claude Toussaint ; 

La confrontation desdits Claude Toussaint, sépa- 
rément avec les susdits Jean Haquinet et Louise 
Pelard, sa femme, Margueritte Haquinet, Jacques 
x\ntoine de Monville, Philippe Gondolle et Joseph 
Mognard, lesquels ont continué et persisté dans 
leurs témoignages, dépositions et déclarations ; 
laditte confrontation en datte du vendredy vingt 
huitième dudit mois de septembre ; 

L'interrogatoire fait par nous, le lundy premier 
jour du présent mois d'octobre, audit Claude Tous- 
saint, les aveux, confessions et variations par luy 
faites ledit jour; 



154 LES PROGÈS DE BESTIALITE 

Vues aussi les conclusions du Procureur fis- 
cal; 

Avons déclaré et déclarons le nommé Claude 
Toussaint duement atteint et convaincu de viols et 
brutalitez commises en la personne de Margueritte 
Haquinet, et encore d'user ordinairement coutu- 
mierement d'une vache noire, pour lesquels crimes 
et cas énormes l'avons condamné et condamnons à 
être pendu et étranglé à une potence qui sera pour 
cet effet dressée dans la place et marché de Saint 
Ferqueil ; quoy fait, son corps, et celui de la vache 
avec laquelle il a commis ledit délit, préalablement 
assommée, jettes au feu qui sera allumé aux pieds 
de laditte potence ; déclarons tous et un chacun les 
biens dudit Claude Toussaint acquis et confisqués 
au profit de qui il appartiendra, sur lesquels néan- 
moins sera prise et prélevée la somme de cent livres 
d'amende envers le Roy, et mil livres de dom- 
mages et interests et pour le deshonneur fait à 
laditte Margueritte Haquinet, laquelle somme de 
mil livres sera remise entre les mains de Jean Ha- 
quinet et Louise Pelard, ses père et mère; et pour 
le surplus des demandes portées par les requêtes de 
Jacques Antoine de Monville, des quatorze et 
vingt quatrième jour de septembre, et de celles 
portées par la requête de Joseph Mognard et Phi- 
lippe Gondolle, avons mis et mettons les parties 
hors de cours et de procez. Donné par nous, juge 
Bailly susdit, en notre siège de Saint Ferqueil, le 



CLAUDE TOUSSAINT 155 



jeudy quatrième jour d'octobre mil six cent 
onze. 



Arrêt confirmé purement et simplement par le 
Parlement, le 13 octobre 1611. 



PROCES CRIMINEL DE GERVAIS LIENARD 

ACCUSÉ DE SODOMIE, ET d'aVOIR CONNU CHARNELLEMENT 

UNE JUMENT 

21 juillet 1612 

L'an mil six cent douze, le jeudy vingt-sixième 
jour du mois d'avril, est comparu pardevant nous 
Josse Valeran, fermier de la ferme d'Aunoy, lequel 
nous auroit déclaré que ce jourd'huy, sur les trois 
heures après midy, le nommé Pierre Boisselier, 
garçon étant à son service, luy seroit venu dire 
qu'il avoit entendu Thibaut Valeran, fils de luy 
complaignant, crier au secours, et qu'étant entré 
dans la maison où ledit Thibaut Valeran crioit, il 
auroit trouvé la porte d'une salle d'où ce bruit 
venoit fermée, qu'ayant pris une bûche et ayant 
enfoncé la porte il auroit apperçu ledit Thibaut 
Valeran se débattant entre les bras du nommé Ger- 
vais Lienard, vigneron, qu'étant appproché dudit 
Lienard, il l'auroit à coup de poings forcé de quit- 
ter ledit Thibaut Valeran, et ensuite auroit amené 
Indit Thibaut Valeran à luy complaignant, lequel 
Thibaut Valeran se seroit plaint d'avoir été connu 
et abusé violentement et contre nature par ledit 
Gervais Lienard, qui sous prétexte de luy dire 



GERVAIS LIENARD 157 



quelque chose Tauroit fait entrer dans laditte salle, 
dont il auroit ensuite fermé la porte après y avoir 
mis les verroux et oté la clef, que s'étant pris à crier 
ledit Gervais Lienard Tavoit pris de force et connu 
charnellement sans qu'il eut pu se deffendre; ajou- 
tant ledit Josse Valeran que sur cela il avoit fait 
venir Georges Bruquien, chirurgien demeurant en 
ce lieu de Champigny, pour penser et medicamen- 
ter ledit Thibaut Valeran, son fils; lequel chirur- 
gien, après avoir examiné ledit Thibaut Valeran, 
l'auroit pensé et appliqué un emplâtre sur la plaie, 
et avoit déclaré que ledit Thibaut Valeran en 
demeureroit estropié le reste de ses jours ; requé- 
rant pour ce ledit Josse Valeran que ledit Gervais 
Lienard, vigneron, demeurant et habitant de cette 
paroisse, soit par nous interrogé et puni, avec 
dépens, dommages et interests, et frais tant du pré- 
sent procès que du Chirurgien, pour ses onguens et 
medicamens employez et qu'il doit employer pour 
la guerison dudit Thibaut Valeran. Fait les jour et 
an susdits, pardevant nous Michel François Gros- 
seteste. Prévôt de Champigny. 



Cejourd'huy jeudy deuxième jour de may 1612, a 
été amené et conduit par devers nous le nommé 
Gervais Lienard, auquel, après la lecture de la 
plainte faite pardevant nous et des griefs insérés 



158 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



contre luy dans icelle, avons demandé s'il avoit et 
pouvoit fournir de réponses ; lequel auroit repondu 
que le fait allégué etoit faux, et qu'il n'avoit jamais 
connu, ni eu envie de connoître ledit Thibaut 
Valeran, qu'apparament ledit garçon s'etoit blessé, 
et avoit dit à son père qu'on l' avoit voulu forcer, 
pour ses excuses ; et a persisté ledit Lienard dans 
sesdittes réponses. Fait les jour et an que dessus. 



Veu par la Cour de Parlement le procès crimii^el 
fait pardevant le Prevot de Champigny à l' encontre 
de Gervais Lienard, deffendeur et accusé d'avoir 
violé et connu contre nature Thibaut Valeran, et 
encore d'avoir eu habitation charnelle avec une 
jument blanche mentionnée au procès ; 

La plainte faite le 26 avril dernier par Josse 
Valeran, soy complaignant pour Thibaut Valeran, 
son fils ; 

L'interrogatoire et dénégations faites par ledit 
Lienard le jeudy 2 may suivant; 

L'interrogatoire fait au nommé Pierre Boisselier, 
garçon au service de Josse Valeran, le vendredy 
dix dudit mois ; 

L'interrogatoire fait audit Thibaut Valeran le 
treize dudit mois ; 

Le rapport fait le mercredy quinze dudit mois, en 
présence dudit Prevot, par Georges Bruquien, Chi- 



GERVAIS LIENARD 159 



rurgien demeurant audit lieu de Champigny, qui a 
pensé et medicamenté ledit Thibaut Valeran ; 

Les témoignages , dépositions et déclarations 
faites pardevant ledit Prevot, le mercredy vingt 
deux may, par les nommez Philippes Albert Gen- 
dron, aubergiste dudit lieu, et Grégoire Richard, 
garçon charrier ; 

La confrontation faite, le lundy trois juin ensui- 
vant, dudit Gervais Lienard et desdits Josse Vale- 
ran, Thibaut Valeran, Pierre Boisselier et Georges 
Bruquien ; 

La confrontation faite, le mercredy cinq dudit 
moy, dudit Gervais Lienard et des nommez Phi- 
lippes Albert Gendron et Grégoire Richard, accu- 
sans ledit Lienard d'avoir eu connoissance et habi- 
tation charnelle avec une jument ; 

La sentence rendue par ledit Prevot le samedy 
vingt deux du mois de juin ; 

L'appel interjette par ledit Gervais Lienard de 
laditte sentence, le vingt deux dudit mois de 
juin; 

L'interrogatoire fait le lundy premier jour du pré- 
sent mois de juillet audit Lienard par le Conseiller 
commissaire rapporteur ; 

Les aveus et confessions faites par ledit accusé à 
la question à luy donnée le samedy vingt du présent 
mois, et généralement toutes les pièces dudit pro- 
cès ; ouy et entendu le procureur gênerai en ses 
conclusions, et tout considéré : 



l60 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



La Cour a mis et met à néant l'appel interjette 
au nom dudit Gervais Lienard de la sentence ren- 
due contre luy par le Prevot de Champigny; 
ordonne que laditte sentence dont est appel sera 
exécutée selon sa forme et teneur; déclare ledit 
Gervais Lienard bien et duement atteint et con- 
vaincu d'avoir commis acte de sodomie et copula- 
tion contre nature en la personne de Thibaut Vale- 
ran, et aussy d'avoir habité charnellement plusieurs 
et souventes fois avec une jument blanche men- 
tionnée audit procès; pour réparation desquels 
crimes et cas et violences énormes, laditte Cour 
ordonne que ledit Gervais Lienard sera pendu et 
étranglé à une potence qui sera pour cet effet dres- 
sée dans la grande place dudit Champigny; quoy 
fait, son corps, ainsy que celuy de la jument avec 
laquelle il a perpétré et commis ledit délit, préala- 
blement étranglée, jettes au feu qui sera allumé au 
pied de laditte potence, et leurs cendres ensuite 
jettées et semées au vent ; Déclare en outre tous et 
un chacun les biens dudit Gervais Lienard acquis 
et confisqués au profit de qui il appartiendra, sur 
lesquels néanmoins sera prise et prélevée la somme 
de dix livres d'amende envers le Roy, cello de 
trente cinq livres pour les frais, loyaux coûts, et 
salaires de Georges Bouquien, et celle de douze 
cent livres adjugée par le présent arrest audit Thi- 
baut Valeran par forme et manière de dommages et 
interests, laquelle somme de douze cent livres sera 



GERVAIS LIENARD l6l 



remise entre les mains de Josse Valeran, père dudit 
Thibaut Valeran, pour en disposer au profit dudit 
mineur. Fait à Paris en Parlement, cejourd'huy 
vingtième juillet. Tan de grâce mil six cent douze. 



PROCES CRIMINEL 
DE JACQUES PERRICHON 

ACCUSÉ DE PLUSIEURS VIOLS ET d'aVOIR HABITÉ 

CHARNELLEMENT AVEC UNE TRUYE 

29 juillet 1613. 

L'an mil six cent treize, le premier jour du mois 
de juillet, en présence de nous, Barnabe Jérôme 
d'Apremont, Ecuyer, Sieur de Belleperche, Licencié 
Es Loix, Senechal de Montoiron, fut amené un qui- 
dam vêtu de toille grise, conduit par Toussaint 
Picot, dit Martel, Exempt et Chef de Brigade de la 
Maréchaussée, assisté et accompagné de Thierry 
Soudoyer, Jean-Thomas dit Bras-de-Fer, Etienne 
Bodin dit Brindavoine, et d'André Jumeau des 
Ormeaux, cavaliers de laditte Brigade, lesquels, 
après avoir fait serment de dire et déclarer pure et 
entière vérité, ont certifié que cejourdhuy, sur les 
six heures du matin, en passant par cedit bourg de 
Montoiron, ils avoient entendu la voix d'une 
femme qui crioit au meurtre, on me viole, et 
qu'étant entrez dans la maison où ils avoient 
entendu ce bruit, ils auroient trouvé ledit quidam 
qu'ils amenoient prisonnier en copulation charnelle 



JACQUES PERRICHON 163 



avec une femme âgée d'environ cinquante à 
soixante ans, laditte femme se débattant fort entre 
ses bras, surquoy euxdits témoins auroient retiré 
laditte femme et amené ledit quidam pardevant 
nous, lequel quidam nous, senechal susdit, aurions 
interrogé en la manière et forme qui s'ensuit : 

Interrogé quel etoit son nom, a repondu être 
appelle Jacques Perrichon. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu être âgé de 
quarante quatre ans. 

Interrogé quelle étoit sa profession et vacation, 
a repondu qu'il etoit tisseran. 

Interrogé de quel lieu il etoit, a repondu qu'il 
etoit né à Saint Flour, et etably depuis près de seize 
ans au présent lieu de Montoiran. 

Interrogé s'il connoissoit la femme avec laquelle 
il a été surpris en copulation charnelle, a repondu 
qu'ouy, et que laditte femme etoit servante du 
nommé André Le Laboureur, fermier de la ferme 
de Capenzac, laquelle femme etoit venue plusieurs 
fois chercher chez luy de la toille, qu'il l'avoit plu- 
sieurs fois cajollée, et qu'enfin cejourd'huy, comme 
elle luy avoit paru faire peu de résistance, il avoit 
voulu profiter de cette occasion, mais que laditte 
femme s'etoit mise à crier lorsqu'il n'etoit plus 
tems ; 

Apres lequel interrogatoire nous avons renvoyé 
ledit Jacques Perrichon prisonnier es prisons de ce 
bourg. 



l64 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Cejourd'huy samedy, deuxième jour de juillet, 
est comparue pardevant nous la nommée Gene- 
viève Beauclairat, servante d'André Le Laboureur, 
laquelle nous auroit demandé raison de la violence 
commise envers elle le jour d'hier par le nommé 
Jacques Perrichon, lequel, non content de luy avoir 
dit les sottises les plus grossières, seroit enfin ledit 
jour venu à un tel excès qu'il l'auroit saisie, jettée 
par terre et connu charnellement, quelque chose 
qu'elle ait pu faire, ne sachant encore si ledit Per- 
richon en seroit demeuré là, sans la brigade de 
Maréchaussée qui est survenue à ses cris et a pris 
ledit Perrichon. 

Interrogée laditte Beauclairat quel âge elle avoit, 
a repondu qu'elle avoit soixante et deux ans 
accomplis le vingt cinquième jour de May dernier^ 

Laquelle Geneviève Beauclairat, après avoir 
requis dépens, dommages et interests contre ledit 
Jacques Perrichon, se seroit retirée. 



Cejourd'huy lundy, quatrième jour de juillet, sont 
comparus pardevant nous Jeanne Grandpié, veuve 
d'Augustin Poirée, en son vivant berger chevrier; 
Marie Jeanne Poirée, sa fille et dudit Augustin 



JACQUES PERRICHON 165 



Poirée, laquelle nous auroit déclaré que le vingt 
quatrième jour de juin dernier, le nommé Jacques 
Perrichon auroit amené laditte Jeanne Marie Poi- 
rée, âgée de sept ans et demy, dans sa maison, et 
là, l'auroit violée en telle sorte que laditte Poirée 
ne pouvoit marcher, laditte Jeanne Granpié, sa 
mère, ayant été obligée delà porter; parquoy reque- 
roit laditte Granpié que laditte Marie Jeanne 
Poirée, sa fille, fut soignée, pensée et medicamen- 
tée aux dépens dudit Jacques Perrichon, et qu'il fut 
condamné à tous les dépens, dommages et interests, 
tant pour la maladie de laditte Poirée que pour le 
scandale et deshonneur à elle faite; surquoy nous, 
senechal susdit, aurions promis à laditte Granpié 
d'envoyer un chirurgien visiter saditte fille, et de 
luy faire droit sur le surplus de ses demandes; 
après quoy lesdittes complaignantes se sont reti- 
rées. 



Cejourd'huy jeudy, septième jour de juillet, je 
soussigné, Chirurgien de cette Bourgade de Mon- 
toiron, aurois par ordre et exprès commandement 
de Monsieur le Seneschal, visité la nommée Jeanne 
Poirée, laquelle Marie Jeanne Poirée nous aurions 
trouvée violée et blessée dangereusement par la 
violence qu'elle dit avoir été commise en son 
endroit par Jacques Perrichon, et en outre, après 



l66 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



avoir appliqué le premier appareil, ay trouvé que 
laditte Marie Jeanne Poirée etoit attaquée et 
atteinte de maladie vénérienne et grosse vérole ; en 
foy de quoy ay signé le présent rapport, fait les jour 
et an que dessus. Ainsy signé : Tompelier Corbin, 
Chirurgien de Montoiron. 



Cejourd'huy samedy neuvième jour de juillet est 
comparu Jeanne Grandpié, veuve d'Augustin Poi- 
rée, disant que par le procès verbal et rapport fait 
par le nommé Tompelier Corbin, qui a visité Marie 
Jeanne Poirée, sa fille, il appert et est certifié que 
laditte Marie Jeanne Poirée est atteinte et attaquée 
de la grosse vérole et mal de Naples, laquelle elle 
a gagné par la violence et force qui luy a été faite 
par le nommé Jacques Perrichon ; parquoy requere, 
outre les dommages et intérêts, que laditte Marie 
Jeanne Poirée soit guérie et soignée aux dépens 
dudit accusé. 



Le lundy onzième jour de juillet, neuf heures du 
matin, sont comparus pardevant nous les nommez 
Thomas Girard, gagnedeniers, et Claude Porcher, 
vigneron, lesquels, après avoir fait le serment 
accoutumé de dire pure et entière vérité, ont de- 



JACQUES PERRICHON 167 



claré qu'ils sçavoient, et même que le nommé Jac- 
ques Perrichon leur avoit confessé qu'étant sujet au 
plaisir des sens et à la passion des femmes, et ne 
voulant point se marier, il avoit achetté une belle 
truye, laquelle il connoissoit charnellement, et que 
de peur que cela ne fut découvert, il l'avoit fait 
avorter une fois, et que l'autre fois n'ayant pu pro- 
curer cet avortement, il avoit jette dans un puits le 
fruit de laditte truye. 



Cejourd'huy mardy, douzième jour de juillet, fut 
amené devant nous Jacques Perrichon, auquel a été 
fait lecture tant du procès verbal fait le vendredy 
premier de ce mois que de ceux faits les samedy 
deuxième, lundy quatrième, jeudy septième, samedy 
neufieme et lundy onzième du même mois ; lequel 
Jacques Perrichon s'etant mis à pleurer nous auroit 
requis pardon et confessé les susdits crimes, avouant 
qu'il avoit une passion extraordinaire qui lui faisoit 
appetter et désirer toutes les femmes ; que cette 
passion l'avoit obligé à violer laditte Marie Jeanne 
Poirée, quoiqu'elle n'eut que sept ans, et laditte 
Geneviève Beauclairat, qui en a plus de soixante ; 
mais encore plusieurs autres ; que la veille de Noël 
précédente, vingt quatrième, jour de décembre mil 
six cent douze, ayant trouvé la nommée Françoise 
Dufresne, servante d'Aubert Le Mire, hôtelier, dor- 



l68 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



mante sur le pas de la porte de sa chambre dont 
elle n'avoit apparament pas la clef, laditte Du- 
fresne se trouvant prise de vin, il l'avoit connue 
charnellement sans qu'elle s'en soit apperçu; que 
depuis ce tems laditte servante avoit été chassée 
de sa maison par ledit Aubert Le Mire, ce qui luy 
ayant donné la hardiesse de parler librement à 
laditte fille, il luy avoit proposé de coucher avec 
elle et de la prendre chez luy, luy avouant que 
c'etoit luy qui avoit fait l'enfant dont elle etoit 
grosse, ce qui avoit causé tant de honte à laditte 
Françoise Dufresne qu'elle auroit quitté Montoiron 
sans vouloir y reparoître; que, de plus, luy, Jac- 
ques Perrichon, auroit le vingt deux février der- 
nier, jour du jeudy gras, trouvé entre cinq et six 
heures du soir la fille du nommé Antoine Beauma- 
noir, laquelle il auroit emmenée chez luy et l'auroit 
violée, quoique ladite fille ne fut âgée que de six 
ans, pas entièrement accomplis, ce qui avoit causé 
un tel effroy à laditte fille qu'étant reconduite chez 
elle elle etoit tombée malade et etoit morte au bout 
de cinq jours; qu'indépendament de ces crimes, 
luy, susdit Perrichon, avoit achetté une grande 
truye, laquelle il connoissoit charnellement et très 
souvent, que laditte truye avoit été pleine deux fois 
de son fait, que la première fois il l'avoit fait avor- 
ter, mais que n'ayant pu l'exécuter la seconde fois, 
laditte truye avoit mis bas deux enfans monstrueux, 
ayant la tête et les pieds de cochon, lesquels mons- 



JACQUES PERRICHON 169 



très il avoit jette dans le puits de son jardin; après 
lesquelles confessions et aveus, ledit Perrichon a 
requis pardon, et a confessé être digne de la mort, 
après quoy a été reconduit en prison. 



Nous, Barnabe Jérôme d'Apremont, ecuyer, sieur 
de Belleperche, licencié es lois, juge senechal de la 
Ville et sénéchaussée de Montoiron, avons déclaré 
et déclarons ledit Perrichon duement atteint et 
convaincu d'avoir violé les nommées Françoise 
Dufresne, Jeanneton Beaumanoir, âgée de près de 
six ans, Geneviève Beauclairat, âgée de soixante- 
deux ans, et Marie Jeanne Poirée, âgée de sept ans 
et demy, et encore d'avoir abusé charnellement 
et detestablement et ordinairement d'une truye 
mentionnée au procès; pour réparation desquels 
cas et crimes énormes, ordonnons que ledit Jacques 
Perrichon sera pendu et étranglé à une potence qui 
sera pour cet effet dressée dans la place et marché 
de Montoiron, et laditte truye aussi pendue et 
étranglée à la même potence ; quoy fait, leurs corps 
jettez au feu qui sera allumé au pied de laditte 
potence; quoy fait, leurs cendres jettées au vent; 
déclarons en outre tous et chacun les biens dudit 
Jacques Perrichon acquis et confisqués au profit de 
Sa Majesté, sur lesquels sera néanmoins prise la 
somme de douze livres d'amende envers le Roy ; 



170 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



celle de cinquante livres, laquelle sera délivrée au 
nommé Tompelier Corbin, chirurgien, pour ses 
peines, loyaux coûts et salaires employez pour la 
guerison qu'il a entrepris de laditte Marie Jeanne 
Poirée ; celle de mille livres, laquelle sera délivrée 
à Jeanne Grandpié, mère de laditte Poirée, par 
forme de dommages et interests ; celle de cent cin- 
quante livres, laquelle sera délivrée à la nommée 
Geneviève Beauclairat, par forme de dommages et 
interests, et le surplus audit seigneur Roy. Donné 
par nous, susdit Senechal, le lundy dix huitième 
jour de juillet mil six cent treize. 



En confirmant, le 29 juillet 16 13, l'arrêt ci-dessus, 
le Parlement de Paris le modifie cependant ainsi : 
« Emandant laditte sentence, ordonne que la truye 
mentionnée au procès sera assommée au pied de la 
potence, et ensuite son corps brûlé avec celuy dudit 
Perrichon. » 



PROCES CRIMINEL DE CLAUDE PARISOT 

ACCUSÉ DE VIOLS 
ET d'avoir habité CHARNELLEMENT AVEC UNE ANESSE 

4° juin 1614. 



Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le Prévost du Mans, à rencontre de 
Claude Parisot, marchand épicier de laditte ville, 
accusé d'avoir commis plusieurs viols, sodomies, 
et en outre d'avoir connu charnellement et detesta- 
blement une asnesse mentionnée au présent procès ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit Prévost le 
mardy vingt huitième jour d'avril mil six cent qua- 
torze, contenant les dépositions, témoignages et 
déclarations des nommez Pierre Robinot, exempt 
du guet de laditte ville, assisté et accompagné de 
Jacques Toussard le jeune, Mathieu Crochefer dit 
le boiteux, Paul de la Pomardiere et Julien Etienne 
Tambureau, archers dudit guet ; 

L'interrogatoire fait par ledit Prevot audit Claude 
Parisot le mercredy vingt neuvième dudit mois, les 
dénégations et deffenses alléguées par ledit accusé; 

Les dépositions, témoignages, charges et déclara- 
tions faites en présence dudit Prevot, le samedy 



172 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



deuxième jour du mois de mai dernier, par les 
nommez Charles Criquetot, maître serrurier ; 
Abraham Toulaville, chirurgien ; Philippe Bernard 
du pont sainte Catherine, tailleur d'habits ; David 
Le Creux, maitre et marchand orfèvre, tous habi- 
tans de laditte ville, lesquels, après le serment 
accoutumé de dire pure et entière vérité, ont cer- 
tifié leurs déclarations sincères et véritables ; 

Les dépositions, témoignages et déclarations 
faites pardevant ledit Prevot, le lundy quatrième 
jour du mois de may, par la nommée Marie Thérèse 
Angélique Du Chapnoir, femme dudit Claude Pari- 
sot ; 

La requête présentée dudit Prevot, le jeudy sep- 
tième jour dudit mois, par le nommé Ambroise 
Parisot, frère dudit Claude Parisot, marchand char- 
cuitier de laditte ville du Mans, tendante à ce que, 
sans avoir égard à la demande formée par laditte 
Marie Thérèse Angélique Du Chapnoir, par sa 
requête verbale, elle en soit déboutée, et condamnée 
aux dépens, dommages et interests ; 

La requête présentée audit Prevot le samedy 
neuvième dudit mois par laditte Marie Thérèse 
Angélique Du Chapnoir, tendante à ce que, sans 
avoir égard à celle présentée par Ambroise Parisot, 
il en soit deboutté, et en conséquence qu'en lui 
adjugeant les conclusions de sa requête verbale du 
quatrième dudit mois, elle soit séparée de corps et 
de biens dudit Claude Parisot, son mary, et son 



CLAUDE PARISOT 



173 



bien rendu, avec ses reprises et conventions matri- 
moniales ; 

L'interrogatoire fait par ledit Prevot, le mardy 
douzième dudit mois, auxdits Ambroise Parisot 
et Marie Thérèse Angélique Du Chapnoir ; 

La confrontation faite, le vendredy quinzième 
dudit mois, desdits Claude Parisot et desdits 
Ambroise Parisot, Marie Thérèse Angélique Du 
Chapnoir, Pierre Robinot, Jacques Toussard le 
jeune, Mathieu Crochefer, Paul de La Pomadiere 
et Julien Etienne Tambureau, et encore des nom- 
mez Charles Criquetot, Abraham Toulaville, Phi- 
lippe Bernard du pont sainte Catherine, et Melchior 
David Le Creux, tous manans et habitans de laditte 
ville du Mans ; 

La sentence rendue le samedy seizième dudit 
mois, par ledit Prevot, par laquelle ledit Claude 
Parisot est déclaré duement atteint et convaincu 
d'avoir commis violences et brutalitez envers les 
nommées Jeanne Pratellaville, fille de Jean de Pra- 
tella ville, maître fruitier oranger de la ville du 
Mans, et de Bénédictine Ambroisette Le Merle, sa 
femme ; et Elisabeth Vauvillain, fille de Joseph 
Henry Vauvillain, valet de chambre de Monsei- 
gneur l'Eveque du Mans, et de Geneviève Ray- 
monde, sa femme; et encore d'avoir abusé et eu 
copulation charnelle avec une asnesse : pour répa- 
ration desquels crimes et cas énormes, ledit Claude 
Parisot est condamné à être brûlé vif et ses cendres 



174 LES PROCES DE BESTIALITE 



jettées au vent ; déclare ladite sentence tous et un 
chacun les biens dudit Parisot acquis et confisqués 
au profit du Roy, sur lesquels néanmoins sera prise 
la somme de cent livres d'amende envers ledit sei- 
gneur Roy, et celle de trois mille livres, laquelle 
somme de trois mille livres sera remise et distri- 
buée par égale portion, l'une à Jean de Pratteville 
et à Bénédictine Ambroisette Le Merle, père et 
mère de laditte Jeanne de Pratteville, et l'autre à 
la nommée Geneviève Raymonde, veuve de Joseph 
Henry Vauvillain, père et mère de laditte Elisabeth 
Vauvillain, par forme de dommages et interests ; 

L'appel interjette de laditte sentence au nom du- 
dit Claude Parisot, ledit appel en datte dudit jour 
seizième may ; ou}^ sur ce et vues aussi les conclu- 
sions du Procureur gênerai du Roy, et tout consi- 
déré : 

La Cour a mis et met à néant ledit appel à la sen- 
tence du Prevot du Mans ; ordonne qu'elle sera 
exécutée selon sa forme et teneur, et néanmoins 
emendant laditte sentence, ordonne que l'asnesse 
avec laquelle ledit Claude Parisot a commis ledit 
crime et délit sera assommée en sa présence, et le 
corps d'icelle jette à la voirie ; confirme laditte Cour 
le surplus de laditte sentence, pour l'exécution de 
laquelle et du présent arrest renvoyé ledit Claude 
Parisot prisonnier pardevers le Prévost du Mans. 
Fait à Paris en Parlement, cejourd'huy quatrième jour 
du mois de juin, l'an de grâce mil six cent quatorze. 



CLAUDE PARISOT 175 



Et au bas de Tarrest est un retentum portant que 
ledit Claude Parisot seroit étranglé au poteau 
auquel il seroit attaché, avant de sentir le feu. 



PROCÈS CRIMINEL DE ABRAHAM BERTHIN 

ACCUSÉ d'inceste 

ET d'habitation CHARNELLE AVEC UNE CAVALLE 

8^ février 162 1. 



Nous, Jérôme Louis Barbantel, ecuyer du sieur 
d'Auffeterre, Lieutenant Criminel de la ville et 
Sénéchaussée de La Rochelle, vu le procès criminel 
faitpardevant nous à l'encontre d'Abraham Berthin, 
négociant de cette ditte ville, accusé d'inceste, et 
en outre d'avoir habité et connu charnellement une 
cavalle mentionnée au procès ; 

La requête à nous présentée par Marie Anne Du 
Chemin, veuve d'Antoine Du Pilon, négociant à 
La Rochelle, tendante à ce qu'il soit par nous informé 
de la conduite scandaleuse tenue par le nommé 
Abraham Berthin, son beau-frere, laditte Marie 
Anne Du Chemin, sœur de deffunte Rose Du Che- 
min, en son vivant femme dudit Abraham Berthin ; 
laditte requête en datte du vendredy vingt quatre 
décembre 1620; 

L'interrogatoire par nous fait le jeudy trente 
dudit mois, contenant les témoignages, dépositions, 
charges et déclarations faites par Nicolas Chevalet, 



ABRAHAM BERTHIN 177 



ancien officier du régiment de Bretagne ; Gilles de 
Haultcœur, commis et intéressé dans les affaires 
du Roy; Maurice Hillaire Le Brun, receveur des 
gabelles et traites de Sa Majesté au païs d'Aunis et 
généralité de La Rochelle; et Eustache de Saint- 
Paul, garde magasin des poudres de l'arcenal de 
laditte ville de La Rochelle ; 

La requête à nous présentée par ledit Abraham 
Berthin, tendante à ce qu'il nous plaise interdire 
laditte Marie Anne Du Chemin, laditte requête du 
quatre janvier 1621 ; 

La requête présentée le cinq dudit mois par 
Marie Anne Du Chemin tendante à ce qu'il nous 
plaise interroger sur faits et articles ledit Berthin, 
et la nommée Elisabeth Guillelmine Berthin, veuve 
de Jeremie Blondel, et en conséquence ordonner 
qu'ils seront constitués prisonniers à la requête de 
la suppliante, poursuite et diligence du Procureur 
du Roy ; 

L'interrogatoire par nous fait le huit dudit mois 
auxdits Berthin et Veuve Blondel, sa sœur, ledit 
jour huit janvier ; 

La requête présentée par laditte veuve Blondel, 
le dix dudit mois, tendante à ce que, sans s'arrêter 
aux demandes portées par la requête de laditte Du 
Chemin, elle soit élargie des prisons, sous une 
bonne caution, et présente à cet effet le nommé 
Josias Barton, marchand orfèvre, demeurant en cette 
ville, lequel s'est offert et s'offre de représenter 

<2 



178 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



laditte veuve Blondel toutes et quantes fois nous le 
requererons, à ses risques, périls, et fortunes ; 

La sentence par nous rendue le onze dudit mois, 
par laquelle, ayant égard à la requête présentée par 
laditte veuve Blondel, nous aurions accepté et receu 
ledit Josias Barton pour la caution de laditte veuve 
Blondel, à la charge par luy, à ses propres risques, 
périls et fortunes, de la représenter toutes les fois et 
quantes nous la requererons ; en conséquence, per- 
mettons à ladite veuve Blondel de sortir et vuider 
les prisons, sous la ditte caution et auxdittes char- 
ges et conditions. 

Les témoignages, dépositions, charges et décla- 
rations faites pardevant nous le douze dudit mois, 
par les nommez Augustin Timoye, gagnedeniers ; 
Bertrand Bertrangel, hollandois de nation et mate- 
lot engagé dans la marine de cette ville ; Salomon 
Rocheries, sieur de Plaussay, officier de la marine ; 
et Richard Simonet, valet de chambre dudit sieur de 
Plaussay ; 

La confrontation dudit Abraham Berthin et des 
susdits veuve Blondel, Nicolas Chevalet, Gilles de 
Hautcœur, Maurice Hilaire Le Brun, Eustache de 
saint Paul, Marie Anne Du Chemin, Bertrand Ber- 
trangel, Salomon Rocherie sieur de Plassay, Richard 
Simonnet, et Augustin Timoye, ledit procès verbal 
fait le samedy quinze dudit mois ; 

Avons déclaré ledit Abraham Berthin duement 
atteint et convaincu d'inceste par lu}^ commis avec 



ABRAHAM BERTHIN 179 



laditte veuve Blondel, sa sœur, et encore d'avoir eu 
copulation charnelle, détestable et contre nature 
avec une cavalle; déclarons aussy pareillement 
laditte veuve Blondel duement atteinte et convain- 
cue de crime d'inceste commis avec ledit Berthin, 
son frère ; en conséquence ordonnons que ledit 
Abraham Berthin sera conduit dans un tombereau 
à une potence qui sera pour cet effet dressée sur le 
port de mer de cette ville, laditte veuve Blondel 
attachée audit tombereau, ensuite fouettée par l'Exé- 
cuteur de la haute justice au pied de laditte potence ; 
quoy fait, laditte veuve Blondel présente à l'exé- 
cution, sera ledit Abraham Berthin pendu et étranglé 
à laditte potence, et ensuite son corps et celuy 
de laditte cavalle avec laquelle il a commis ledit 
délit, préalablement assommée, jettez dans un feu 
qui sera allumé au pied de laditte potence, leurs 
cendres jettées dans la mer; et laditte Elisabeth 
Guillelmine Berthin, veuve de Jeremie Blondel, 
enfermée pour le reste de ses jours dans la maison 
de force de cette ville, au pain et à l'eau et à la cor- 
rection pendant la première année qu'elle y sera ; 
déclarons en outre tous et chacun des biens dudit 
Abraham Berthin acquis et confisqués au profit de 
qui il appartiendra,, sur lesquels néanmoins sera prise 
et prélevée la somme de cinq cent livres d'amende 
envers le Roy ; et ceux de laditte Elisabeth Guillel- 
mine Berthin, veuve Blondel, acquis et confisqués 
au profit des héritiers de laditte Berthin, et de Jere- 



l8o LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



mie Blondel, sur lesquels pareillement sera prélevée 
par chacun an la somme de quatre cent livres de 
pension viagère, et ce pendant la vie de laditte 
veuve Blondel, de laquelle pension viagère seront 
chargés seulement les héritiers de laditte veuve. 
Donné à La Rochelle par nous susdit Lieutenant 
criminel le lundy dix-septieme jour de janvier mil 
six cent vingt et un. 



Cette sentence a été confirmée purement et sim- 
plement par le Parlement, le 8 février 1621. 



PROCES CRIMINEL D'ANTOINE DE LA RUE 

ACCUSÉ DE SODOMIE 
ET D'HABITATION CHARNELLE AVEC UNE JUMENT 

3° aoust 1622. 



L'an mil six cent vingt et deux, le mercredy troi- 
sième jour du mois de may, en présence de nous, 
Georges Fermelhore, Bailly de Montpensier, fut 
amené et conduit par les nommez Jean Barrât Du 
Hivoy, exempt et chef de la brigade de la Mare- 
chaussée de cette ville, assisté de Thomas Le Huge, 
Richard Poirat, Louis Durandet et Alexandre Tor- 
laniere, archers et cavaliers de laditte brigade, un 
quidam vêtu d'un habit brun, avec des boutons 
d'orfevrie et les culottes de panne rouges, lequel 
quidam lesdits exempt et archez susnommez au- 
roient arrêté suivant notre ordre portant décret de 
prise de corps contre ledit quidam, que nous aurions 
questionné et interrogé en la manière et forme qui 
s'ensuit : 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu être 
nommé et appelle Antoine de La Rue. 



l82 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Interrogé quelle etoit sa profession, a repondu 
être maitre charron. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu avoir 
trente cinq ans accomplis le vingt huitième jour 
d'avril dernier. 

Interrogé de quel païs il etoit, a repondu être de 
saint Lo, diocèse d'Avranches, en Normandie, et 
qu'il seroit venu habiter au présent lieu de Mont- 
pensier. 

Interrogé s'il etoit vray ce dont on l'accusoit, 
d'avoir eu copulation charnelle avec une jument, a 
repondu que non, et qu'il ne pouvoit se trouver 
personne qui put avancer ce fait calomnieux ; après 
lesquels interrogatoires avons renvoyé ledit Antoine 
de La Rue en prison. 



Cejourd'huy vendredy sixième jour du mois de 
may, sont comparus pardevant nous les témoins cy 
après nommez, lesquels, après avoir fait le serment 
accoutumé de ne dire que la pure et 'simple vérité, 
ont déclaré ce qui suit : 

Pierre Frenoy dit Bellaumere, teinturier de cette 
ville, a déclaré que le vingt six février dernier, sur 
les huit heures du soir, étant rentré chez ledit 
Antoine de La Rue, son compère, il l'avoit apperçu 



ANTOINE DE LA RUE 183 

dans l'écurie accouplé et en copulation charnelle 
avec une jument blanche ; que ne sçachant ce que 
cela pouvoit signifier il s'etoit approché et avoit 
reconnu la vérité de ce que dessus, et que répri- 
mandant fort ledit de La Rue et luy disant qu'ayant 
une si jolie femme il avoit encore plus de tort de 
s'amuser avec une bete, surquoy ledit de La Rue 
luy avoit repondu que ce n'etoit que pour rire, et 
qu'il n'y retourneroit plus; mais que malgré cela 
il avoit sçu depuis que ledit de La Rue etoit 
retombé dans ledit crime. 

Raymond Pardiat, apotiquaire de cette ditte ville, 
a dit et déclaré que le lundy dix huitième avril dernier 
ledit Antoine de La Rue seroit venu chez luy pour 
lui demander un onguent pour adoucir une douleur 
qu'il se sentoit, et qu'ayant questionné ledit Antoine 
de La Rue sur l'endroit du mal et la cause d'iceluy, 
quoy que ledit de La Rue ne luy ait rien voulu 
avouer il s'etoit bien aisément apperçu que ledit de 
La Rue s'etoit ecorché dans quelque copulation 
charnelle ; que néanmoins il avoit donné audit de La 
Rue l'onguent qu'il souhaitoit. 

Thomas Le Fèvre, dit Belle Humeur, garçon cha- 
ron au service dudit Antoine de La Rue, a déclaré 
qu'il sçavoit que ledit Antoine de La Rue avoit 
continuelle habitation charnelle avec la jument 
blanche qui etoit dans son écurie, ne l'ayant même 
achettée qu'à cette intention. 

Surquoy lesdits témoins, ayans de nouveau certi- 



184 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



fié leurs présentes déclarations sincères et véritables, 
se sont retirez. 



Cejourd'huy samedy quatorzième jour de may, 
en présence de nous est comparue Angélique Renée 
Millot, femme d'Antoine de La Rue, laquelle, après 
avoir fait le serment accoutumé de dire pure et 
simple vérité, a déclaré que ledit Antoine de La 
Rue, son mary, non content de la maltraiter et de 
la battre, et outre cela de s'accoupler journellement 
avec une cavalle, ce qu'il faut qu'elle complaignante 
souffre sans oser se plaindre, ce néanmoins ledit 
de La Rue l'auroit sollicitée et vivement pressée, 
et même violentée, de se laisser connoître char- 
nellement contre nature, et d'une autre manière que 
la bien séance conjugale le permet ; ce que n'ayant 
jamais voulu souffrir, et même ayant voulu se 
séparer et coucher dans une chambre séparée, 
néanmoins ledit de La Rue l'auroit surprise une 
nuit endormie et auroit exécuté ses détestables 
desseins, ce que laditte complaignante n'avoit pu 
empêcher malgré ses cris, aucuns de ses voisins 
n'ayans garde de soupçonner ce qui en etoit ; pour- 
quoy requeroit laditte Angélique Renée Millot, 
pour le repos et sûreté de sa conscience, de la 
séparer de corps et de biens dudit Antoine de La 
Rue, son mary. 



ANTOINE DE LA RUE 185 



Cejourd'huy vendredy vingtième jour du mois de 
may, fut amené pardevant nous Antoine de La Rue, 
auquel avons fait faire lecture tant du procès ver- 
bal, de l'interrogatoire et réponses faites par luy 
accusé, et aussi des témoignages, dépositions et 
déclarations faites pardevant nous ; ensuite dequoy 
avons demandé audit Antoine de La Rue s'il avoit 
et pouvoit fournir des deffenses aux accusations 
sus alléguées, lequel nous auroit repondu que quand 
auxdits témoignages et déclarations des nommez 
Bellaumere, Pardiat et Belle Humeur, qu'ils etoient 
entièrement faux et calomnieux, et que pour ce qui 
concernoit laditte Angélique Renée Millot qu'elle 
a tort de dire qu'il ait jamais voulu en user avec 
elle d'une autre façon que les lois du mariage le 
peuvent permettre ; qu'il est bien vray que la soup- 
çonnant fort d'être amie de Pardiat, son compère, 
il luy ayoit deffendu de le voir, ce que ne voulant 
point faire, il avoit été obligé de luy donner quel- 
quefois des coups de bâtons, mais qu'au reste son 
témoignage ne peut luy nuire, attendu qu'elle est 
une putain, et que cette affaire est concertée avec 
ledit Pardiat, apotiquaire, son amant; après lesquels 
confrontations et interrogatoires, ledit Antoine de 
La Rue a été reconduit en prison. 



l86 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Nous, Georges Fermelhore, licencié es lois, juge 
et bailly de Montpensier,... vu... les dépositions, 
témoignages et déclarations faites aussy en notre 
présence le mercredy premier jour du présent mois 
de juin par Martine Geneviève Hilaire, veuve de 
Jacques Picart, dit Lolive ; 

La confrontation faite le samedy quatrième jour 
de juin de laditte Angélique Renée Millot, femme 
dudit accusé, et de la susnommée Martine Gene- 
viève Hilaire; 

Les aveus et confessions dudit Antoine de La 
Rue, en datte du lundy six juin ; 

Avons déclaré et déclarons ledit Antoine de La 
Rue bien et duement atteint et convaincu d'avoir 
eu habitation charnelle, journalière et détestable 
avec une jument blanche mentionnée au procès, et 
en outre d'avoir forcé, violenté et eu connoissance 
charnelle, contre nature et les devoirs et bienséance 
du mariage, avec la nommée Angélique Renée 
Millot, sa femme, pour réparations desquels crimes 
et cas énormes et scandaleux avons condamné ledit 
de La Rue à être pendu et étranglé à une potence 
qui sera pour cet effet dressée dans la place et mar- 
ché de Montpensier; quoy fait, son corps et celuy 
de laditte jument blanche, préalablement assommée 
par l'Exécuteur de la haute justice, jettez, ars et 



ANTOINE DE LA RUE 187 



brûlez dans un feu allumé pour ce au pied de laditte 
potence, et leurs cendres semées au vent; décla- 
rons en outre tous et chacun les biens appartenans 
audit Antoine de la Rue séquestrez entre les mains 
du Roy et justice, pour par nous en être ordonné 
ainsi qu'il appartiendra et que de raison, sans pré- 
judice néanmoins des droits, actions, reprises et 
prétentions de laditte Angélique Renée Millot et 
de la demande portée par sa requête; sur lesquels 
biens sera prise et prélevée des àpresent la somme 
de cent livres d'amende envers le Roy. Donné par 
nous, susdit bailly de Montpensier, ce mercredy 
vingt deuxième jour de juin mil six cent vingt 
deux. 



Cette sentence a été confirmée purement et sim- 
plement par la Cour, le 3 août 1622. 



PROCES CRIMINEL 
DE TOUSSAINT BOUDIER 

ACCUSÉ DE SODOMfE 
ET d'habitation CHARNELLE AVEC UNE ASNESSE. 

19'' aoust 1623. 

Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le juge de Béthiay à l'encontre de 
Toussaint Boudier, garçon chirurgien, demeurant 
audit lieu de Béthiay, accusé d'avoir connu char- 
nellement et contre nature plusieurs personnes, et 
encore de copulation et habitation détestable avec 
une asnesse ; 

Le procès verbal fait le mercredy trente unième 
jour de may mil six cent vingt trois, pardevant le- 
dit juge, par les nommez Jules Bougeran, Suisse de 
nation, et Conrard Trettembach, aussi suisse de 
nation, soy complaignans à l'encontre dudit Tous- 
saint Boudier, ledit Jules Bougeran père de Leopold 
Jean Bougeran, violé et connu charnellement par 
force et violence par ledit Toussaint Boudier ; et 
ledit Trettembach, oncle dudit Léopold Jean Bou- 
geran ; 

L'ordonnance donnée par ledit juge, portant décret 



TOUSSAINT BOUDIER 189 



de prise de corps contre ledit Toussaint Boudier, et 
l'emprisonnement dudit Toussaint Boudier fait le 
jeudy premier jour de juin ; 

Les dépositions, témoignages, charges et décla- 
rations faites le samedy troisième jour dudit mois, 
pardevant ledit juge, par les nommez Jean Guerin, 
charpentier; Henry Garraux, dit Sallebrayes, cor- 
donnier ; Adrien Aponilh, compagnon masson ; et 
Jean Le Fevre de Boughiem, gagnedeniers, conte- 
nant les accusations contre ledit Toussaint Boudier 
de copulation et habitation charnelle avec une 
asnesse ; 

La requête présentée par les nommez Julles Bou- 
geran et Conrad Trettembach, pour et au nom de 
Leopold Jean Bougeran, leur fils et neveu, laditte 
requête présentée le vendredy neuvième dudit mois 
et tendante à ce qu'en adhérant aux dépositions 
desdits Jean Guerin, Henry Garraux de Sallebrayes, 
Adrien Aponilh et Jean Le Fevre de Boughiem, qui 
prouvent invinciblement les débauches et crimes 
horribles dudit Boudier, il soit fait droit sur le tout; 

La requête présentée par ledit Toussaint Boudier, 
le mardy treizième iour dudit mois, tendante à ce 
que, sans avoir égard aux demandes et plaintes des- 
dits Bougeran et Trettembach, ledit Leopold Jean 
Bougeran soit interrogé, pour connoitre la vérité 
du fait ; 

La requête présentée, le jeudy quinzième dudit 
mois, par lesdits Bougeran et Trettembach, tendante 



190 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



à ce que ledit Leopold Jean Bougeran soit examiné 
par experts, pour connoitre la violence et force 
envers luy commise par ledit accusé ; 

L'interrogatoire fait par ledit juge, le samedy dix 
neuvième dudit mois, audit Leopold Jean Bou- 
geran ; 

La sentence rendue par ledit juge, le lundy vingt 
et un, par laquelle le nommé Othon Hanelmeheim, 
chirurgien juré, est commis et nommé pour visiter 
ledit Leopold Jean Bougeran ; 

Le procès verbal et rapport fait par ledit Othon 
Hanelmeheim, expert nommé d'office, lequel, après 
avoir visité et soigneusement examiné ledit Leopold 
Jean Bougeran, a déclaré que ledit complaignant 
avait été connu par force et violence, et d'une façon 
détestable, contre nature ; ledit rapport et procès 
verbal en datte dumercredy vingt troisième juin ; 

La requête présentée par Isaac Jeremie Blanchard, 
chirurgien, le jeudy premier jour de juillet, ten- 
dante à ce qu'au cas que le nommé Toussaint Bou- 
dier soit atteint et convaincu- des crimes à luy 
imputés, et que consequemment il soit brûlé avec 
l'asnesse complice dudit délit, il soit pris et prélevé 
sur les biens dudit Boudier la somme de trente six 
livres, pour le prix et somme à laquelle est montée 
l'achat de laditte asnesse appartenant au suppliant ; 

Les aveux et confessions faites le samedy dixième 
juillet par ledit Boudier; 

La sentence rendue par le juge de Bethiay, par 



TOUSSAINT BOUDIER 191 



laquelle ledit Toussaint Boudier est déclaré due- 
ment atteint et convaincu d'avoir commis acte de 
sodomie en la personne de Leopold Jean Bouge- 
ran, et encore d'avoir eu copulation charnelle et 
détestable avec une asnesse ; et en conséquence 
condamné à être pendu et étranglé à une potence 
plantée au milieu du marché dudit Bethiay,etladitte 
asnesse aussy pareillement pendue et étranglée à 
laditte potence ; quoy fait, leurs corps jettes au feu 
et les cendres semées au vent ; déclare en outre 
laditte sentence tous et un chacun les biens dudit 
Boudier acquis et confisquez au profit de qui il 
appartiendra ; sur lesquels néanmoins pris et pré- 
levée la somme de dix livres d'amende envers le 
Roy, celle de trois cents livres de dommages et 
intérests envers ledit Leopold Jean Bougeran, et 
celle de trente six livres pour le prix et somme de 
la valeur de laditte asnesse mentionnée audit procès, 
laquelle somme de trente six livres sera remise au 
nommé Isaac Jeremie Blanchard, chirurgien au ser- 
vice duquel etoit ledit Toussaint Boudier, et pro- 
priétaire de laditte asnesse. Laditte sentence en datte 
du jeudy dix septième juillet; 

L'appel interjette par ledit Toussaint Boudier, et 
généralement toutes les pièces dudit procès ; ouy 
sur ce le Procureur gênerai du Roy en ses conclu- 
sions, et tout considéré ; 

La Cour a mis et met à néant l'appel interjette par 
ledit Toussaint Boudier à la sentence rendue contre 



192 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



luy, laquelle sera exécutée ; amendant laditte sen- 
tence, ordonne laditte Cour quel'asnesse mentionnée 
au procès sera assommée au pied de la potence. Fait 
à Paris en Parlement le dix neuvième jour du mois 
d'aoust, Tan de grâce mil six cent vingt trois. 




GORILLE 



Frémiet (Muséum, Paris) 



PROCÈS CRIMINEL DE JEAN PERIER 

ACCUSÉ DE SODOMIE 

ET DE BESTIALITÉ AVEC UNE MULLE. 

4^^ juin 1624. 

Veu par la Cour le procès criminel fait à la requête, 
poursuite et diligence du substitut du Procureur 
gênerai du Roy au siège de Chef-Boutonne, à ren- 
contre de Jean Perier, garçon au service d'André 
Pradeau, hotellier, ledit Perier accusé de sodomie 
et de bestialité avec une mulle et beste asine ; 

Le procès verbal fait pardevant le juge de Chef- 
Boutonne, le mardy sixième jour de May dernier, 
par les nommés Raoul de Beausejour, Exempt et 
chef de la Brigade de Poitiers, assisté et accompagné 
de Jean Beausire de Mimont, Louis Alexis des Ro- 
siers, Gilles Antoine Pironnay, et Mathieu de La 
Breaudiere, archers et cavaliers de laditte Bri- 
gade ' 

Les témoignages, charges et dépositions faites 
lesdits jour et an,parlesdits de Beausejour, Bausire, 
de Mimont, des Rosiers, Pirronay, et de La Breau- 
diere, après le serment accoutumé par eux préala- 
blement fait de dire pure et entière vérité ; 

L'interrogatoire fait ledit jour sixième dudit 

u 



194 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



mois par le juge audit Jean Perier, contenant les 
deffenses et dénégations dudit accusé ; 

Les témoignages, charges, dépositions et décla- 
rations faites en présence dudit juge le samedy 
dixième jour dudit mois de may, par les nommez 
Ambroise de La Porte, fermier de la ferme de 
Grosnay , appartenante à Monsieur de Tracy-Billaire, 
Conseiller, Secrétaire du Roy Maison et Couronne 
de France, et de ses finances en la généralité de 
Poitiers ; ledit Ambroise de La Porte parrain dudit 
Jean Perier, accusé ; Michel Gadasse, serrurier au- 
dit Bourg de Chef-Boutonne ; et Geneviève Antoi- 
nette Lefort, veuve de Joseph Tyronet, labou- 
reur; 

La requête présentée pardevant ledit juge, le lundy 
douzième jour dudit mois, par ledit Jean Perier, 
tendante à ce qu'ayant égard aux dépositions, 
témoignages et déclarations faites le samedy précè- 
dent par ledit Ambroise de La Porte, ledit suppliant 
soit déchargé de toutes accusations ; 

La requête présentée le mardy treizième jour 
dudit mois, par Aufroy Le Riche, vigneron, et 
Jeanne Le Court, sa femme, pour et au nom de 
Girard Le Riche, leur fils, tendante à ce que, 
attendu que ledit Jean Perier a abusé et séduit ledit 
Girard Le Riche, âgé seulement d'onze ans, et 
commis avec lui copulation charnelle et sodomie 
détestable, ledit accusé soit condamné, outre la 
peine corporelle, à payer aux supplians telle 



JEAN PERIER 195 



somme qu'il plairoit d'ordonner, pour dommages 
et interests ; 

La confrontation faite en présence dudit juge, de 
la personne dudit Jean Perier, accusé, et desdits 
Raoul de Beauséjour, Jean Beaussire de Mimont, 
Louis Alexis des Rosiers, Gilles Antoine Pirronay, 
Mathieu de La Breaudiere, Ambroise de La Porte, 
Michel Gadasse, Geneviève Antoinette Le Fort 
veuve de Joseph Tyronet, Auffroy Le Riche, Jeanne 
Le Court sa femme, et Girard Le Riche leur fils, 
témoins et accusateurs ; lesquels témoins ont per- 
sisté dans leurs témoignages et dépositions, et ledit 
Perier en ses dénégations et deffenses ; laditte con- 
frontation faite le mercredy quatrième jour dudit 
mois; 

La sentence rendue, le samedy dix septième jour 
dudit mois, portant condamnation contre ledit Jean 
Perier ; 

L'acte d'appel interjette au nom dudit Perier, et 
généralement toutes les pièces dudit procès ; ouy 
sur ce le Procureur gênerai du Roy en ses conclu- 
sions, et tout considéré ; 

La Cour a mis et met à néant l'appel interjette au 
nom de Jean Perier de la sentence rendue par le 
juge de Chef-Boutonne ; ordonne qu'elle sera exé- 
cutée selon sa forme et teneur, et en conséquence 
déclare ledit Jean Perier duement atteint et con- 
vaincu d'avoir commis acte de sodomie avec le 
nommé Girard Le Riche, âgé d'onze ans etdemy, et 



196 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



aussi d'avoir eu habitation charnelle et détestable 
avec une musle et beste asine ; pour réparation des- 
quels crimes et cas énormes, ordonne laditte Cour 
que ledit Jean Perier sera pendu et étranglé à une 
potence qui sera pour cet effet dressée dans la place 
et halles de Chef-Boutonne ; quoy fait, son corps et 
celuy de la mulle avec laquelle il a commis ledit 
crime et délit, préalablement étranglée, jettez dans 
un feu qui sera allumé auprès de laditte potence, et 
les cendres mêlées ensemble et semées au vent ; 
déclare en outre la Cour tous et un chacun des biens 
dudit Jean Perier acquis et confisqués au profit de 
Sa Majesté, sur lesquels sera néanmoins prise et 
prélevée la somme de cent livres d'amende envers 
ledit seigneur Roy, et pour le surplus des demandes 
portées par la requeste desdits Auffroy Le Riche et 
Jeanne Le Court, pour et au nom de Girard Le 
Riche, leur fils, et leurs demandes en dommages et 
interests, laditte Cour les a deboutté des fins de 
laditte requête ; ordonne aux dits Le Riche et sa 
femme de veiller mieux sur la conduite dudit 
Girard Le Riche, leur fils. Fait à Paris en Parle- 
ment, ce quatrième jour du mois de juin, l'an de 
grâce mil six cent vingt quatre. 



PROCES CRIMINEL DE AMBROISE VERNART 

ACCUSÉ DE VIOL AVEC SACRILEGE, 

ET DE BESTIALITÉ AVEC UNE CAVALLE 

10*^ juin 1624. 

L'an mil six cent vingt quatre, le samedy dou- 
zième jour du mois d'avril, en présence et pardevant 
nous, Bailly de Bonnestable, fut amené et conduit 
par Robert Estienne Du Moulin, Exempt et chef de 
la brigade de la Maréchaussée de Vendosme, 
accompagné de Romain Du Tuplet, Mire Le Bel, 
André Riffart, et Ardillon Granger, dit La Fleur, 
archers et cavaliers de laditte brigade, un quidam 
vêtu de drap rouge, que lesdits Exempt et archers 
susnommez auroient certifié et témoigné avoir sur- 
pris en copulation charnelle avec une femme dans 
l'Eglise du présent lieu de Bonnestable, lequel qui- 
dam ils avoient amenez, à la requête de plusieurs 
particuliers qui se sont trouvez dans laditte Eglise, 
et de la femme avec laquelle il etoit en copulation 
charnelle, qui assura et protesta que ledit quidam 
l'avoit prise et violée par force; auquel quidam 
aurions fait les demandes suivantes : 

Interrogé quel nom il avoit, a repondu être 
appelle Ambroise Vernart. 



198 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Interrogé quel etoit son employ et profession, a 
repondu qu'il etoit charpentier. 

Interrogé quel âge il avoit, a repondu qu'il avoit 
quarante ans. 

Interrogé dequel païs il etoit, a repondu qu'il etoit 
du Mans. 

Interrogé s'il connoissoit la femme avec laquelle 
on Tavoit trouvé en copulation charnelle, a repondu 
que non et a nié l'avoir connu charnellement, après 
lesquels interrogatoires ledit Ambroise Vernart a 
été reconduit en prison. 



Cejourd'huy lundy quatorzième jour du mois 
d'avril est comparu pardevant nous une quidamme 
vêtue d'un just rouge et un jupon bleu, laquelle 
nous a déclaré être appelée Marie Tranchet, et être 
veuve d'Hugues Babu, cordonnier, laquelle com- 
plaignante auroit dit que samedy dernier à huit 
heures du matin étant à l'Eglise où elle se seroit 
endormie, un quidam vêtu de drap rouge et âgé 
d'environ quarante à quarante cinq ans, seroit venu 
auprès d'elle et se seroit mis en devoir de coucher 
avec elle ; que s'etant reveillée elle s'etoit mise à 
crier et à représenter audit quidam la sainteté du 
lieu où ils etoient, mais que malgré ses remon- 
trances et toute la résistance qu'elle avoit pu faire, 
ledit quidam avoit accompli sa volonté, tant qu'en- 



AMBROISE VERNART I99 



fin par ses cris quelques personnes etoient venues 
dans laditte Eglise et auroient fait prendre ledit 
quidam par la Maréchaussée, surquoy sçachant que 
ledit quidam avoit été par nous constitué prison- 
nier, elle requeroit de nous justice, avec dépens, 
dommages et interests, après quoy laditte Marie 
Trancliet s'est retirée. 



Cejourd'huy mercrpdy seizième jour du mois 
d'avril, sont comparus pardevant nous les témoins 
cy après nommez, lesquels, après avoir fait le ser- 
ment accoutumé de dire pure et entière vérité, ont 
déclaré ce qui suit : 

RaynoLOnd de Villefort, maitre apotiquaire dudit 
lieu de Bonnestable, a déclaré qu'il sçavoit, et que 
ledit Ambroise Vernart avoit achetté une cavalle, 
laquelle lui servoit de concubine, et avec qui il 
avoit copulation charnelle, journalière et habi- 
tuelle. 

Mathias Bureau, mercier roulant, demeurant 
ordinairement à Bonnestable, a déclaré la même 
chose que Raymond de Villefort. 

Emery Bondolle, épicier, a déclaré les mêmes 
choses que les deux susnommez. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires, les- 
dits témoins se sont retirez. 



200 LES PROCES DE BESTIALITE 



Le samedy douzième jour du mois de may, en 
présence de nous fut amené le nommé Ambroise 
Vernart, détenu prisonnier, auquel avons fait faire 
lecture tant du procès verbal et des dépositions des 
nommez Robert Etienne Du Moulin, Romain du 
Tuplet, Mire Le Bel, André Riffart et Ardillon 
Granger dit Lafleur, que de la plainte formée par 
Marie Tranchet et des dépositions de Raymond de 
Villefort, Mathias Bureau et Emery De Bondolle, 
lesquels témoins, présent ledit Ambroise Vernart, 
accusé, ont persisté dans leurs dittes déclarations 
et témoignages, comme aussi ledit Vernart en ses 
deffenses et dénégations ; surquoy lesdits témoins 
retirez, ledit Vernart a été par notre ordre reconduit 
en prison. 



Nous, André Simon de Magny, Licencié es Lois, 
Bailly de cette ville de Bonnestable, vues... les 
aveux et confessions faites par ledit Ambroise Ver- 
nart, avons déclaré et déclarons ledit Ambroise 
Vernart bien et duement atteint et convaincu d'avoir 
violé et forcé avec sacrilège et dans l'Eglise la 
nommée Marie Tranchet, et encore d'avoir eu 
copulation et habitation charnelle avec une cavalle ; 



AMBROISE VERNART 201 



pour réparation desquels cas et crimes énormes 
ordonnons que ledit Ambroise Vernart sera con- 
duit nue tête, pieds nus la torche de cire jaune au 
poing du poids de deux livres, devant laditte Eglise 
et paroisse principale de Bonnestable, et là dira et 
déclarera à haute et intelligible voix que mécham- 
ment il avoit proféré les blasphèmes et impietez 
mentionnez au procès, et commis ledit crime et 
sacrilège dont il se repent et demande très humble- 
ment pardon à Dieu, au Roy et à la justice ; ensuite 
dequoy le poing dudit accusé sera coupé par l'Exé- 
cuteur de la haute justice, devant laditte Eglise ; 
quoy fait sera ledit Vernart pendu et étranglé à une 
potence qui sera pour cet effet dressée dans la place 
devant laditte Eglise, et ensuitte son corps jette au 
feu avec celuy de la cavalle préalablement assom- 
mée par ledit Exécuteur, et leurs cendres jettées au 
vent; déclare en outre tous et chacun les biens 
dudit Ambroise Vernart acquis et confisqués au 
Roy, sur lesquels sera prélevée la somme de cent 
livres d'amende envers ledit seigneur Roy, et celle 
de cent cinquante livres, laquelle sera délivrée à 
laditte Marie Tranchet par forme et manière de 
dommages et interests. Donné par nous, Bailly sus- 
dit, le vendredy dix-huitieme jour de may. 



Cet arrêt a été confirmé purement et simplement 
par le Parlement, le lojuin 1624. 



PROCES CRIMINEL DE CHARLES BASSE 

ACCUSÉ DE COPULATION CHARNELLE 

AVEC UNE ASNESSE 

29 novembre 1624. 

Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le Bailly de Corbie, à la requête, 
diligence et poursuite du substitut du Procureur 
gênerai du Roy audit siège, demandeur et accusa- 
teur, à rencontre de Charles Basse, marchand bou- 
cher, habitant audit lieu de Corbie, deffendeur et 
accusé de bestialité et copulation charnelle avec une 
asnesse mentionnée audit procès ; 

La requête présentée audit bailliage de Corbie par 
Adrien Tourmente, garçon boucher, et Michel de 
Mallefaix, aussi garçon boucher, tendante à ce qu'il 
soit par ledit substitut informé que ledit Charles 
Basse avoit achetté depuis la mort de sa femme une 
asnesse avec laquelle il habitoit charnellement et 
journellement ; 

L'interrogatoire fait audit Charles Basse après la 
lecture à luy faite de la requête susditte ; 

Les dépositions, déclarations et témoignages des- 
dits Adrien Tourmente et Michel de Mallefaix ; 

Les dépositions, déclarations et témoignages ren- 



CHARLES BASSE 203 



dus pardevant ledit juge par Jeanne Mondetour, 
femme dudit Adrien Tourmente, et Elisabeth 
Coyanne, veuve de Claude Bergois, laditte Coyanne 
servante dudit Charles Basse ; 

La sentence rendue le huitième jour du mois d'oc- 
tobre par ledit Bailly de Corbie, portant condam- 
nation contre ledit Charles Basse ; 

L'appel interjette par ledit Charles Basse et géné- 
ralement toutes les pièces dudit procès ; ouy sur ce 
le Procureur gênerai du Roy en ses conclusions, et 
tout considéré ; 

La Cour a mis et met à néant l'appel interjette 
par ledit Charles Basse, en conséquence, déclare 
ledit Charles Basse bien et duement convaincu 
d'habitation charnelle, détestable et contre nature 
avec une asnesse mentionnée audit procès ; pour 
raison dequoy et réparation desquels cas et crimes 
énormes, ordonne que laditte sentence sera exécutée 
selon sa forme et teneur et que ledit Charles Basse 
sera pendu et étranglé à une potence qui sera pour 
cet effet dressée dans la grande place et halles de 
laditte ville de Corbie ; quoy fait, son corps et celuy 
de laditte asnesse avec lequel il a commis ledit crime 
et délit, préalablement assommée par l'Exécuteur de 
la haute justice, jettez dans un feu qui sera allumé 
au pied de laditte potence, et leurs cendres mêlées 
ensemble, jettées et semées au vent; déclare en 
outre tous et un chacun les biens appartenant audit 
Charles Basse acquis et confisqués au profit du sei- 



204 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



gneur Roy, sur lesquels, en cas que confiscation 
n'ait pas lieu, sera néanmoins prise et prélevée la 
somme de cinq cent livres d'amende envers ledit 
seigneur Roy. Fait à Paris, en Parlement, cejourd'huy 
vingt neuvième jour du mois de novembre, l'an de 
grâce mil six cent vingt quatre. 



PROCES CRIMINEL DE JEAN COCHON 

ACCUSÉ DU CRIME DE BESTIALITÉ 
iS'^ décembre 1647. 



Veu par la Cour le procès criminel fait pardevant 
le juge et Bailly de la Rocheguyon à rencontre de 
Jean Cochon, garçon jardinier audit lieu, accusé 
d'avoir eu habitation et copulation charnelle avec 
une jument ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit juge par Mi- 
chel André Baron, Exempt et chef de la Brigade 
et Maréchaussée de Mante, RanelFluchetête,Minos 
Hamonnet, Barthélémy Vernon, et Jean Joseph de 
Corbie, archers et cavaliers de laditte maréchaussée, 
en datte du lundy quinzième jour du mois d'octobre, 
mil six cent quarante sept ; 

L'interrogatoire fait par ledit juge, le mardy sei- 
zième duditmois d'octobre, audit Jean Cochon; ledit 
interrogatoire contenant les deffenses et dénégations 
dudit Jean Cochon; 

Les dépositions, témoignages et informations 
faites le samedy vingtième jour dudit mois, en pré- 
sence dudit Bailly, par Toussaint Perrinelle, hôte- 
lier dudit lieu, Marc Antoine Durand, tonnellier, et 
Denis Alexandre Quette, garçon tonnellier ; 



206 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



La sentence dudit juge portant qu'il sera plus 
amplement informé touchant le crime dudit Cochon, 
et cependant sera elargy, laditte sentence en datte 
du vingt cinquième jour dudit mois ; 

Autre sentance dudit juge, en datte du troisième 
novembre, portant que la cavalle mentionnée au 
procès seroit amenée et représentée devant lesdits 
Toussaint Perrinelle, Marc Antoine Durand et Denis 
Alexandre Quette, pour par eux être reconnu si 
c'était celle que ledit Jean Cochon conduisoit et 
avec laquelle ils témoignent l'avoir trouvé en copu- 
lation charnelle et détestable dans le bois de Ruare ; 

La confrontation faite le quinzième jour du mois 
de décembre desdits Jean Cochon, et des susnommez 
Michel André Baron, Fluchette, Ilamonnet, Vernon, 
de Corbie, Perrinelle, Durand et Quette ; 

L'appel a minima interjette par le procureur fiscal 
audit lieu des sentences du Bailly en datte des vingt 
cinquième octobre et troisième novembre au nom 
dudit Jean Cochon, et généralement toutes les piè- 
ces, circonstances et dépendances dudit procès; ouy 
sur ce le Procureur gênerai du Roy en ses conclu- 
sions, et tout considéré ; 

La Cour a mis et met à néant l'appel interjette au 
nom dudit Jean Cochon des sentences rendues par 
ledit Bailly de la Rocheguyon les vingt cinquième 
octobre et troisième novembre ; déclare ledit Jean 
Cochon duement atteint et convaincu d'avoir habité 
charnellement et detestablement avec la cavalle 



JEAN COCHON 207 



mentionnée audit procès ; pour raison dequoy et 
réparation desquels cas et crimes contre nature, 
ordonne que ledit Jean Cochon sera pendu et 
étranglé à une potence qui sera pour cet effet plantée 
dans la halle et marché dudit Bourg de la Roche- 
guyon ; quoy fait, son corps et celay de laditte 
Cavalle, préalablement assommée par l'Exécuteur 
de la haute justice, jettes dans un feu qui sera allumé 
au pied de laditte potence, et leurs cendres jettées 
et semées au vent ; déclare en outre tous et chacun 
des biens appartenant audit Jean Cochon acquis et 
confisqués au profit de qui il appartiendra, sur les- 
quels néanmoins sera prise et prélevée la somme de 
trois livres d'amende envers le Roy, et celle de 
soixante et seize livres pour le prix et valeur de 
laditte cavalle, laquelle somme de soixante et seize 
livres sera délivrée et remise à R G pro- 
priétaire de laditte Cavalle ; pour l'exécution des- 
quelles sentences la Cour renvoyé ledit Jean Cochon 
prisonnier pardevers ledit Bailly. Fait à Paris en 
Parlement, cejourd'huy dix huitième jour du mois 
de décembre, l'an de grâce mil six cent quarente 
sept. 



PROCES CRIMINEL DE PIERRE FONTAINE 

ACCUSÉ DE SACRILÈGE ET DE BESTIALITÉ 
30 janvier 1652. 

Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait et intenté pardevant le juge de La Rocheguyon 
à rencontre de Pierre Fontaine, vigneron audit lieu, 
accusé de sacrilège commis et de bestialité et copu- 
lation charnelle avec une mulle et beste asine; 

Le procès verbal fait pardevant ledit Juge le jeudy 
premier jour de décembre mil six cent cinquante un 
par Maurice Albert Trottemenu, laboureur, et 
Alexandre Trabonnay, gagne deniers, soy complai- 
gnans dudit Pierre Fontaine, lequel ils accusent 
d'avoir ensorcelé une vache appartenante audit 
Trottemenu, de laquelle ils requerent visite et infor- 
mation ; 

L'ordonnance donnée par ledit juge, enjoignant k 
Pierre Huillier et Thomas Poncire d'examiner et 
informer du mal inconnu survenu depuis quelques 
jours à laditte vache ; 

Le rapport, examen et information faites par les- 
dits Huillier et Poncire, le lundy cinquième jour 
dudit mois, par laquelle ils déclarent que laditte 
vache étant enflée extraordinairement, et rendant 



PIERRE FONTAINE 209 



des vers au lieu de lait, ne peut être atteinte d'une 
maladie ordinaire, mais au contraire a été mechament 
et malicieusement ensorcelée ; 

Les dépositions, témoignages et déclarations fai- 
tes le mercredi septième jour de décembre par 
Thierr}^ Dubois, cardeur de laine, Georges Lazauret, 
valet chartier d'Antoine Trobelle, fermier de Mon- 
seigneur le Prince de La Rocheguyon, lesquels 
témoins accusent Pierre Fontaine d'avoir, la nuit du 
trentième novembre dernier, entré dans Tecurie du- 
dit Maurice Albert Trottemenu, et s'etant approché 
de la vache dudit Trottemenu, il luy avoit donné 
un coup de poing sur le front, et qu'aussitôt laditte 
vache avoit mugi effroyablement et s'etoit débattue 
toute la nuit, et que le lendemain premier décembre 
laditte vache avoit parue extraordinairement enflée, 
et qu'au lieu de lait elle rendoit des vers lors qu'on 
la trayoit; 

L'interrogatoire fait le vendredy neuvième jour 
dudit mois de décembre audit Pierre Fontaine, 
accusé ; 

Les dépositions de Marie Granville, veuve de 
Robert Pillot, marchand mercier roullant, premier 
témoin, laquelle a déclaré que ledit Pierre Fontaine 
avoit avoué et confessé que le diable luy avoit 
donné le pouvoir de faire ce qu'il voudroit, à con- 
dition que tous les lundis il iroit dans l'Eglise de 
La Rocheguyon, et là il renieroit et blasphemeroit 
le saint nom de Dieu et la très sainte vierge Marie, 



2IO LES PROCES DE BESTIALITE 



et encore qu'il feroit vœu de ne se jamais marier, 
ni connoitre aucune femme, mais seulement une 
mule et bête asine, que ledit esprit malin luy avoit 
donné {sic) ; comme aussi ledit Pierre Fontaine 
avoit promis de ne point jamais prendre d'eau 
bénite, ni faire le signe de la croix qu'à l'envers et 
en dérision ; Lucrèce Millepoix, fille majeure, 
second témoin, a déclaré que ledit Pierre Fontaine 
luy avoit avoué la plus grande partie de tout ce que 
laditte Marie Granville venoit de déclarer, et encore 
qu'il s'etoit préparé et avoit promis et juré au 
diable de luy faire offrir un sacrifice dans laditte 
Eglise, en haine et detestation de notre Sauveur; 
Germain Nourissot, jardinier, troisième témoin, a 
déclaré que ledit Pierre Fontaine avoit chez luy une 
mule,, laquelle il connoissoit charnellement, et avec 
laquelle il habitoit comme avec une femme. 

La confrontation faite par ledit juge dudit Pierre 
Fontaine et desdits témoins et accusateurs, le jeudy 
douzième jour dudit mois ; 

La sentence rendue par le Bailly le jeudy vingt 
deuxième jour de décembre, par laquelle ledit 
Pierre Fontaine est déclaré atteint et convaincu 
d'avoir usé de sortilèges, blasphèmes et autres 
crimes horribles ; et en outre d'avoir eu copulation 
et habitation charnelle avec une mule et beste 
asine ; en conséquence ordonne laditte sentence, et 
pour réparation desdits crimes et cas étranges, que 
ledit Pierre Fontaine seroit conduit et mené devant 



PIERRE FONTAINE 211 



la grande Eglise de La Rocheguyon, et là la torche 
au poing du poids de deux livres, il diroit et decla- 
reroit à haute et intelligible voix que mechament, 
malicieusement et malheureusement, il a commis 
et perpétré les faits mentionnez au présent procès ; 
quoy fait ledit Pierre Fontaine seroit pendu et 
étranglé à une potence, son corps et celuy de la 
mule avec laquelle il a commis ledit délit, préala- 
blement assommée, brûlés à un feu allumé auprès 
de laditte potence, et leurs cendres jettées au vent ; 
déclare laditte sentence tous et chacun des biens 
appartenans audit Pierre Fontaine acquis et confis- 
qués au profit de qui il appartiendroit, sur lesquels 
néanmoins seroit prise et prélevée la somme de 
soixante livres pour le prix et valeur de la vache 
maleficiée par ledit Pierre Fontaine, laquelle somme 
de soixante livres seroit remise au nommé Maurice 
Albert Trottemenu ; 

L'appel interjette à laditte sentence au nom dudit 
Pierre Fontaine, et généralement toutes les pièces, 
circonstances et dépendances dudit procès ; 

Vu aussi l'interrogatoire fait par maitre René Le 
Boult, conseiller en cette Cour, commissaire rap- 
porteur dudit procès ; 

La Cour a mis et met à néant l'appel interjette au 
nom de Pierre Fontaine de la sentence rendue par 
le juge de La Rocheguyon; ordonne que laditte 
sentence sera exécutée selon sa forme et sa teneur, 
pour laquelle exécution et du présent arrest, ren- 



212 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



voye laditte Cour ledit Pierre Fontaine, prisonnier 
es prisons de la Conciergerie, pardevers ledit 
bailly de La Rocheguyon. Fait à Paris en Parlement 
cejourd'huy trentième jour du mois de janvier, 
l'an de grâce mil six cent cinquante deux. 



PROCES CRIMINEL 
DE CHARLES CHAMBERY 

ACCUSÉ DE SODOMIE ET DE BESTIALITÉ 

27 juillet 1666. 

Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le juge et Bailly de Montgacon à 
rencontre de Charles Chambery, savoyard de 
nation, accusé de sodomie et de bestialité avec une 
asnesse, et encore de crime contre nature avec une 
fille de neuf ans ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit juge le lundy 
douzième jour de juin mil six cent soixante et six, 
par Jeremie Bourot, premier témoin ; Mathieu de 
Pierre Latte, gagne deniers, second témoin; Jean 
Baptiste Ozouard, dit La Grande Fleur, soldat inva- 
lide, troisième témoin ; Elisabeth Martine Du Plan- 
tet, veuve de Maurice Edmond Baron, charpentier, 
quatrième témoin ; Raymond de Beaujoyeux, dit 
Lorange, gagne deniers, cinquième témoin ; Balta- 
zard Tempette, vigneron, sixième témoin ; accusans 
et chargeans ledit Charles Chambery, dit Le Grand 
Savoyard, d'avoir violé et connu charnellement et 
contre l'ordre de nature la nommée Esther Bourot, 
fille âgée de neuf ans et demie du susnommé 



214 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Jeremie Bourot et de deffunte Claudine Duplessis, 
sa femme ; lesquels témoins ont attestés et certifiés 
avoir, ledit jour lundy douzième jour du mois de 
juin, pris ledit Charles Chambery commettant ledit 
crime et délit ; 

Le décret ordonné par ledit juge contre ledit 
Charles Chambery, accusé, ledit jour douzième 
juin; 

L'interrogatoire fait audit Charles Chambery, 
accusé, le mercredy quatorzième dudit mois, con- 
tenant les dénégations et les deffenses dudit 
accusé ; 

Les dépositions, témoignages et déclarations 
faites pardevant ledit juge, le lundy vingt sixième 
jour de juin, par les nommez Etienne La Rivière et 
Gillette Trouvillain, accusans ledit Charles Cham- 
bery d'avoir eu copulation et habitation charnelle 
avec une asnesse ; 

La confrontation dudit Charles Chambery, accusé, 
et desdits Jeremie Bourot, Mathieu de Pierre Latte, 
Jean Baptiste Ozouard, Elisabeth Martine Plantel, 
veuve Baron, Raymond de Beaujoyeux, Balthazard 
Tempette, Esther Bourrot, Etienne de La Rivière et 
Gillette de Trouvillain, témoins et accusateurs ; 
laditte confrontation faite le mercredy vingt hui- 
tième jour dudit mois ; 

La sentence rendue par ledit juge de Montgacon, 
le vendredy trentième jour dudit mois, par laquelle 
ledit Charles Chambery est déclaré atteint et con- 



CHARLES CHAMBERY 215 



vaincu des crimes susdits, et en conséquence est 
condamné d'être pendu et étranglé à une potence, 
son corps jette ensuite au feu, avec celuy de l'as- 
nesse préalablement étranglée, et leurs cendres 
semées au vent ; 

Vu aussi le réquisitoire du Procureur gênerai du 
Roy, qui ayant pris connoissance dudit procès cri- 
minel et l'ayant vu de nouveau, se seroit porté 
appellant a minima de la susditte sentence ; 

Vues aussi les nouvelles procédures faites par 
ledit Procureur gênerai du Roy, les interrogatoires 
faits en la Cour auxdits Charles Chambery, accusé, 
et tesmoins susnommés; ouy sur ce le Procureur 
gênerai du Roy en ses conclusions, et tout consi- 
déré : 

La Cour a mis et met ledit appel et laditte sen- 
tence à néant ; déclare ledit Charles Chambery bien 
et duement atteint et convaincu de sodomie et 
crime contre nature par luy commis envers Esther 
Bourrot ; et encore d'avoir eu habitation et copula- 
tion charnelle avec une asnesse mentionnée audit 
procès; pour réparation desquels cas et crimes 
énormes, ordonne laditte Cour que ledit Charles 
Chambery sera conduit la torche au poing du poids 
de deux livres devant la grande Eglise de Montga- 
con, et là dira et déclarera à haute et intelligible 
voix que mechament, malicieusement et malheu- 
reusement il a commis lesdits crimes et délits ; 
quoy fait, ledit Charles Chambery sera attaché à un 



2l6 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



poteau planté pour cet effet dans laditte place, et là 
brûlé et consommé dans le feu qui y sera allumé, 
et ses cendres jettées au vent ; ordonne en outre que 
Tasnesse avec laquelle ledit Charles Chambery a 
eu habitation charnelle sera assommée par l'Exécu- 
teur de la haute justice et son corps jette à la 
voirie ; déclare en outre tous et chacun des biens 
appartenant audit Charles Chambery acquis et con- 
fisqués au profit de Sa Majesté, sur lesquels néan- 
moins sera prise et prélevée la somme de trois 
livres d'amende envers ledit seigneur Roy, et celle 
de mille livres, par forme de dommages et interests 
envers la susditte Esther Bourrot, laquelle somme 
de mille livres sera remise entre les mains de 
Jeremie Bourrot, pour en disposer au profit et 
avantage de laditte Esther Bourrot, sa fille ; et pour 
l'exécution du présent arrest, la Cour renvoyé ledit 
Charles Chambery prisonnier pardevers ledit juge 
et bailly de Montgacon. Fait en Parlement, cejour- 
d'huy vingt septième jour du mois de juillet, Tan 
de grâce mil six cent soixante et six. 



Au bas dudit arrest est un retentum portant que 
ledit Charles Chambery sera secrettement étranglé 
avant de sentir le feu. 



PROCES CRIMINEL DE CLAUDE FABRE 

ACCUSÉ DE SODOMIE ET DE BESTIALITÉ 
30 Mars 1667. 

Veu par la Cour de Parlement le procès criminel 
fait pardevant le Bailly de Vaudes à rencontre de 
Claude Fabre, tisseran, accusé de sodomie et de 
bestialité avec une asnesse ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit Bailly par 
les nommez Abraham Chassenoix, Exempt de la 
Maréchaussée, assisté et accompagné de Robert 
Montrieux, Guy Lafolie, Julyen Paylord et Henry 
Simon Le Grand, archers et cavaliers de laditte 
brigade, ledit procès verbal en datte du vendredy 
vingtième jour du mois de janvier mil six cent 
soixante sept ; ledit procès verbal contenant l'inter- 
rogatoire fait audit Claude Fabre ; 

Les dépositions, témoignages et déclarations 
faites pardevant ledit Bailly, le lundy treizième jour 
dudit mois, par les nommez Simon Bonapres, jar- 
nier, premier témoin ; Amauli*y Trigaud, marchand 
mercier rouland, second témoin, accusans et certi- 
fians contre ledit Claude Fabre ; 



2l8 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



L'interrogatoire fait audit Claude Fabre, le lundy 
sixième jour de février dernier ; 

La requête présentée audit Bailly, le jeudy neu- 
vième jour dudit mois, par Alaric du Tremble, 
soy complaignant pour Isaac du Tremble, son 
fils, laditte requête tendante à ce que ledit Claude 
Fabre soit condamné comme ayant abusé dudit Isaac 
du Tremble, lequel Isaac du Tremble ledit Alaric du 
Tremble supplioit de faire enfermer dans une maison 
de force ; 

L'interro^toire fait par ledit Bailly audit Claude 
Fabre le samedy Oiuzieme dudît mois de février; 

La confrontation faite par devant ledit Bailly 1-e 
jeudy seize de février dudit Claude Fabre et desdils 
SimonBonapres, Amaulry Trigand, Isabelle Colom- 
bay veuve Vigogne, Alaric du Tremble et Isaac dm 
Tremble ; 

La sentence rendue le mardy vingt et unième jour 
du^dit mois par ledit Bailly, porta-nt condammati'Oin 
con.tre ledit Claude Fabre, et ordonnant qu'il feroit 
amende hoiaorable la torche au poing du poids 
de deux livres devant la grande Eglise de Vaudes, 
et ensuite brûlé vif ; 

L'appel interjette ;de laditte sentence le même jour 
au nom dudit Claude Fabre et .généralement toutes 
les pièces, circonstances et dépendances dudit pro- 
cès^ ouy aussy sur ce .et vues les oonclusions du 
Procureair geïi<eral du Roy et tout considéré ; 

La Cour a mis et met a néant l'appel interjette au 



CLAUDE FABRE 2iq 



nom dudit Claude Fabre de la sentence rendue par 
ledit Bailly ; ordonne que laditte sentence sera exé- 
cutée, emendant laditte sentence, déclare ledit 
Claude Fabre bien et duement atteint et convaincu 
d'avoir commis sodomie et crime contre nature avec 
le nommé Isaac du Tremble, et encore d'avoir eu 
copulation et habitation charnelle avec une asnesse 
mentionnée au présent procès ; pour réparation 
desquels cas et crimes énormes ordonne que ledit 
Claude Fabre sera attaché à un poteau au milieu des 
halles dudit Vaudes,et là brûlé vif avec le corps de 
l'asnesse avec laquelle il a commis ledit crime et 
délit, préalablement étranglée ; quoy fait, leurs cen- 
dres jettées et semées au vent. Déclare en outre tous 
et un chacun des biens appartenant audit Claude 
Fabre acquis et confisqués au profit de qui il appar- 
tiendra, sur lesquels néanmoins sera prise et préle- 
vée la somme de deux cent livres d'amende envers 
le Roy, en cas que confiscation n'ait pas lieu ; et à 
l'égard dudit Isaac du Tremble, accusé et convaincu 
de s'être laissé connoitre charnellement et sodomi- 
tiquement par ledit Claude Fabre, la Cour, eu égard 
à sa jeunesse, et à la requête et supplication qu'il a 
fait à la Cour de quitter la Religion prétendue 
reformée qu'il a professé, ordonne qu'il sera inces- 
sament mis dans une maison de force, sous la cor- 
rection au pain et à l'eau pendant deux mois, au bout 
duquel tems sera élargi ; et pour l'exécution du pré- 
sent arrest, renvoyé laditte Cour ledit Claude Fabre 



220 LES PROCES DE BESTIALITE 



prisonnier pardevers ledit Bailly de Vaudes. Fait à 
Paris en Parlement cejourd'huy trentième jour du 
mois de mars, Tan de grâce mil six cent soixante sept. 



Et au bas de Tarrest est un retentum portant que 
ledit Claude Fabre seroit étranglé audit poteau avant 
de sentir le feu. 



PROCES CRIMINEL DE ANTOINE BATAILLES 

ACCUSÉ DE SODOMIE ET DE BESTIALITÉ 

2 septembre 1678. 

Veu par la Cour le procès criminel fait pardevant 
le Lieutenant Criminel de la Ville et Baillage de 
Baugé, à rencontre d'Antoine Batailles, marchand 
mercier demeurant audit lieu de Baugé, accusé de 
crime de sodomie et de bestialité et d'habitation 
charnelle avec une cavalle ; 

Le procès verbal fait pardevant ledit Lieutenant 
Criminel le mardy huitième jour du mois d'aoust, 
contenant l'interrogatoire fait audit Antoine Batail- 
les, et les deffences et dénégations alléguées par 
ledit accusé ; 

Les dépositions, témoignages, charges et décla- 
rations faites le mercredy neuvième jourdudit mois, 
par Emery Boutault, maître apotiquaire, Germain 
Auffroy Le Maire, maître et marchand épicier, 
Hardy de Montoison, Bourgeois dudit lieu, Elisa- 
beth Aurelienne Enneliere, veuve de Grégoire 
Bartolmey, maître chandelier, Milon Dutemple, 
tonnelier ; 

L'interrogatoire fait audit Antoine Batailles le 
samedy douzième jour dudit mois ; 



222 LES PROCES DE BESTIALITÉ 



La confrontation faite, en présence dudit Lieute- 
nant Criminel, dudit Antoine Batailles et desdits 
Emery Boutault, Germain Auffroy Le Maire, Hardy 
de Montoison, Elisabeth Aurelienne Enneliere veuve 
Bartolmay, Millon Dutemple et Abraham Hamillon, 
témoins ; lesdits témoins persistant en leurs décla- 
rations; laditte confrontation en datte du jeudy dix 
septième jour d'aoust ; 

La sentence rendue par ledit Lieutenant Criminel, 
le luady vingt et unième jour dudit mois, pariaquelle 
ledit Antoine Batailles est déclaré duement atteint 
et convaincu du crime de sodomie et péché contre 
nature, et en ontre de bestialité et habitation et 
copulation charnelle et détestable avec une cavalle 
mentionnée anidit procès criminel, et en conséquence 
condamné à être attaché à un poteau qui sera pour 
cet effet planté dans la place et haEes: dudit Baugé 
et là brûlé vif avec le corps de la cavalle préalable- 
ment étranglée ; quoy fait leurs cendres jiettées et 
semées au vent ; déclare encore laditte sentence tous 
et un chacun des biens appartenans audit Antoines 
Bataille acquis et confisqués au profit de Sa Majesté, 
sur lesquels néanmoins seroit prise et prélevée la 
somme de cinq cent livres d'amende envers ledit 
Seigneur Roy, et celle de cent quatre vingt livres 
pour le prix et valeur de laditte Cavalle, laquelle 
somme de cent quatre vingt livres seroit donnée et 
remise entre les mains de Elisabeth Aurelienne 
Enneliere, propriétaire de laditte cavalle. 



ANTOINE BATAILLES 223 

L'appel interjette au nom dudit Antoine Fabre,et 
généralement toutes les pièces dudit procès criminel ; 
ouy sur ce le Procureur gênerai du Roy en ses 
conclusions, et tout considéré : 

Dit a été qu'il a été par laditte sentence bien jugé, 
mal et sans griefs appelle ; laquelle sentence laditte 
Cour a confirmée, pour l'exécution de laquelle et du 
présent arrest, ledit Antoine Batailles, prisonnier 
es prisons de la Conciergerie du Palais, sera inces- 
sament renvoyé pardevers ledit Lieutenant Criminel 
de Baugé. Fait à Paris en Parlement, cejourd'huy 
deuxième jour du mois de septembre, l'an de grâce 
mil six cent soixante et dix huit. 



PROCES CRIMINEL DE SEBASTIEN BARILLET 

ACCUSÉ DE BESTIALITÉ 

ET AUTRES CRIMES CONTRE NATURE 

15^ juillet 1692. 

Cejourd'huy jeudy, dix neuvième jour du mois de 
May mil six cent quatre vingt douze, est comparu 
pardevant nous, Thomas de Pierrepré, Lieutenant 
Criminel de la Ville et Baillage de Moulins, Blanche 
Adrienne des Meneaux, épouse de Sebastien Baril- 
let, marchand de vin de cette ville, soy complai- 
gnante dudit Sebastien Barillet, son mary, lequel 
la maltraitte et frapetres souvent, pourquoy requere 
laditte suppliante être séparée de corps et de biens 
de sondit mary, et offre de prouver les causes et 
maltraitemens qui l'ont obligée à la présente 
requête. 



Cejourd'huy lundy, vingt troisième jour du mois 
de May, en vertu de notre ordonnance du jour 
d'hier, est comparu pardevant nous Sebastien 
Barillet, lequel, après avoir ouï la lecture de la 
demande portée par la requête verbale de Blanche 
Adrienne des Meneaux, a dit que laditte Blanche 



SÉBASTIEN BARILLET 225 



Adrienne des Meneaux, indigne d'être appellée sa 
femme, etoit mie putain et une coquine, qui etoit 
amoureuse d'un jeune garçon qui avoit été autrefois 
à son service, appelé Girard Panetier, et qu'il n'y 
avait pas un mois qu'il avait trouvé laditte des 
Meneaux couchée avec ledit Panetier, lequel Pane- 
tier s'etoit sauvé, et qu'à la vérité il n'avoit pu se 
contenir dans sa première colère, et avoit donné 
plusieurs soufflets, coups de pieds et de bâtons à 
laditte Des Meneaux, qui luy avoit demandé par- 
don et avoit promis de luy être obéissante et fidèle 
en tout le reste de sa vie, mais qu'au préjudice de 
cette promesse elle avoit l'audace et la témérité de 
se plaindre d'un si bon mari qu'il etoit ; luy complai- 
' gnant par cette dernière démarche reconnaissoit 
visiblement le mauvais caractère de laditte Des 
Meneaux, qui ne demandoit sa séparation qu'afîn de 
jouir plus librement des fruits de son libertinage, 
c'est pourquoy il nous requeroit de faire enfermer 
laditte Des Meneaux dans une maison de force ; 
offrant au reste ledit Sebastien Barillet de payer telle 
pension qu'il nous plairait ordonner ; 



Cejourd'huy mercredy, vingt cinquième jour de 
may, en vertu de notre ordonnance du jour d'hier, 
est comparu pardevant nous Blanche Adrienne Des 
Meneaux, laquelle, après avoir ouïe la lecture tant 

15 



226 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



du procès verbal contenant sa requette en séparation 
que le réquisitoire et demande faite par son mary ; 
laquelle Blanche Adrienne Des Meneaux auroit 
repondu que les accusations imputées par sondit 
mary estoient fausses et calomnieuses et qu'il ne 
pouroit les prouver en aucune façon; que ledit 
Sebastien Barillet n'a et ne peut avoir aucun sujet 
de plainte contre la suppliante que la résistance 
qu'elle a toujours eue pour contenter les désirs 
infâmes, honteux et contre nature de sondit mary, 
qu'elle auroit toujours voulu cacher, mais que le 
péril de sa conscience et les accusations calomnieu- 
ses et injustes de sondit mary la forcent de déclarer; 
que ledit Sebastien Barillet, son mary, abusant du 
droit que ce titre luy donnoit, avoit refusé depuis 
très long tems le devoir conjugal, et l'avoit fort 
pressée et sollicitée de se laisser connoitre charnel- 
lement par derrière et contre l'ordre de nature, 
ajoutant laditte Blanche Adrienne Des Meneaux, 
que forcée et excédée par ses maltraitemens et me- 
naces, elle avoit permis et laissé faire audit Sebas- 
tien Barillet ses infâmes volontés, mais que depuis 
peu ayant parlé de toutes ces choses au Révérend 
Père Raphaël de Sainte Euphemie, capucin du Cou- 
vent de cette ville, son confesseur, ledit Père 
Raphaël luy avoit dit qu'en souiîrant ces accointan- 
ces elle offençoit Dieu mortellement, et qu'elle ne 
les devoit plus souffrir ; c'est sur ces raisons, et vu 
les mauvaises manières dudit Sebastien Barillet, 



SEBASTIEN BARILLET 



227 



que laditte suppliante avoit demandé la séparation 
en question, qu'elle reïtere encore aujourd'huy, 
certifiant et assurant véritable la déclaration par 
elle faite présentement. 



Cejourd'huy mercredy, premier jour du mois de 
juin, sont comparus pardevant nous les témoins cy 
après dénommez, lesquels, après avoir fait le serment 
ordinaire et accoutumé de dire et déclarer pure et 
entière vérité, ont déclaré ce qui suit : 

La première, nommée Henriette Le Masle, veuve 
de Joseph La Coignée, serrurier, a déclaré qull y a 
fort long tems que laditte Blanche Adrienne Des 
Meneaux se plaignoit que son mary vouloit la 
contraindre à des embrassemens et copulations 
extraordinaires et contre nature, et qu'un jour en 
parlant avec ledit Barillet en présence de saditte 
épouse, avec lesquels elle etoit fort familière, et luy 
reprochant son goût étrange et scandaleux, ledit 
Sebastien Barillet avoit repondu que la femme 
devoit obéir en tout à son mary, et qu'elle n'en 
etoit pas morte toutes les fois qu'il l'avoit connue 
charnellement en cette sorte. 

Le second, nommé Pierre Trissotin, maître chan- 
delier, a déclaré que demeurant dans la même mai- 
son que ledit Sebastien Barillet, et allant un soir 
dans la cour, il avoit trouvé ledit Barillet en copu- 



228 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



lation charnelle avec une jument blanche qu'il avoit 
achettée quelque tems auparavant, surquoy ledit 
Trissottin ayant repris aigrement ledit Barillet, 
ledit Barillet auroit repondu que laditte cavalle 
etaht boiteuse n'etoit bonne qu'à l'usage dont il s'en 
servoit. 

Le troisième, nommé Claude Panier, garçon 
chandelier au service duditTrissotin,a dit et déclaré 
les mêmes choses que ledit Pierre Trissotin. 

Apres lesquelles demandes et interrogatoires 
lesdits témoins se sont retirez. 



Nous, Thomas de Pierrepie, Lieutenant Criminel 
de laditte Ville et Cité de Moulins, 

Vu... l'interrogatoire fait par nous audit Sebastien 
Barillet, accusé, le vendredy dixième jour dudit 
mois; 

La confrontation faite en notre présence dudit 
Sebastien Barillet et de laditte Blanche Adrienne 
Des Meneaux, le lundy treizième dudit mois, 
contenant aussi la demande et réquisition faite par 
laditte Des Meneaux à ce qu'elle soit visitée par 
experts ; 

La sentence par nous rendue, le mercredy quin- 
zième dudit mois, par laquelle, ayant égard à la 
susditte requête verbale, nous aurions nommé 
Ambroise Baisemont, Chirurgien accoucheur juré, 



SÉBASTIEN BARILLET 220 



et Vespasien Treillis, aussy Chirurgien juré de cette 
ville, pour visiter et examiner laditte Blanche 
Adrienne Des Meneaux, et voir et reconnoitre s'il 
est vray qu'elle ait été connue et abusée charnelle- 
ment contre nature et par derrière par ledit Sebas- 
tien Barillet, son mary ; 

Le rapport et procès verbal fait par lesdits 
Ambroise Baisemont et Vespasien Treillis, jurez 
experts, en datte du samedy dix huit juin, par lequel 
lesdits experts ont déclaré et certifié que veu et 
examiné laditte Des Meneaux, ils avoient reconnu 
qu'elle avoit véritablement été violemment connue 
et visitée charnellement par le derrière ; 

La confrontation dudit Sebastien Barillet et des- 
dits Henriette Le Masle, Pierre Trissotin et Claude 
Panier, témoins, et desdits Sebastien Baisemont et 
Vespasien Treillis, experts jurez, le mercredy vingt 
deuxième jour dudit mois de juin ; 

Les aveux et confessions faites par ledit Barillet, 
accusé, et l'interrogatoire par luy suby le jeudy 
trentième jour dudit mois ; 

Avons déclaré et déclarons ledit Sebastien Baril- 
let bien et duement atteint et convaincu d'avoir 
connu charnellement et violemment Blanche 
Adrienne Des Meneaux, sa femme, parle derrière; 
et encore d'habitation charnelle et détestable avec 
une jument blanche et boiteuse ; pour réparation 
desquels cas et crimes énormes, l'avons condamné 
à être attaché à un poteau planté pour cet effet dans 



230 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



la place et Marché de cette ville de Moulins, et là 
brûlé vif avec le corps de laditte jument avec laquelle 
il a commis ledit délit, icelle préalablement assom- 
mée par l'Exécuteur; quoy fait, leurs corps consumés 
et réduits en cendres, lesdittes cendres jettées dans 
la Rivière de l'Oise ; Déclarons en outre tous et 
chacun des biens dudit Barillet acquis et confisquez 
à qui il appartiendra, sur lesquels sera néanmoins 
prise et prélevée la somme de trois cent livres 
d'amende envers le Roy, et sauf aussy les reprises, 
droits et conventions matrimoniales de laditte 
Blanche Adrienne Des Meneaux, femme et épouse 
dudit accusé. Donné par nous. Lieutenant Criminel 
susdit, cejourd'huy lundy quatrième jour de juillet 
mil six cent quatre vingt douze. 



Arrêt confirmé purement et simplement par le 
Parlement, le 15 Juillet 1692. 



APPENDICE 



LE PROCES DE VIGEON 

ACCUSÉ DE BESTIALITÉ AVEC DES POULES 
En 1649. 

Dans un manuscrit qui se trouve aux Archives 
Nationales, sous la cote A. D. 11 1-5, f° 136, on lit 
ce qui suit : 

J'ay trouvé chez Madame la marquise de Jarzé, rue des 
Trois-Pavillons, au Marais, après sa mort, trois tableaux fort 
singuliers. 

L'un représentant un cocq au-dessus duquel etoit écrit : 

Le Beau-Pere de Vijon. 

Un autre representoit une poulie avec plusieurs petits poulets 
qui mangeoient autour d'elle, et en dessous desquels on lisoit : 

La veuve de Vijon et ses en/ans. 

Cette énigme auroit été des plus difficiles à deviner si, placés 
directement au-dessus des deux tableaux dont je viens de faire 
la description, je n'avois lu ces quatre vers : 

Je suis ce Vijon que la foule 
De pages, laquais et badauds 
Vont voir mourir sur l'echafaud 
Pour avoir caressé sa poulie. 

Je me rappelay alors que ce Vijon avoit esté bruslé il y a 
très longtems pour le sujet designé dans, ces quatre vers, et que 



232 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



mesmes l'on avoit fait alors une chanson lamentable sur sa 
mort, dont j'avois ouy chanter quelques couplets il y a plus de 
vingt ans. 

Le portrait de ce malheureux étoit dans le goût de Rembran, 
c'est à dire très noir, et, soit prévention du nom, il avoit l'air 
patibulaire, aussy m'assura-t-on qu'on l'avoit peint la veille de 
son exécution. Son visage etoithave, noir, secq, les yeux ternes, 
enfoncez, et des cheveux noirs hérissez, enfin sa phisionomie 
des plus funestes. 
Ce i8 avril 1739. 

GUEULETTE. 

Ce procès de Vijon, qui remontait certainement, 
d'après le texte ci-dessus, au xvif siècle, ne figure 
cependant pas dans le Recueil assez complet d'où 
nous avons extrait nos procès de bestialité. 

Mais nous avons tout de suite songé à un certain 
Vigeon sur lequel Saint-Pavin, mort en 1670 
comme on sait, avait fait un sonnet qui le repré- 
sente comme brûlé vif pour sodomie : 

Cher Vigeon, que ta mort va nous coûter de peines ; 

Qu'un vit est mal-heureux d'arcer dans un pays 

Où l'on punit du feu ces. nobles appétits 

Qui ne sont condamnez que chez les souveraines. 

Ordonnez pour le moins aux femmes d'être saines. 

Juges, si vous prenez quelque pitié des vits, 

Ou faites que les cons deviennent plus petits, 

Et qu'ils soyent désormais sans fleurs ni mal-semaines. 

Bougres, qui l'avez veu, sans l'oser secourir. 

En chemise, tout nud, dans la Grève périr. 

Qui pouvoit arrester votre fureur lubrique ? 

Au lieu de luy chanter tristement un salve, 

Vous deviez sur son feu venir branler la pique. 

Le foutre l'eut éteint et vous l'eussiez sauvé ! 



VIGEON 



^3-^ 



N'ayant rien trouvé dans les recueils de pièces 
judiciaires, nous avons effectué des recherches dans 
les « Chansonniers historiques » et avons été assez 
heureux pour découvrir dans le ms. fr. 12666 de la 
B. N., intitulé Recueil de Chansons, Anecdotes 
satyriques et historiques, depuis Vannée 1^14 jus- 
ques en 16^^. Avec des Notes curieuses et instruc- 
tives, une chanson que voici, sous la date 1649 * 



Lorsque Vigeon vit l'assemblée 
Qui l'assistoit dans son malheur, 
D'une voix haute et non troublée, 
Il luy dit : vous me faite honneur... 
Vraiment ! voilà bien de la foule 
Pour un simple fouteur de Poule! 



Quoi! Messieurs, quand cette Potence 
Devroit soutenir aujourd'hui 
Beautru, ce grand bougre de France, 
Vous n'en feriez pas tant pour lui... 
Vraiment ! voilà bien de la foule 
Pour un simple Routeur de Poule ! 

3 
Si c'étoit le Duc de Vendosme, 
.Fils naturel d'un très grand Roy, 
Premier Marguillier de Sodome, 
Vous n'en feriez pas plus qu'à moi... 
Vraiment ! voilà bien de la foule 
Pour un simple fouteur de Poule ! 

4 
Adieu : au Roy, à la Justice, 
Je veux bien demander pardon, 



234 LES PROCÈS DE BESTIALITÉ 



Mais je souffrirai le supplice 
Sans m'excuser auprès du Con... 
Je veux mourir en galant homme, 
A Paris, comme on fait à Rome. 

Enfin, et cela démontre l'identité absolue du 
Vigeon de la chanson, du Vigeon du sonnet de 
Saint-Pavin, et du Vijon dont parle Gueulette, ces 
couplets sont suivis de la note que voici : 

Vigeon étoit un Maître d'Ecole qui fut brûlé à Paris pour 
avoir été convaincu de foutre des Poules. Il avoit été Vallet de 
Chambre de M. le Duc de Grammont. 

A ces quatre couplets du chevalier de Rivière, 
Blot en ajouta un cinquième, ou plutôt un troi- 
sième, suivant la place qui lui est donnée dans le 
Recueil de Maurepas. Ce couplet vise le comte de 
Romainville : 

Romain, que j'aime et que j'estime, 
Est un bon bougre abandonné, 
Il n'a point en horreur le crime. 
Et je crois qu'il sera damné ; 
J'en ay une joye infinie, 
Car il me tiendra compagnie, 

Dans le Recueil Maurepas, on trouve aussi cette 
note : 

Sur un Maître d'Ecole de Paris, nommé Vigeon, brûlé pour 
avoir connu des Poulies. Auparavant valet de chambre du 
Comte de Grammont, condamné à être pendu. 

On voit que, comme les autres accusés des procès 
de bestialité, Vigeon fut pendu, puis brûlé. 



VIGEON 



235 



Le même Recueil Maurepas donne aussi, sous la 
date 1649, une chanson sur l'air des Triolets, dont 
le premier couplet nous intéresse : 

Vous êtes un morceau friant, 
Duquel jamais on ne se soulle ; 
Pour cette vieille Guébriant, 
Vous êtes un morceau friant 
■ Qu'elle goberoit en riant, 
Comme Vigeon goboit sa poulie ; 
Vous êtes un morceau friant 
Duquel jamais on ne se soulle. 

Enfin, voici un autre couplet de Blot au chevalier 
de Rivière : 

Mon cher Chevalier de Rivière, 

Enfin je me suis consolé ! 

S'il ne l'eut fait que par derrière 

Jamais il n'eust esté brûlé, 

Mais puisqu'il prend de la volaille, 

Parbleu ! j'eusse allumé la paille ! 



TABLE DES MATIERES 



Pages 

Avant-Propos i 

Procès de Guillaume Garnier et de sa chienne noire. . . 17 

Procès de Pierre Grondeau et de son anesse 21 

Procès de Jean Devialle, de sa chèvre noire et de sa 

génisse 22 

Procès de Jacques Gion et de sa vache 25 

Procès de Jacques Prenault et de sa chèvre noire. ... 28 

Procès de Michel Morin et de sa brebis 33 

Procès de Jean de La Soille et de son asnesse 37 

Procès de Macé Avril et de son asnesse 42 

Procès de Jean Gerbourt et de son asnesse 54 

Procès de Pierre Poulain et de sa vache rouge 60 

Procès de Collas Hillaire et de sa vache noire 64 

Procès de Gilles Dobremer et de sa vache rousse. ... 68 
Procès de Bernard Bouttesoll'î et de sa cavalle de poil 

bay 73 

Procès de Claudine de Culam et de son chien blanc 

tachette de roux 83 

Procès d'Eutrope Bedeau et de sa jument 95 

Procès de Didier Lengarat et de sa jument. ...... 104 

Procès de Pierre Gautier, dit Barat, et de sa brebis noire 108 

Procès de Jean Sardon et de sa vache blanche et rousse. 114 

Procès de Didier Notel et de sa jument isabelle 122 

Procès de Jean Poignon et de sa jument noire 127 

Procès d'Etienne Pasin et de sa jument baye 131 

Procès de Pierre Dupin et de sa vache rousse 136 

Procès de François Beaupled et de sa chèvre noire . . . 144 

Procès de Claude Toussaint et de sa vache noire .... 149 

Procès de Gervais Lienard et de sa jument blanche . . , 156 

Procès de Jacques Perrichon et de sa grande truye . . . 162 



238 TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Procès de Claude Parisot et de son anesse 171 

Procès d'Abraham Berthin et de sa cavalle 176 

Procès d'Antoine de la Rue et de sa jument blanche . . 181 

Procès de Toussaint Boudier et de son asnesse 188 

Procès de Jean Perier et de sa muUe et beste asine . . . 193 

Procès d'Ambroise Vernart et de sa cavalle 197 

Procès de Charles Basse et de son asnesse 202 

Procès de Jean Cochon et de sa jument 205 

Procès de Pierre Fontaine et de sa mulle et beste asine . 208 

Procès de Charles Chambery et de son asnesse 213 

Procès de Claude Fabre st de son asnesse 217 

Procès d'Antoine Batailles et de sa cavalle 221 

Procès de Sebastien Barillet et de sa jument blanche et 

boiteuse 224 

Appendice. — Le supplice de Vigeon, brûlé vif pour bes- 
tialité avec des poules 231 

Table des matières 237 



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de la Courtisane. — Les Leçons de TEntre- 

metteuse 10 » 

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siècle) 10 » 

L'Œuvre de John Cleland (Mémoires de Fanny 

mil) 10 » 

L'Œuvre de Restif de la Bretonne 10 » 

L'Œuvre des Conteurs libertins de Ultalie 

(xv® siècle) 10 » 

L'Œuvre libertine de l'Abbé de Voisenon 10 » 

L'Œuvre libertine de Crébillon le Jils 10 » 

Le Livre d'amour des Anciens 10 « 

L'Œuvre libertine des Conteurs russes 10 » 

UŒuvre libertine de Corneille Blessebois (Le 

Rut) 10 » 

L'Œuvre de Choudart-Des forges (Le Poète liber- 
tin) 10 » 



L'Œuvre de Fr. Dellcado (La Lozana Andalusa) . lo fr. 

L'Œuvre du Seigneur de Brantôme lo » 

L'Œuvre de Pigault-Lebrun lo » 

L'Œuvre de Pétrone lo » 

L'Œuvre de Casanova de Seingalt lo » 

L'Œuvre priapique des Anciens et des Modernes, lo » 

L'Œuvre de Boccace Florentin (Y) lo » 

L'Œuvre poétique de Charles Beaudelaire . ... lo » 

L'Œuvre des Conteurs espagnols lo » 

L'Œuvre badine d'Alexis Pir on lo » 

L'Œuvre badine de l'Abbé de Grécourt lo » 

L'Œuvre amoureuse de Lucien lo » 

L'Œuvre galante des Conteurs français lo » 

L'Œuvre de Choderlos de Laclos (Les Liaisons 

dang"ereuses) lo » 

L'Œuvre des Conteurs allemands (Mémoires d'une 

Chanteuse) lo » 

L'Œuvredes Conteursanglais{Ldiy énxxsmàiennQ). lo » 



Le CoFFret du Bibliophile 

Jolis volumes in-i8 carré tirés sur papier d'Arches 
(exemplaires numérotés). 

Les Anandrgnes (Confession de M^i® Sapho) ... 8 fr. 

Le Petit Neveu de Grécourt 8 » 

Anecdotes pour l'histoire secrète des Ebugors. . 8 » 
Julie philosophe (Histoire d'une citoyenne active 

et libertine), 2 vol 16 » 

Correspondance de M^^ Gourdan, dite « la Com- 
tesse » 8 » 

Portefeuille d'un Talon Rouge. — La Journée 

amoureuse 8 » 

Les Cannevas de la Paris (Histoire de Thôtel du 

Roule) 8 » 

Souvenirs d'une cocodette (1870) 8 » 

Le Zoppino. Texte italien et traduction française. 8 » 

La Belle Alsacienne (1801) 8 » 

Lettres amoureuses d'un Frère à son élève (1878). 8 » 
Poèmes luxurieux du divin Arétin (Tariffa délie 

Puttane di Venegia) 8 » 

Correspondance d'Eulalie ou Tableau du Liberti- 
nage de Paris {l'j^b), 2 \o\ ♦ . . . 16 » 

Le Parnasse satyrique du XVIII^ siècle 8 » 



La Galerie des femmes, par J.-E. de Jouy. ... 8 
Zoloé et ses deux Acolytes, par le Marquis de 

Sade 8 

De Sodomia, par le P. Sinistrari d^Ameno. Texte 

latin et traduction française 8 

Le Canapé couleur de feu, par Foug-eret de 

Montbron 8 

Le Souper des Petits Maîtres 8 

Cadenas et Ceintures de chasteté 8 

Les Dévotions de M^^ de Bethzamooth . ..... 8 

La Raffaella 8 

Contes de Jos, Vasselier 8 

Histoire de M^^^ Brion 8 

La Philosophie des Courtisanes 8 

Les Sonnettes 8 

Nouvelles de Firenzuola 8 

Lucina sine concubitu 8 

Point de lendemain 8 

Mémoires d'une Femme de chambre 8 

Ma Vie de garçon 8 

Anthologie erotique d'Amarou 8 

La Beauté du Sein des Femmes 8 

Tendres Epigrammes de Cydno la Lesbienne . . 8 

Divan d'amour du Chéri f Soliman 8 



Chroniques Libertines 



Recueil de» « indiscrétions » les plus sug'g'estives des 
chroniqueurs, des pamphlétaires, des libellistes, des 
chansonniers, à travers les siècles. 



Les Demoiselles d'amour du Palais-Royal, par 

H. Fleischmann 7 5o 

La vie libertine de M^^^ Clairon, dite « F r éta- 
lon » 7 5o 

Les Amours de la Reine Margot, par J. Hervez . 7 5o 
Mémoires libertins de la Comtesse Valois de la 

Mothe (Affaire du Collier) 7 5o 

Marie-Antoinette libertine, par H. Fleischmann . 7 5o 
Chronique scandaleuse et Chronique arétine au 

XVIII^ siècle 7 5o 



L'Histoire romanesque 



La Rome des Borgia, par Guillaume Apollinaire. 7 5o 
La Fin de Babylone, par Guillaume Apollinaire. 7 5o 
Les Trois Don Juan, par Guillaume Apollinaire. 7 5o 



Les Secrets du Second Empire 



Napoléon III et les Femmes, par H. Fleischmann. 7 5o 
Bâtard d'Empereur, par H. Fleischmann .... 7 5o 



La France Galante 



Mignons et Courtisanes au XV I^ siècle, par Jean 

Hervez i5 fr. 

La Polygamie sacrée au XVI^ siècle i5 » 

Ruffians et Ribaudes, par Jean Hervez 8 5o 



Chroniques du XVIII'' Siècle 

PAR Jean Hervez 



D'après les Mémoires du temps, les Rapports de po- 
lice, les Libelles, les Pamphlets, les Satires, les Chan- 
sons. 



I. La Régence galante (épuisé). 
IL Les Maîtresses de Louis XV i5 fr. 

III. La Galanterie parisienne sous Louis XV . . i5 » 

IV. Le Parc aux Cerfs et les Petites Maisons 

galantes de Paris (épuisé) 

V. Les Galanteries à la Cour de Louis XVI. . . i5 » 
VI. Maisons d'amour et Filles de Joie i5 » 



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F6166 

P75 

1920 

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